Le directeur général de la société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE), Patrick Branco Ruivo, a annoncé mardi 29 septembre son départ à la fin de l’année. Le même jour, l’entreprise qui exploite le monument a reconnu, à l’issue de son enquête interne, une « série de dysfonctionnements et des défaillances » dans l’organisation de la visite du 5 septembre, qui a conduit à écarter des salariées femmes, une « situation inacceptable ». Le directeur conteste avoir donné un tel ordre.
Ce que la direction a annoncé mardi
La décision a été annoncée aux salariés mardi 29 septembre, selon Le Figaro, et confirmée par la société : Patrick Branco Ruivo, directeur général de la SETE, quitte ses fonctions à la fin de l’année. France 24, franceinfo, Libération, Le Figaro et Le Monde rapportent l’annonce le même jour, dans une fenêtre d’une vingtaine de minutes en fin d’après-midi. Aucune date de succession ni procédure de remplacement n’a été précisée dans les éléments publiés.
L’entreprise y a joint les conclusions de son enquête interne, ouverte après le conflit de la rentrée. Dans son communiqué, cité notamment par franceinfo et France 24, la SETE indique que cette enquête « a mis au jour une série de dysfonctionnements et des défaillances dans la structuration des visites protocolaires et l’organisation de celle du 5 septembre, qui ont conduit à la mise à l’écart de personnel féminin le jour de la visite, situation inacceptable ».
Devant les salariés, le directeur général a maintenu une position en deux temps, rapportée par Le Figaro : « À aucun moment je n’ai donné d’instruction visant à écarter ou remplacer des femmes sur le parcours de cette délégation », a-t-il déclaré, avant d’admettre : « Pour autant, des femmes ont bien été mises à l’écart. »
Le même jour, la SETE a fait entrer en vigueur une nouvelle règle d’accès : depuis le 29 septembre 2026, la vente de billets en caisse aux groupes n’est plus autorisée, pour les ascenseurs comme pour les escaliers, au nom de « l’amélioration de la gestion des flux » et de la sécurité. L’entreprise ne présente pas cette mesure comme une conséquence de l’affaire ; les deux annonces tombent cependant le même jour.
Les faits du 5 septembre
La visite litigieuse a eu lieu le samedi 5 septembre 2026. Une délégation du BAPS, sigle de Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha, organisation religieuse hindoue que Le Monde décrit comme un « courant religieux hindou ultraconservateur », était reçue au sommet du monument. Des salariées, « dont celles des entreprises prestataires », ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l’écart dans des locaux, indique le communiqué des salariés, qui s’exprimaient sans mention syndicale.
Le témoignage le plus précis est celui d’une conductrice d’ascenseur, recueilli par l’émission « L’Œil du 20 Heures » de France 2 : au moment où la délégation redescendait, elle a reçu l’ordre de céder sa cabine à un homme. « Je me suis sentie insultée », écrit-elle. Le dispositif n’a pas été improvisé sur place : dans un courriel interne révélé par la même émission, le directeur général écrit qu’« il est exact que face aux demandes formulées par les organisateurs de cette délégation particulièrement exceptionnelle, nous avons tenté d’adapter le dispositif au niveau des points de contact directs prévus sur le parcours ».
Deux jours plus tard, le lundi 7 septembre, le personnel s’est mis en grève et le monument est resté fermé toute la journée. Il a rouvert le mardi 8. Le BAPS a contesté avoir demandé un traitement particulier, assurant que l’accès n’avait jamais été refusé à quiconque, et ses représentants se sont excusés. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, s’est rendu sur place le 8 septembre, accompagné d’Ariel Weil, président de la SETE, pour rencontrer les représentants syndicaux et leur apporter, selon ses mots, son « plein soutien ». La Ville de Paris a publié le même jour un communiqué rappelant qu’elle est « actionnaire majoritaire du monument » et que « l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un principe qui ne saurait souffrir aucune exception ». La mise à l’écart y est qualifiée de décision « absurde, inique et inacceptable », et le maire y annonce que la Ville « tirera toutes les conséquences de cet événement inadmissible ». Deux enquêtes ont été annoncées, l’une conduite par la société, l’autre par la Ville, leurs conclusions étant attendues « dans un délai de sept jours ».
Qui exploite la tour Eiffel
La SETE est une société publique locale au capital de 8 965 623 euros, dont le siège est avenue Gustave Eiffel, dans le 7e arrondissement. Elle « entretient, exploite et anime » la tour Eiffel dans le cadre d’un contrat de délégation de service public conclu avec la Ville de Paris, propriétaire du monument et, selon le communiqué municipal du 8 septembre, son « actionnaire majoritaire ». Son président est Ariel Weil. Son site officiel indique 402 salariés et « plus de 6,5 millions de visiteurs » par an, et souligne que la tour Eiffel est l’un des rares monuments français à ne pas recevoir de subvention de l’État : son exploitation vit de la billetterie et de ses activités commerciales.
La gestion de cette société a déjà été examinée. La chambre régionale des comptes d’Île-de-France a publié le 10 octobre 2025 un rapport d’observations sur la SETE, dans le même mouvement que le contrôle des finances de l’Hôtel de Ville. La presse qui l’a repris en a retenu un déséquilibre financier important malgré une fréquentation élevée, 6,3 millions de visiteurs en 2024, et une politique salariale critiquée, notamment des primes jugées injustifiées. Le 18 septembre 2026, Le Monde a de son côté publié une enquête évoquant, au sein de la SETE, des « failles sécuritaires », des « problèmes de gestion financière », un « défaut de contrôle » et une « gouvernance erratique », des dysfonctionnements présentés comme mettant en danger le monument, ses salariés et ses visiteurs.
La mise à l’écart de salariées pour ménager une visite privée a par ailleurs une portée juridique qui dépasse le cas du 5 septembre : l’employeur est responsable de l’égalité de traitement entre ses salariés, y compris lorsqu’un client formule des demandes liées au sexe des personnes qui le reçoivent. Aucune procédure contentieuse n’a toutefois été rendue publique à ce jour.
Ce qui reste incertain
- Le lien de cause à effet entre la polémique et le départ du directeur général n’est pas établi : la société ne l’énonce pas dans son communiqué, et aucune source consultée ne cite une décision de rupture, un départ négocié ou une sanction.
- Les conclusions de l’enquête commandée par la Ville de Paris n’ont pas été rendues publiques dans les pièces consultées ; rien n’indique si elle est achevée, distincte de l’enquête interne, ou fusionnée avec elle.
- Le nombre exact de salariées concernées le 5 septembre n’est pas chiffré dans les sources consultées ; les témoignages décrivent un dispositif, pas un décompte.
- Aucune procédure devant le Défenseur des droits, l’inspection du travail ou un conseil de prud’hommes n’a été confirmée publiquement ; l’analyse juridique de la situation reste donc une lecture du cadre applicable, pas un précédent établi.
- Les critiques de la chambre régionale des comptes portent sur des exercices antérieurs et ont été lues à travers leurs reprises de presse, non dans le rapport lui-même.
- Le nom du successeur, le calendrier du recrutement et l’éventuelle révision des règles de privatisation du monument n’étaient pas connus mardi soir.
À retenir
- Le directeur général de la SETE, Patrick Branco Ruivo, a annoncé le 29 septembre 2026 son départ à la fin de l’année, après la mise à l’écart de salariées femmes lors d’une visite privée du 5 septembre.
- L’enquête interne de la société reconnaît « une série de dysfonctionnements et des défaillances » dans l’organisation de cette visite, qui ont conduit à cette mise à l’écart, qualifiée de « situation inacceptable ».
- Le directeur général affirme n’avoir jamais donné l’instruction d’écarter des femmes, tout en reconnaissant que des femmes ont été écartées.
- Le monument est exploité par une société publique locale liée à la Ville de Paris par un contrat de délégation de service public, sans subvention de l’État, sur la base de plus de 6,5 millions de visiteurs par an.
- Deux enquêtes avaient été annoncées le 8 septembre par le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui avait qualifié la décision d’« absurde, inique et inacceptable » ; la gestion de la SETE avait déjà été critiquée par la chambre régionale des comptes d’Île-de-France en octobre 2025.
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Pour aller plus loin
- franceinfo, le directeur de la tour Eiffel annonce son départ, près d’un mois après la polémique (29 septembre 2026)
- Le Figaro, tour Eiffel : le directeur annonce son départ après la mise à l’écart du personnel féminin (29 septembre 2026)
- Le Monde, la tour Eiffel, monument de carte postale plombé par les scandales (18 septembre 2026)
- Ville de Paris, communiqué du maire de Paris demandant que toute la lumière soit faite sur les conditions de cette visite (8 septembre 2026)
- Chambre régionale des comptes d’Île-de-France, rapport d’observations sur la société d’exploitation de la tour Eiffel (10 octobre 2025)
- SETE, présentation de l’entreprise qui exploite la tour Eiffel (site officiel)



