Emmanuel Macron reçoit ce dimanche 20 septembre à Saint-Pierre-et-Miquelon le Premier ministre canadien Mark Carney : première visite officielle d’un chef de gouvernement canadien dans cet archipel français, à vingt kilomètres de Terre-Neuve. Face à la carte annexionniste publiée par Donald Trump, Paris et Ottawa affichent leur unité. Mais une cérémonie et des valeurs partagées ne font pas une souveraineté : ce qui compte, ce sont les actes — énergie, minerais, industrie — et une continuité française qui se mesure en décennies.
Une rencontre inédite sur un archipel peu couvert
Le président français est arrivé le 19 septembre et repartira le 21, avant de rejoindre l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Mark Carney, qui se rendra lui aussi à New York, le rejoint dimanche pour quelques heures : au programme, un déjeuner de travail et une cérémonie de dépôt de gerbe.
La symbolique est doublement inédite. Côté canadien, aucun Premier ministre ne s’était encore rendu officiellement à Saint-Pierre-et-Miquelon, selon la présidence française. Côté français, Emmanuel Macron est le premier président de la République à visiter l’archipel depuis 2014 — plus de dix ans.
Le contexte : la carte annexionniste de Trump
La rencontre intervient dans un climat précis. Début septembre, Donald Trump a publié sur internet une carte des États-Unis recouvrant de la bannière étoilée le Canada, le Groenland, le Mexique et les Antilles — une carte qui inclut au passage Saint-Pierre-et-Miquelon. À son arrivée samedi, interrogé par la presse, Macron a balayé toute ambiguïté : « Il n’y a aucun doute » que l’archipel est français, « nous n’allons pas l’affirmer chaque jour parce que des gens ont des idées étranges ou disent des choses étranges ».
Mark Carney revient par ailleurs de Strasbourg, où il a acté un rapprochement majeur entre le Canada et l’Union européenne, ce qui a irrité Washington, engagé dans une guerre commerciale contre Ottawa. Les deux gouvernements présentent la visite comme « une démonstration d’unité et de respect mutuel » : la France et le Canada, indique l’Élysée, « partagent les mêmes valeurs de liberté, de démocratie, d’État de droit et de respect de la souveraineté nationale ».
Ce qui se négocie vraiment : énergie, minerais, industrie
Le déjeuner de travail n’est pas qu’une photo. Les deux dirigeants doivent approfondir le partenariat bilatéral dans l’aéronautique, l’énergie et les minerais critiques, ainsi que les technologies avancées — informatique quantique, satellites et supercalcul, selon le cabinet du Premier ministre canadien.
L’énergie concentre un enjeu de souveraineté concret. Selon l’agence Reuters, Macron a indiqué qu’il préférerait que le Canada développe ses exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe plutôt que de les diriger en priorité vers l’Asie. La question dépasse la visite : elle touche à la dépendance énergétique européenne et à la place du continent face aux pressions américaines.
Côté français, le président est accompagné des dirigeants des entreprises spatiales Skynopy et Look Up, ainsi que de SCLES, qui porte un projet de câble numérique entre la Bretagne et New York, avec une possible dérivation vers Saint-Pierre-et-Miquelon. L’archipel, en première ligne du changement climatique et en quête d’un nouvel avenir économique depuis la fin de la grande pêche à la morue, cherche à transformer sa position géographique en atout.
Ce qui garantit la souveraineté : continuité et capacité
Le rappel est utile : la présence française à Saint-Pierre-et-Miquelon ne date pas d’hier. En 1941, pendant l’Occupation, les Forces françaises libres du général de Gaulle s’emparèrent de l’archipel tenu par le régime de Vichy, malgré l’opposition du président américain de l’époque. La souveraineté française s’y exerce donc dans la durée, non dans l’improvisation.
Mais la continuité ne suffit pas : une souveraineté ne vaut que ce que valent la capacité de l’exercer et la volonté des autres de la respecter. La visite de dimanche affirme la première et teste la seconde. Le vrai critère ne sera pas le communiqué final, mais la suite : les contrats d’énergie et de minerais annoncés prendront-ils corps, ou la démonstration d’unité restera-t-elle une communication diplomatique ?
À retenir
- Emmanuel Macron reçoit Mark Carney dimanche à Saint-Pierre-et-Miquelon : première visite officielle d’un Premier ministre canadien, premier président français depuis 2014.
- La rencontre répond à la carte annexionniste publiée début septembre par Donald Trump ; Macron a écarté toute ambiguïté sur le caractère français de l’archipel.
- Au-delà de la cérémonie, les actes se jouent sur l’énergie (GNL vers l’Europe), les minerais critiques, l’aéronautique et les technologies avancées.
- La souveraineté française s’inscrit dans la continuité (1941, de Gaulle) ; sa solidité dépendra des actes concrets qui suivront, pas du communiqué.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Saint-Pierre-et-Miquelon : Macron recevra dimanche Mark Carney – TV5Monde (AFP)
- Carney et Macron afficheront l’unité du Canada et de l’Europe face à Trump – La Presse
- Carney and Macron to meet in Saint-Pierre-et-Miquelon – Global News (The Canadian Press)
- Donald Trump publie une carte des États-Unis avec des territoires français – Euronews
Les faits — dates, première visite, carte de Donald Trump, réaction de Macron — proviennent de l’Élysée et du cabinet du Premier ministre canadien, rapportés par l’AFP, Reuters et la Canadian Press, ainsi que des reprises de TV5Monde, de La Presse et d’Euronews. Les discussions annoncées (aéronautique, énergie, minerais critiques, quantique, satellites, supercalcul) et la question du GNL sont celles rapportées par Reuters et le cabinet de Mark Carney.



