TotalEnergies a publié jeudi 29 octobre un résultat net ajusté de 9,1 milliards de dollars au 3e trimestre. Le résultat net part du groupe atteint 8,3 milliards. Le raffinage explique l’essentiel du bond : la marge européenne du groupe est passée à 33,2 dollars le baril, contre 8,4 un an plus tôt. Deux jours avant, l’Assemblée nationale refusait par 79 voix contre 77 la reconduction de la surtaxe sur les grandes entreprises, qui devait rapporter 5 milliards d’euros. Trois faits qui se suivent : la pompe paie, l’État renonce, l’actionnaire encaisse.
- Le trimestre en 5 chiffres.
- D’où vient l’argent : le raffinage.
- Ce que 33,2 dollars le baril font à la pompe.
- Deux jours plus tôt, 5 milliards effacés par 2 voix.
- Ce que le groupe rend à ses actionnaires.
- Ce que le baril au-dessus de 100 dollars peut reprendre.
Le trimestre en 5 chiffres
Le communiqué du groupe donne la mesure : 9,1 milliards de dollars de résultat net ajusté. C’est 51 % de plus qu’au 2e trimestre, et 128 % de plus qu’il y a un an. Le résultat net part du groupe atteint 8,3 milliards, et 20,5 milliards sur 9 mois. La production atteint 2,474 millions de barils équivalent pétrole par jour, 3 % de plus qu’au trimestre précédent.
D’où vient l’argent : le raffinage
Patrick Pouyanné, président-directeur général, résume le trimestre : un « environnement de prix élevés », « caractérisé par des marges de raffinage historiques et un marché gazier haussier ». Le raffinage et la chimie dégagent 3,6 milliards de résultat opérationnel net ajusté, deux fois plus qu’au 2e trimestre. En France, les raffineries ont traité 426 000 barils par jour. C’est 21 % de plus qu’au trimestre précédent, mais 11 % de moins qu’il y a un an. La marge unitaire, plus que le volume, a fait la différence.
Ce que 33,2 dollars le baril font à la pompe
La marge de raffinage européenne que le groupe publie valait 8,4 dollars par baril au 3e trimestre 2025, 13,5 au 2e trimestre 2026, 33,2 aujourd’hui. Un quadruplement en un an.
Un baril fait 159 litres. À 33,2 dollars, la marge brute vaut environ 21 cents par litre, soit 18 centimes d’euro au taux moyen du trimestre retenu par le groupe (1,15 dollar pour 1 euro). Il y a un an, elle valait environ 5 centimes. L’écart atteint 13 centimes par litre. C’est une marge brute, avant le brut, le transport et les taxes : elle dit ce que le raffineur garde, pas le prix payé.
En face, l’État a accordé une remise de 18 centimes par litre, versée aux stations. Le baril a repris une partie de la baisse depuis, comme le montrait notre calcul du 24 octobre, et les recettes fiscales sur les carburants reculaient. L’État a payé à peu près ce que la marge de raffinage a pris en un an. Ce n’est pas une accusation, c’est un ordre de grandeur, et il se vérifie.
Deux courbes qui montent ensemble
Résultat net ajusté en milliards de dollars, et marge de raffinage européenne en dollars par baril.
Résultat net ajusté (milliards de dollars)
3e trimestre 2025.3,982e trimestre 2026.6,033e trimestre 2026.9,10
Marge de raffinage européenne (dollars par baril)
3e trimestre 2025.8,42e trimestre 2026.13,53e trimestre 2026.33,2
Résultat net ajustéMarge de raffinage
Source : communiqué TotalEnergies du 29 octobre 2026. Valeurs en milliards de dollars et en dollars par baril.
Audition de Patrick Pouyanné à l’Assemblée nationale, le 17 juin 2026 (LCP). La vidéo est antérieure aux résultats et ne les commente pas : elle documente la position du groupe devant les députés, pas sa réaction aux chiffres.
Deux jours plus tôt, 5 milliards effacés par 2 voix
Mardi 27 octobre, l’Assemblée a supprimé la reconduction de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, prévue à l’article 15 du budget 2027. Le vote est passé par 79 voix contre 77, contre l’avis du gouvernement. Comme nous l’avons établi mercredi, la mesure devait rapporter 5 milliards d’euros, pour environ 400 entreprises dépassant 1,5 milliard de chiffre d’affaires.
Mise en perspective : 9,1 milliards de dollars valent 7,9 milliards d’euros au taux moyen du trimestre. La surtaxe refusée représente 63 % de ce que le groupe a gagné en un trimestre. Le vote n’est probablement pas définitif : le rejet de la partie recettes est attendu le 3 novembre. Le gouvernement peut ensuite rétablir la mesure par un 49.3, comme l’an dernier.
Ce que le groupe rend à ses actionnaires
Le conseil a confirmé un troisième acompte de 0,90 euro par action, 5,9 % de plus qu’en 2025. Il a autorisé 2,5 milliards de dollars de rachats d’actions. Le groupe vise 40 % du flux de trésorerie rendus aux actionnaires. Sur 2 234 millions d’actions, l’acompte coûte environ 2 milliards d’euros par trimestre, et les rachats 2,2 milliards. Environ 4,2 milliards par trimestre, 1,4 milliard par mois.
Autrement dit : 3 mois et demi de retour aux actionnaires équivalent aux 5 milliards de contribution retirés du budget.
Ce que le baril au-dessus de 100 dollars peut reprendre
Le pétrole reste au-dessus de 100 dollars le baril au début du 4e trimestre. Les tensions au Moyen-Orient durent, les stocks mondiaux sont au plus bas. Le groupe chiffre sa sensibilité : 1 dollar de marge de raffinage en plus ou en moins vaut 0,3 milliard de résultat opérationnel ajusté. Un trimestre record n’est pas une rente acquise. C’est un alignement de prix.
Le profit de TotalEnergies n’est pas une faute. La marge de raffinage est un prix de marché, et le groupe n’a pas fixé le baril à 100 dollars. La décision politique, elle, se discute. Au moment où la pompe coûtait assez cher pour que l’État verse 18 centimes par litre, la chambre basse a refusé par 2 voix les 5 milliards qui devaient faire payer les plus grandes entreprises. Le mécanisme est clair : le consommateur paie, l’État remise, l’actionnaire encaisse, et le budget porte le reste.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 9,1 milliards de dollars de résultat net ajusté au 3e trimestre, 51 % de plus qu’au trimestre précédent.
- La marge de raffinage européenne est passée de 8,4 à 33,2 dollars le baril en un an, environ 13 centimes par litre de plus.
- Deux jours avant, 5 milliards d’euros de surtaxe ont été retirés du budget 2027 par 79 voix contre 77.



