Au moins 5 programmes d’aide aux ménages mal chauffés ne seront pas reconduits à leur échéance. Selon Politico, ils représentaient environ 100 millions d’euros en 2026, payés par les certificats d’économies d’énergie, une contribution ajoutée aux factures d’énergie. La décision a été prise le 24 septembre, en réunion interministérielle, sans annonce publique.
- Ce qui s’arrête au 31 décembre
- À quoi servaient ces programmes
- Qui a décidé, et quand
- L’argent vient de votre facture
- Ce que le gouvernement répond
- Qu’est-ce que cela change pour vous?
Ce qui s’arrête au 31 décembre
Le gouvernement ne renouvellera pas au moins 5 programmes d’aide aux ménages en situation de précarité énergétique, révélé par Politico le 28 octobre et repris par Reporterre le 29.
Actee finance l’ingénierie des communes pour leurs bâtiments publics. Toits d’abord est porté par la Fondation pour le logement des défavorisés. Territoires zéro exclusion énergétique suit des propriétaires très pauvres dans 14 territoires. Slime organise des visites à domicile et Tims aide à se déplacer, tous deux portés par Cler solutions. Un 6e, Bail Rénov’, attend confirmation.
Tous arrivaient à échéance fin 2026, sauf le Slime, qui s’arrêtera fin 2027. Tous avaient déposé un renouvellement.
À quoi servaient ces programmes
Ce ne sont pas des chèques. Ce sont des personnes. Un conseiller vient chez vous, mesure l’humidité, pose des rideaux thermiques, oriente vers les aides de droit commun.
Le Slime existe depuis 2013. Il finance jusqu’à 50 % des dépenses des collectivités qui l’organisent. En 2023, il a permis 11 000 visites à domicile, selon le réseau Cler.
Ces programmes existent parce que les ménages les plus pauvres ne demandent pas les aides. Ils ignorent le guichet, ne lisent pas les courriers, craignent un contrôle. L’accompagnement va les chercher. Un formulaire en ligne, non.
Qui a décidé, et quand?
La décision a été arbitrée à Matignon après une réunion interministérielle, le 24 septembre. Les structures l’ont apprise la semaine du 19 octobre. Elles affirment avoir eu le soutien de l’administration et des deux ministères concernés.
Aucun décret, aucun texte officiel, aucun communiqué. Le fait est établi par les documents recueillis par la presse et confirmé par le cabinet de la ministre de l’Énergie. Une décision à 100 millions d’euros, sans débat public et sans vote.
L’argent vient de votre facture
Les certificats d’économies d’énergie ne sortent pas du budget de l’État. Le mécanisme oblige les vendeurs de gaz, de fioul et de carburants à financer des économies d’énergie. Ces entreprises répercutent le coût sur les prix.
Le Sénat chiffre cette part pour le budget 2026: 6,3 % du prix du gaz, 6 % du fioul, 4,1 % du prix des carburants, 2,9 % de l’électricité (rapport Énergie, projet de loi de finances 2026).
L’argent est prélevé sur toutes les factures, y compris celles des ménages qui ont froid. Il est redistribué par décision publique, et penche du côté des travaux: en 2024, les programmes d’accompagnement ont représenté 9,6 % des certificats délivrés (rapport annuel CEE 2024.
Le froid déclaré, et le poids des certificats
En haut, la part des ménages qui souffrent du froid ou paient mal leurs factures, selon le baromètre du médiateur de l’énergie. En bas, la part des certificats d’économies d’énergie dans le prix payé, selon le Sénat.
Ressenti des ménages, en %
Ont eu froid, hiver 2023-2024.30Ont eu froid, hiver 2024-2025.35Difficultés à payer, 2024.28Difficultés à payer, 2025.36
Part des certificats d’économies d’énergie dans le prix, en %
Gaz.6,3Fioul domestique.6Carburants.4,1Électricité.2,9
AvantAprès
Sources: baromètre énergie-info du médiateur national de l’énergie 2024 et 2025, repris dans le tableau de bord de l’ONPE de novembre 2025; rapport du Sénat sur le projet de loi de finances 2026, mission Écologie.
Ce que le gouvernement répond
Le cabinet de la ministre de l’Énergie assume: les certificats sont recentrés sur l’électrification. Le ministère affirme à Reporterre: « On ne fait pas moins mais plus et mieux », et soutient que les nouveaux dispositifs ciblent mieux les ménages modestes.
L’argument a une base réelle. La 6e période, ouverte en 2026, porte l’obligation à 1 050 TWh cumac par an, 27 % de plus qu’avant (communiqué de Bercy, 4 novembre 2025). Un quart, 280 TWh cumac, doit bénéficier aux ménages en situation de précarité. Sur 5 ans, 500 TWh cumac peuvent financer des programmes.
L’obligation envers les ménages pauvres augmente, et l’aide à ceux qui n’accèdent pas aux dispositifs s’arrête. Le budget bascule vers l’équipement, pompe à chaleur et véhicule électrique. Utile, à condition de savoir que l’aide existe et de pouvoir avancer l’argent (voir notre article sur le leasing de pompes à chaleur).
Qu’est-ce que cela change pour vous?
Trois conséquences. Si un conseiller est déjà venu chez vous, il n’y aura pas de seconde visite. Si votre commune comptait sur Actee pour le diagnostic de ses écoles, le dossier s’arrête. Si vous êtes propriétaire très modeste dans un logement mal isolé, plus d’aide jusqu’aux travaux.
Le calendrier aggrave. 35 % des Français déclarent avoir eu froid chez eux l’hiver dernier, 59 % parmi les bénéficiaires du chèque énergie. Selon l’ONPE, 1,2 million de ménages ont subi une intervention de leur fournisseur pour impayés en 2024, 24 % de plus. 3,1 millions sont en situation de précarité énergétique, soit 10,1 % (tableau de bord 2025 de l’ONPE).
Le reste continue, y compris les erreurs de facture que personne ne corrige à votre place (36 communes ont récupéré 148 726 euros). Le bois de chauffage des plus modestes reste vendu sans mesure vérifiable (notre article sur le stère).
À regarder: l’émission Chaque voix compte du 2 octobre 2026, sur LCP, consacrée au prix de l’énergie et aux ménages qui ne peuvent plus payer. On y entend comment le Parlement pose la question, quelques semaines avant la décision de Matignon.
Ce qui disparaît n’est pas une subvention, c’est le bras qui va chercher les gens. L’État garde l’argent prélevé sur les factures et le réoriente vers l’équipement, donc vers ceux qui savent demander. Les autres restent seuls avec leur compteur.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 5 programmes d’aide aux ménages mal chauffés ne seront pas reconduits au 1er janvier, environ 100 millions d’euros en 2026.
- Décision arbitrée en réunion interministérielle le 24 septembre, sans annonce publique.
- L’argent vient des certificats d’économies d’énergie, répercutés sur les factures: 6,3 % du prix du gaz, 2,9 % de l’électricité.
- 3,1 millions de ménages en précarité énergétique, 1,2 million d’interventions pour impayés en 2024.



