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De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

56 réacteurs au-delà de 60 ans : l’ASNR ouvre la voie, le coût reconnu est de 60,3 euros le MWh

Image éditoriale générée par IA, non documentaire : halle de réacteur nucléaire monumentale, à gauche la cuve d'acier ouverte dans des échafaudages et quatre agents en combinaison blanche vus de dos, à droite une salle d'audition en amphithéâtre avec gradins de bois, dossiers empilés et deux hommes en costume vus de dos ; au centre, une tranchée de béton sépare les deux espaces, sous une surimpression de plan technique de cuve.

Le 22 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a dit ce qu’EDF attend depuis 2022 : dans l’état des connaissances, elle n’a pas identifié d’obstacle à faire fonctionner les réacteurs au-delà de 60 ans. Le même jour, elle a ouvert une consultation qui ferme le 2 décembre : six semaines pour peser sur une décision qui engage l’électricité française bien plus longtemps.

  1. Ce que dit vraiment l’avis
  2. 56 réacteurs, un même calendrier
  3. Le régulateur ouvre, la Cour des comptes freine
  4. Le prix de revient, de 79,6 à 60,3 euros
  5. L’audition, en séance
  6. Ce qui reste incertain
  7. Ce que j’en retiens

Ce que dit vraiment l’avis

La formule est précise, et moins forte qu’un feu vert : pas d’obstacle « pour lesquels EDF ne disposerait pas de levier d’action ». À chaque difficulté identifiée correspond donc un moyen d’y répondre.

La suite est moins rassurante. Plusieurs sujets demandent encore « des travaux conséquents » d’EDF pour confirmer l’efficacité de ces leviers, avant la démonstration de sûreté du réexamen des 60 ans. De nouveaux phénomènes limitants restent possibles, et chaque réacteur sera tranché à son propre réexamen.

Pierre-Marie Abadie, président de l’ASNR, l’a dit à l’AFP : « Nous devons poursuivre l’effort de vigilance et de détection au plus tôt des évolutions et des phénomènes de dégradation et de vieillissement. » C’est un régulateur qui ouvre une porte en gardant la clé. L’avis est en consultation jusqu’au 2 décembre.

56 réacteurs, un même calendrier

Le sujet n’est pas un réacteur, c’est une série. L’ASNR compte 56 réacteurs de deuxième génération, mis en service « selon un calendrier resserré, pour la plupart dans les années 1980 ». Sans prolongation, leur arrêt définitif « pourrait intervenir sur une période relativement courte ».

Le parc compte 57 réacteurs et fournit plus des deux tiers de la production nationale, rappelle la Cour des comptes. Remplacer 56 unités prend plus de temps qu’un réexamen décennal : d’où la demande faite à EDF en 2022 d’étudier l’après-60 ans.

Le travail est déjà là : quatrièmes visites décennales, générateurs de vapeur, maintenance visée par une enquête du parquet national financier. Ce que change l’avis, c’est l’horizon : non plus réparer un parc vieillissant, mais le faire durer au-delà de ce que son concepteur avait prévu.

Le régulateur ouvre, la Cour des comptes freine

Le 17 novembre 2025, la Cour des comptes publiait son rapport sur la maintenance. Elle y jugeait la politique « appelée à se poursuivre dans la perspective d’une prolongation jusqu’à 60 ans et au-delà », tout en relevant « les difficultés rencontrées par l’exploitant dans le maintien du niveau de performance opérationnelle » et la nécessité de « sécuriser la qualité de la sous-traitance ».

Les deux institutions ne se contredisent pas : l’ASNR dit que l’ingénierie laisse une issue, la Cour que l’organisation chargée de la saisir est sous tension. Le risque des 60 ans n’est pas dans la cuve, il est dans la capacité à tenir 56 unités en même temps, avec des compétences rares, des sous-traitants et des pièces. Flamanville l’a montré : un réacteur neuf s’arrête près d’un an pour son premier grand examen.

Le prix de revient, de 79,6 à 60,3 euros

Reste la question que les communiqués ne posent pas : combien, et payé par qui. La CRE retient un coût complet de 60,3 euros le MWh pour 2026-2028, et de 63,4 pour 2029-2031 ; EDF avait déclaré 79,6 puis 81,5. L’écart n’est pas une coquille : la Commission a retiré les briques que le décret exclut du périmètre, puis ramené le coût du capital de 12,9 % à 9,1 %.

Du chiffre d’EDF à l’arbitrage de la CRE

En euros 2026 par MWh, moyenne 2026-2028, rapport CRE de septembre 2025

Déclaré par EDF 79,6 Ajusté au décret 64,4 Retenu par la CRE 60,3 Retenu en euros courants 61,5 0 euros par MWh Écart EDF / CRE : 19,3 euros par MWh, soit 24 % du chiffre déclaré.

Source : CRE, coûts complets du nucléaire historique 2026-2028, rapport de septembre 2025. Charges de post-exploitation exclues : 1,5 euro le MWh de plus.

Ce coût n’est pas décoratif : il sert de base aux tarifs de taxation et d’écrêtement du décret n° 2025-910 du 5 septembre 2025. Entre 79,6 et 60,3, 19,3 euros par MWh de marge de discussion sur ce que l’État prélève et laisse à l’exploitant.

L’audition, en séance

À observer : l’audition de l’ASNR devant l’Office parlementaire, le 22 octobre 2026, où le projet d’avis a été présenté. Vidéo antérieure à la fin de la consultation ouverte jusqu’au 2 décembre.

Ce qui reste incertain

Trois choses restent incertaines. Le coût des travaux au-delà de 60 ans : je n’ai trouvé aucun chiffrage public du programme, et le coût de la CRE porte sur 2026-2028, pas sur vingt ans de prolongation. Le nombre de réacteurs qui passeront le cap : un avis ne vaut pas décision. La portée de la consultation, six semaines dans un mois saturé par le budget.

Opinion de la maison, pas un fait

Un parc standardisé est une force et une faiblesse. Force : mêmes pièces, mêmes procédures, une redondance qui rend le système corrigeable. Faiblesse : un seul phénomène de vieillissement atteint 56 réacteurs à la fois, et une découverte technique devient un problème national. La souveraineté n’est pas d’avoir des réacteurs : c’est de savoir vite, et à quel prix, quand l’acier travaille.

Ce que j’en retiens

Trois nombres tiennent l’article : 56 réacteurs, 60 ans, 60,3 euros le MWh. La décision qui s’ouvre n’est pas « nucléaire ou pas » : elle porte sur qui supporte le risque du vieillissement et sur la façon dont ce coût est reconnu.

La vraie question n’est pas de savoir si les réacteurs peuvent tenir, mais si l’industrie chargée de les faire tenir en a les moyens humains. La prolongation, la Cour des comptes l’a jugée « inévitable » et « avantageuse » en novembre 2025, quand l’EPR2 reste une première mondiale que la France paie pour apprendre. Mais choisir la prolongation et la financer sans dire ce qu’elle coûte sont deux choses. Vous, signeriez-vous vingt ans de maintenance sans en connaître le prix ?

À retenir
  • 56 réacteurs de deuxième génération, pour la plupart mis en service dans les années 1980.
  • Consultation du public du 22 octobre au 2 décembre 2026, puis avis définitif et réexamens réacteur par réacteur.
  • Coût complet retenu par la CRE : 60,3 euros le MWh pour 2026-2028, contre 79,6 déclarés par EDF.

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