Le gouvernement s’apprête à publier un décret qui plafonne la médecine esthétique à 30 % du temps travaillé des médecins, pour rendre du temps au soin. Transmis lundi 19 octobre aux organisations professionnelles, selon l’AFP, il doit paraître « dans les tout prochains jours ». Il contient une exception : les praticiens installés à 100 % en esthétique depuis plus de 5 ans disposeront de 3 ans pour descendre à 50 %, et pourront y rester. Ceux qui en vivent sont donc les moins contraints. Nul ne sait combien ils sont : la France n’a aucun registre des médecins esthétiques.
Le plan
- Ce que dit le projet de décret
- L’exception qui vide le plafond
- Une autorisation devenue un ratio
- Ce que 32 jours d’attente disent
- Ce que cela change pour vous
Ce que dit le projet de décret
Aucun médecin ne pourra consacrer plus de « 30 % du temps travaillé » aux actes esthétiques, le reste devant aller à sa spécialité. Qui veut se lancer devra justifier de 5 ans d’exercice préalable et valider une formation. Les conseils départementaux de l’Ordre tiendront une liste des praticiens et de leur activité déclarée.
L’objectif affiché est de « ramener les médecins vers le soin ». Les dermatologues parlent d’une « mesure d’affichage » qui « ne rendra pas une seule consultation ». Ils pointent un chiffre : plus de 9 000 médecins, « sans doute sous-estimé », surtout des généralistes, quand 6,3 millions de Français n’ont pas de médecin traitant.
L’exception qui vide le plafond
Le plafond de 30 % ne concerne donc jamais ceux qui sont déjà à 100 % : ils passent à 50 % et y restent. Il ne mord que sur les nouveaux venus et sur ceux qui se situent entre 30 % et 100 %. Combien sont-ils ? Le décret demande de les recenser : c’est reconnaître qu’on l’ignore.
L’Ordre estime à près de 10 000 les médecins pratiquant des actes esthétiques, dont 1 000 chirurgiens et 3 700 dermatologues. Une enquête du Syndicat des dermatologues-vénéréologues, en 2024, mesure que 64,3 % d’entre eux y consacrent moins de 10 % de leur activité, et 4,9 % plus de la moitié. Si cette distribution vaut pour l’ensemble, le plafond ne mord que sur une fraction faible. Si les 10 000 étaient à temps plein, il libérerait 7 000 équivalents temps plein. Entre ces deux bornes, il n’y a pas de mesure : il y a une déclaration.
Une autorisation selon les besoins, devenue un ratio
La mesure n’est pas née sous cette forme. À l’Assemblée, l’article adopté soumettait la pratique à une autorisation de l’agence régionale de santé, pour 5 ans, « en fonction des besoins médicaux de la population ». Le Sénat a changé l’instrument le 23 novembre 2025, sur un amendement de Corinne Imbert, fruit d’un compromis entre le gouvernement et l’Ordre : l’autorisation passerait par l’Ordre. Le décret achève le déplacement, car le critère territorial disparaît au profit d’un ratio national. Un seul chiffre pour toute la France, aucune carte des manques.
Sur un marché de 2 milliards d’euros, l’ARS n’est pas neutre : l’hôpital de Guéret paie encore des consultants qu’elle avait missionnés, et l’ARS a été relaxée en appel.
Ce que 32 jours d’attente disent du temps médical
Le problème visé est réel. Selon l’étude Doctolib et Fondation Jean-Jaurès de mai 2026, sur 80 000 praticiens et 234 millions de consultations, le délai médian pour un dermatologue atteint 32 jours, et 12 % seulement des créneaux sont accessibles en moins de 48 heures. Plus de 70 % des rendez-vous se prennent au-delà de 7 jours.
Mais le même jeu de données dit autre chose : entre 2023 et 2025, le délai en dermatologie a reculé de 3 jours sans décret, et l’ophtalmologie est passée de 43 à 21 jours à effectifs quasi constants, par le travail aidé. Le temps médical se gagne par l’organisation, pas par un quota. La pénurie, elle, ne se règle pas davantage par texte : les laboratoires puisent désormais dans les stocks de sécurité, faute d’avoir anticipé.
Votre rendez-vous, en jours d’attente
Délai médian de rendez-vous en 2026, par spécialité libérale.
Ce qu’il faut y observer : ce reportage de franceinfo ne porte pas sur le décret : il documente l’autre versant du dossier, les injections hors du cadre médical, dont les signalements sont passés de 62 en 2022 à 213 en 2025. Le texte encadre des médecins inscrits à l’Ordre, pas ce marché. Regardez qui injecte, et avec quel titre.
Ce que cela change pour vous
Sur votre délai de rendez-vous, rien à court terme. Ce qui change : une liste départementale va exister. Demandez à votre praticien s’il y figure, et pour quel acte. Pour le reste, la question est celle du prix : quand la carte Vitale ne suit pas, c’est le patient qui avance.
Notre lecture
L’État préfère un quota national, annonçable en une phrase, à une autorisation territoriale qui aurait obligé à dire qui manque, et où. Une norme uniforme remplace une décision de proximité, et le territoire disparaît du texte. Le ratio porte sur un temps que personne ne mesure, et l’exception de 50 % transforme le plafond en statut pour ceux qui vivent de l’esthétique. Le vrai sujet n’est pas que des médecins choisissent cette activité : c’est qu’un cabinet de soins ne tourne plus à 30 euros la consultation. Tant que ce prix tient, le quota déplacera des vocations sans créer un seul créneau. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- Le projet de décret plafonne l’esthétique à 30 % du temps travaillé, mais laisse à 50 % ceux qui l’exercent à temps plein depuis plus de 5 ans.
- Aucun registre national n’existe : le nombre de médecins concernés reste une estimation.
- Le délai médian en dermatologie est de 32 jours, et il a reculé de 3 jours depuis 2023 sans intervention législative.
Pour prolonger : 14 milliards de soins Alzheimer non payés, et des soins financés par le tabac.



