Un décret signé par Vladimir Poutine place les filiales russes d’Auchan, de Nestlé et de l’ex-Leroy Merlin sous la gestion d’une société moscovite peu connue. Le gouvernement français dénonce une mise sous tutelle. Ni expropriation formelle, ni libre disposition : voici ce que dit précisément le texte, ce qu’il ne dit pas, et ce que cette décision révèle de la dépendance économique des groupes concernés.
Un décret du 17 septembre, trois groupes occidentaux visés
Le décret, signé le jeudi 17 septembre et publié sur le portail juridique officiel russe, place sous gestion externe les actifs russes du suisse Nestlé et de trois groupes français : le distributeur Auchan, l’ex-enseigne de bricolage Leroy Merlin (désormais « Lemana Pro ») et le logisticien FM Logistic.
Le gestionnaire désigné est L.E.V. Management, une société immatriculée à Moscou dont on sait peu de chose. Selon le média indépendant Novaya Gazeta Europe, son directeur porterait le même nom et la même date de naissance qu’un général-major du ministère russe de l’Intérieur — une information que la rédaction elle-même présente comme non confirmée.
« Administration externe », pas confiscation : le mécanisme
Le point souvent négligé est juridique : la mesure instaure une administration externe temporaire, pas un transfert de propriété. Selon des avocats russes cités par le quotidien économique Kommersant, le décret ne confisque pas les entreprises et n’en change pas formellement les actionnaires.
La Russie a déjà utilisé ce levier : sur le brasseur danois Carlsberg, l’agroalimentaire français Danone ou le finlandais Fortum. L’outil permet à l’État de contrôler la gestion sans passer par une nationalisation, qui serait plus difficile à défendre juridiquement.
Ce que pèsent ces filiales
Les montants sont modestes pour les maisons mères. La Russie représente environ 1 % des ventes de Nestlé, contre environ 2 % avant la guerre : le groupe y exploite six usines et emploie près de 7 000 personnes.
Du côté français, Auchan compte environ 230 magasins dans une centaine de villes russes. Auchan et Leroy Merlin sont tous deux contrôlés par la famille Mulliez, qui détient aussi Decathlon. La filiale russe d’Auchan a indiqué avoir demandé des « clarifications » aux autorités.
La réaction française et la ligne russe
Le gouvernement français a dénoncé une mise sous tutelle des filiales de groupes français. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a défendu le décret comme une mesure justifiée à l’égard de groupes représentant des « pays inamicaux » qui soutiennent l’Ukraine.
La dénonciation française a une portée limitée : les actifs sont sur le territoire russe, et les groupes concernés avaient choisi d’y rester plus de trois ans après le début de la guerre. La décision illustre la contrepartie d’une exposition économique maintenue : une dépendance qui se retourne en levier. Il s’agit d’une décision de l’exécutif russe, présentée par ses auteurs comme une riposte ; sa portée réelle dépendra de son application concrète, que les entreprises concernées disent encore examiner.
À retenir
- Un décret russe du 17 septembre place les filiales russes de Nestlé, Auchan, Leroy Merlin et FM Logistic sous administration externe.
- Le gestionnaire désigné est L.E.V. Management, une société moscovite peu connue.
- Il s’agit d’une mise sous tutelle, pas d’une confiscation ni d’un transfert de propriété.
- La Russie représentait ~1 % des ventes de Nestlé ; Auchan y exploite ~230 magasins (famille Mulliez).
- Le gouvernement français dénonce, mais sa marge de manœuvre est limitée : l’exposition économique des groupes est devenue un levier.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Le mécanisme de l’administration externe — Euronews
- La réaction du gouvernement français — franceinfo
- Le détail des actifs transférés — Kyiv Post
Le décret est un acte de l’exécutif russe ; son application effective et ses conséquences pour les groupes français restent à observer dans les prochains jours.




Un commentaire