Le 1er janvier 2027, l’eau potable de Cergy-Pontoise change d’opérateur. La société publique locale Les Eaux de la Confluence remplace Cyo, filiale de Veolia, sur 13 communes du Val-d’Oise, pour 15 ans. Les élus ont voté 83 millions d’euros d’investissements, plus 1,5 million pour créer la structure : la presse a retenu 85 millions, la somme exacte fait 84,5. Ce qui change, c’est qui décide. Ce qui ne change pas, c’est l’origine de l’eau et les deux tiers de la facture.
Les questions de cet article
- Ce qui change le 1er janvier.
- Ce que l’on rachète, et ce que l’on ne rachète pas.
- Pourquoi 82 % de l’eau vient d’ailleurs.
- Une facture fixée à 43,7 %.
- Trois prix, trois dates.
- Ce qui va contre moi.
- Ce que ce corpus n’établit pas.
- Ma lecture, et la vôtre.
Ce qui change le 1er janvier
Depuis 2009, le service était confié à Cyo, filiale de Veolia Eau, par une délégation de 18 ans qui s’achève le 31 décembre 2026. La SPL, détenue par l’agglomération, ses 13 communes et le syndicat d’assainissement (SIARP), reprend la production, la distribution, la facturation de l’eau et de l’assainissement, et la défense contre l’incendie. Quinze actionnaires publics, aucun privé.
Le réseau repris fait 750 km de canalisations, 15 réservoirs, 11 unités de production et 1 900 bornes et poteaux incendie, selon la plaquette de la SPL.
Ce que l’on rachète, et ce que l’on ne rachète pas
La plaquette le dit : les installations sont déjà la propriété de l’agglomération. L’essentiel du réseau ne se rachète donc pas, il se rénove. Les 83 millions votés le 6 octobre financent des travaux sur un patrimoine que la collectivité possédait déjà.
Une pièce dit ce qui restait dehors : 5 millions pour racheter le dernier tronçon de canalisation qui manquait, annoncés en décembre 2025 par le président de l’agglomération à la presse locale. Un réseau public peut donc avoir un bout privé. Ce que la collectivité achète aussi, sans facture visible : la fin d’une rémunération annuelle versée à un intermédiaire, et le droit de décider de l’ordre des travaux.
Pourquoi 82 % de l’eau vient d’ailleurs
La SPL distribuera l’eau. Elle ne la produira pas, ou très peu. 65 % du volume est acheté au Syndicat des eaux d’Île-de-France, qui traite l’Oise à Méry-sur-Oise ; 17 % à Grand Paris Seine & Oise, à Saint-Martin-la-Garenne ; 18 % viennent de nappes locales, à Cergy, Osny, Sagy et Condécourt.
Le jour où le SEDIF change son prix ou sa priorité d’allocation, Cergy-Pontoise le subit. La qualité ne dépend pas non plus du seul choix local : la pollution amont fixe le cadre, comme pour les PFAS du Rhône.
D’où vient l’eau distribuée à Cergy-Pontoise
Répartition du volume distribué, plaquette de la SPL, septembre 2026.
Une facture fixée à 43,7 %
Le tableau tarifaire de l’agglomération permet de couper la facture. Pour 120 m³ au 1er janvier 2026 : 496,40 euros. La distribution de l’eau, seule part que la SPL exploitera, pèse 216,78 euros, soit 43,7 %. L’assainissement pèse 203,99 euros, soit 41,1 %. Les organismes publics, agence de l’eau et Voies navigables de France, 75,62 euros, soit 15,2 %.
Une baisse de 10 % sur la distribution ferait 21,68 euros, soit 4,4 % de la facture. Le reste ne bougerait pas. C’est pourquoi les erreurs se cachent si bien dans ces totaux, comme sur les factures d’énergie des communes.
Trois prix, trois dates
4,26 euro le m³ au 1er janvier 2026, dans le tableau de l’agglomération. 4,45 euro au 1er juillet, sur le site de Cyo. 4,33 euro au 1er octobre, sur le site de l’agglomération, pour le même périmètre.
Entre juillet et octobre, l’écart est de 12 centimes. Aucune des deux publications ne dit ce qui l’explique. Je le note comme un fait, pas comme une baisse.
Ce qui va contre moi
Trois choses changent, et elles comptent. D’abord la rémunération : dans une délégation, l’opérateur gagne en vendant des m³ ; dans une régie, la collectivité gagne en réduisant les pertes d’un réseau qui fuit.
Ensuite la transparence : une SPL publie ses comptes, une délégation les couvre par un contrat. Enfin l’investissement : si le privé avait rénové, la facture aurait existé aussi, étalée dans la redevance. Ce qui change n’est pas le montant, c’est celui qui choisit l’ordre des travaux.
Ce que ce corpus n’établit pas
Aucun document ne donne le montant versé à Cyo en fin de contrat : indemnité, reprise du personnel, stocks, compteurs. Aucun ne donne le tarif de 2027 ni la baisse promise. Aucune comparaison des coûts d’exploitation n’a été publiée. On peut dire qui décidera ; on ne peut pas dire si ce sera moins cher.
La ressource amont reste hors de portée : l’État répartit les prélèvements agricoles sans mesurer ce que chacun pompe.
Cadrage : ce reportage de France 3 Occitanie est antérieur à la décision de Cergy-Pontoise et porte sur Toulouse. La même question s’y pose : qui exploite, qui possède, qui fixe le prix. Comparez ses chiffres avec ceux ci-dessus.
Ma lecture, et la vôtre
Reprendre la distribution est un acte de souveraineté locale, et je le prends pour ce qu’il est. Mais la souveraineté se mesure à l’amont : avec 82 % du volume acheté, la régie tient le robinet, pas la ressource ; avec 56 % de la facture hors distribution, elle tient un prix, pas le prix.
Ce n’est pas un argument contre la SPL. C’est la liste de ce qui reste à conquérir, et le seul moyen de savoir dans trois ans si la reprise en main a tenu parole.
Je ne crois pas que le passage en régie soit une victoire en soi. Je crois qu’il rend la décision visible : à partir du 1er janvier, si l’eau coûte cher, le nom sur la facture sera celui de la collectivité, pas celui d’un groupe. C’est plus exigeant, et c’est la bonne place pour la responsabilité.
À retenir. Une SPL publique remplace Cyo et Veolia le 1er janvier 2027 pour 15 ans, avec 83 millions d’euros de travaux sur un réseau déjà public, alors que 82 % de l’eau est achetée dehors et que la distribution ne pèse que 43,7 % de la facture.
Et vous : accepteriez-vous de payer 5 % de plus pendant 3 ans pour que le réseau cesse de fuir, si les comptes et l’ordre des travaux étaient publiés chaque année ?



