Dimanche 1er novembre, le gazole doit baisser de 12 à 18 centimes le litre. L’arrêté qui oblige les stations à afficher cette baisse a été publié jeudi au Journal officiel. Le texte exige un affichage « visible, lisible et aisément accessible » dans la station.
Cette baisse ne sort pas d’un budget : elle sort d’une division. La voici, avec les chiffres du gouvernement.
Les questions de cet article
- Que se passe-t-il dimanche ?
- D’où vient la baisse : 82 centimes, puis une division.
- Pourquoi 12 et pas 18 centimes.
- Ce que l’Europe a ajouté jeudi.
- Ce que vous verrez à la pompe.
- Ce qui va contre moi.
- Ce que ce corpus n’établit pas.
- Ma lecture, et la vôtre.
Que se passe-t-il dimanche ?
Le 12 octobre, la France a annoncé 10 millions de barils pris sur ses réserves stratégiques, ces stocks gardés pour les crises. Ils sont répartis entre distributeurs selon leur part de marché 2025. Un baril vaut 159 litres, soit 1,59 milliard de litres.
Matignon indique que ces barils ont été achetés 0,28 euro le litre. Le gazole de marché valait 1,10 euro, hors taxes et hors distribution. Le décret du 23 octobre encadre la répercussion du 1er novembre à la fin janvier. Le gouvernement a par ailleurs ouvert une aide carburant de 100 euros et une prime de 1 000 euros.
D’où vient la baisse : 82 centimes, puis une division
L’écart entre le prix d’achat et le prix de marché est de 82 centimes par litre. Si ces 1,59 milliard de litres étaient tout le gazole vendu en France, la baisse serait de 82 centimes. Ils ne le sont pas.
Matignon chiffre la consommation française à 54 millions de barils sur 3 mois. Les 10 millions de barils pèsent 18,5 % de ce que le pays brûlera jusqu’à fin janvier. Cette part appliquée à l’écart donne 15,2 centimes hors taxes. Avec la TVA de 20 %, cela fait 18,2 centimes à la pompe.
Le haut de la fourchette vient d’une règle de trois.
Pourquoi 12 et pas 18 centimes
La même division donne le bas. Si les distributeurs étalent les volumes, ou les écoulent quand les cuves sont pleines de gazole acheté plus cher, la part des litres bon marché recule. À 12 % des ventes, la baisse tombe à 12 centimes taxes comprises.
La fourchette ne mesure pas l’incertitude du pétrole, mais la vitesse de vente des 10 millions de barils. Cette vitesse, l’État ne la commande pas : il peut seulement obliger la station à écrire la baisse.
Ce que l’Europe a ajouté jeudi
Le même jour, à Luxembourg, les ministres de l’Énergie de l’Union ont réaffirmé 42,6 millions de barils pris sur les réserves stratégiques, « au cours des prochains mois ». Dan Jorgensen a précisé qu’environ la moitié serait du gazole, soit 3,4 milliards de litres.
Elle entre dans l’engagement du G7 du 2 octobre : jusqu’à 100 millions de barils en 4 mois, coordonnés par l’Agence internationale de l’énergie. Si les 10 millions français sont dans ces 42,6 millions, la France porte 47 % du gazole européen, pour 15 % de la population de l’Union. Aucune pièce ne donne la répartition par pays : c’est une hypothèse, pas un fait.
Ce que vous verrez à la pompe
Jeudi à 18 h 20, le flux officiel couvrait 8 977 stations de gazole. La moyenne était de 2,389 euro le litre, la médiane de 2,399. 42,7 % des stations affichaient 2,40 euro ou plus, et 5,2 % affichaient 2,50 ou plus.
Où se trouvent les 8 977 stations ce jeudi soir.
Prix du gazole relevé le 29 octobre 2026 à 18 h 20, flux officiel des prix des carburants, 8 977 stations sur 9 819.
Si la baisse de 15 centimes arrive, la moyenne doit descendre vers 2,24 euro. Ce jeudi, moins de 1 % vendaient sous 2,25 euro. Dimanche, comparez le prix de votre station à ces deux chiffres, et regardez son panneau.
Ce qui va contre moi
Ma comparaison ne prouve rien sur l’effet du décret. Le texte ne s’applique qu’au 1er novembre : entre le 7 octobre, où la presse relevait 2,40 euro, et jeudi, aucune baisse n’était due.
Le marché peut aussi baisser seul : les livraisons de carburants routiers ont reculé de 4,8 % sur 9 mois en 2026, et le gazole de 7,5 %, selon le Comité professionnel du pétrole. Une demande qui s’effondre fait baisser un prix sans décret.
Enfin, vendre une réserve à son prix d’achat n’est pas une subvention : l’État ne perd rien. La réserve sera reconstituée au prix du marché de 2027. La facture ne disparaît pas, elle change de date.
Ce que ce corpus n’établit pas
Aucun document public ne donne la répartition des 42,6 millions de barils entre États. Aucune série officielle de prix moyens quotidiens ne dit où serait le litre sans l’opération. Aucun calendrier de vente n’a été publié, alors que ce rythme décide de tout.
Ma lecture, et la vôtre
Le décret a un mérite : il rend la baisse vérifiable. À partir de dimanche, la station devra écrire le montant, qui doit au moins égaler l’avantage hors taxes rapporté au volume, taxes comprises. La preuve incombe au vendeur, et c’est sa bonne place.
Mais la mécanique reste la même : on ne baisse pas un prix en le décrétant, on dilue un stock acheté bon marché dans un trimestre de consommation. À 0,28 euro contre 1,10, l’écart est spectaculaire. Ramené aux 54 millions de barils, il vaut 15 centimes.
Je ne conteste pas l’opération : 15 centimes sur un plein de 50 litres, cela fait 7,50 euros, et c’est réel. Je conteste qu’on la présente comme une décision sur les prix. C’est une vente de stock, à un rythme que personne ne publie. Le panneau dans la station est le seul engagement contrôlable.
À retenir. Le gazole doit baisser de 12 à 18 centimes dès le 1er novembre, la baisse vient de 10 millions de barils achetés 0,28 euro et dilués dans un trimestre, et la moyenne était encore de 2,389 euro jeudi soir.
Et vous : dimanche, le prix de votre station aura-t-il baissé de 15 centimes, et le panneau dira-t-il de combien ?



