À Toulon, les bus de toute la métropole s’arrêtent samedi à 10 heures et ne repartent que dimanche à 6 heures. Le centre-ville est interdit aux cortèges de 11 heures à minuit, les mineurs non accompagnés n’y circulent plus dès 18 heures, et le port d’armes est prohibé dans tout le Var jusqu’à lundi matin.
C’est la réponse administrative au 17 octobre, déjà écrite dans les arrêtés de Toulon, de Rouen, du Havre et de Bordeaux. Que cette journée ait été violente n’est pas discutable : 2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés. Ce qui se décide maintenant, c’est ce qu’on retire à tous pour empêcher que quelques-uns recommencent.
Les parties de cet article
- Les arrêtés, ville par ville
- Éloigner plutôt qu’interdire
- 20 heures de bus pour une manifestation que personne n’a déclarée
- Ce que j’en retiens
Les arrêtés, ville par ville
À Toulon, le préfet du Var, Simon Babre, interdit par arrêté « les manifestations, cortèges, défilés et rassemblements à caractère revendicatif » dans le centre-ville, samedi de 11 heures à minuit (France 3, 21 octobre). Aucune déclaration n’avait été déposée dans les délais. Le même jour, avec la présidente de la métropole, il suspend le réseau Mistral sur tout le territoire de 10 heures à dimanche 6 heures, confine les mineurs non accompagnés de 18 heures à 6 heures et interdit le port d’armes dans le Var jusqu’à lundi matin.
En Seine-Maritime, le préfet Jean-Benoît Albertini interdit les centres-villes et secteurs commerçants de Rouen et du Havre à toute manifestation, samedi de 9 heures à 20 heures. Son communiqué invoque « l’intensité des violences » et les saccages du 17 octobre : 18 blessés dont un gendarme mobile, 3 grièvement, « une trentaine d’enseignes » visées à Rouen et à Elbeuf (TF1 Info).
À Bordeaux, le maire Thomas Cazenave (Renaissance) interdit le centre-ville aux manifestants, avec le soutien de la préfecture de Gironde, et refuse la rue Sainte-Catherine au cortège. La ville demande aux commerçants de poser des rideaux de fer sans passer par l’architecte des Bâtiments de France et confine les mineurs non accompagnés de 22 heures à 7 heures jusqu’à dimanche (Le Figaro).
À Paris, rien n’est tranché pour samedi. La coordination des Gilets jaunes a déposé un parcours Bastille vers Opéra, le même que celui refusé le 17 octobre, et la préfecture de police n’a pas statué (Le Figaro).
Éloigner plutôt qu’interdire
Les arrêtés ne tombent pas au hasard. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a adressé aux préfets une consigne que rapporte CNews : les manifestations, même déclarées, doivent être éloignées des bâtiments publics et des rues commerçantes, sous peine d’être interdites. Le débat n’est plus de savoir si l’on peut défiler, mais où, et l’endroit autorisé est choisi pour que le cortège ne rencontre ni l’État ni le commerce.
À Paris, la doctrine a déjà produit un arrêté : rassemblements et manifestations interdits jeudi de 8 heures à 20 heures autour de l’Élysée, de Matignon, des assemblées, dans les grands magasins, sur les places de la Bastille et de la République et dans les gares. Une manifestation étudiante déclarée a été interdite au motif de « l’incapacité de l’organisateur à éviter les exactions » des 13 et 17 octobre. À Lyon aussi, la marche de jeudi est tombée, son parcours devant finir place Bellecour, où l’office du tourisme a brûlé.
Les périmètres pris pour le 17 octobre entouraient déjà l’Élysée, Matignon et les assemblées. Les pillages ont eu lieu ailleurs, dans les rues commerçantes que les arrêtés de samedi ferment aujourd’hui. La mesure de la semaine dernière n’a pas empêché ce qu’elle invoque.
Heures de restriction annoncées, du 22 au 26 octobre
Une mesure par barre, en heures de contrainte continue.
20 heures de bus pour une manifestation que personne n’a déclarée
À Toulon, l’interdiction couvre 13 heures dans le centre-ville ; la suspension des bus en couvre 20, parce qu’elle commence une heure avant et finit 6 heures après. La métropole entière perd son réseau un samedi, pour un cortège qui n’existait pas sur le papier. Le couvre-feu des mineurs ajoute 12 heures, l’interdiction de porter une arme 45 heures à l’échelle du département.
Ces heures ne mesurent pas la violence évitée, elles mesurent la gêne organisée. Celui qui prend le bus le samedi n’est pas celui qui casse une vitrine. Le mineur confiné à 18 heures n’est pas celui qui pille. Le commerçant sommé d’installer un rideau de fer paie la vitrine des autres.
À observer : les images du 17 octobre, la journée que les arrêtés du 21 invoquent. Le reportage est antérieur aux décisions : il montre ce que les préfets ont vu avant de signer.
Ce que j’en retiens
Interdire quand des violences sont documentées est un pouvoir légitime, et le préfet qui signe engage sa responsabilité. Mais un arrêté doit être proportionné à ce qu’il vise. Confiner tous les mineurs, arrêter tous les bus d’une métropole, fermer un centre-ville : c’est traiter une population entière comme la cause des actes de quelques centaines de personnes.
Je ne crois pas que ces préfets aient voulu punir les habitants. Je crois qu’ils ont choisi la mesure la plus facile à tenir, parce qu’elle ne dépend que d’eux : fermer, suspendre, confiner. C’est cela qui se déplace : non plus l’interdiction de défiler, mais la possibilité matérielle de le faire. Le préfet de police de Paris l’avait annoncé dès le 18 octobre ; les interdictions de la semaine en étaient la première application.
Trois départements et une capitale ont choisi, en 48 heures, de déplacer la manifestation plutôt que de l’affronter. Ce n’est pas de la répression brutale, c’est plus habile : on laisse le droit exister et on le prive de lieu. Le coût est payé par ceux qui ne défilent pas, ce qui rend la mesure indolore pour celui qui la signe.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Toulon : centre-ville interdit aux cortèges samedi de 11 heures à minuit, bus suspendus de 10 heures à dimanche 6 heures.
- Rouen et Le Havre : centres-villes interdits à toute manifestation samedi de 9 heures à 20 heures.
- Bordeaux : centre-ville interdit aux manifestants, couvre-feu des mineurs de 22 heures à 7 heures.
- 17 octobre : 2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés.



