Le 28 octobre, interrogé sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, Emmanuel Macron a répondu « non » : selon lui, le gouvernement n’a pas envisagé de couper les réseaux sociaux pendant les manifestations. Le 22 octobre, son premier ministre, Sébastien Lecornu, avait écrit aux 4 grands opérateurs télécoms pour qu’ils se tiennent prêts à suspendre l’accès à TikTok, Instagram, Snapchat et X. La coupure n’a pas eu lieu. Elle n’a pas été retirée non plus.
- Qu’a répondu le président ?
- Que demandait la lettre du 22 octobre ?
- Où est la contradiction ?
- Qui peut couper, et sur quelle base ?
- Et le 31 octobre ?
- Ce que j’en retiens
Qu’a répondu le président ?
La question portait sur les manifestations du 24 octobre. « Non », a répondu le chef de l’État, selon BFM-TV. Il a ensuite décrit un « travail conduit sous l’autorité du Premier ministre » et des « discussions » menées par Sébastien Lecornu pour « réguler l’action de certains sur les plateformes ». Il n’a pas dit lesquelles, ni comment.
Il a aussi défendu le week-end. Le 17 octobre, les plateformes avaient « assez moyennement » retiré les contenus illicites, comme l’appel au pillage. Le 24, la coopération a été bonne « en temps réel ». Il cite Pharos, le service public de signalement des contenus illicites : un peu plus de 200 signalements ont été transmis aux plateformes.
Ce même 17 octobre, la police avait procédé à 2 400 interpellations.
Que demandait la lettre du 22 octobre ?
Le média en ligne Blast a publié le courrier le 24 octobre, jour de la manifestation. Le premier ministre y demande aux dirigeants d’Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom de pouvoir suspendre 4 services : TikTok, Instagram, Snapchat et X. La formule exacte est citée par Le Temps : « si j’en donne l’instruction, de procéder sans délai à la suspension temporaire des services concernés, pour une durée de quelques heures ».
Le calendrier était fixé, selon 01net, qui a lu les documents de Blast. Déclenchement le 24 octobre vers 14 heures, pour 12 heures au maximum. Un communiqué devait prévenir une trentaine de minutes avant. La mesure n’a pas été activée. J’avais raconté la lettre et le précédent calédonien le 25 octobre.
Les 4 opérateurs doutaient de l’efficacité du procédé. Le blocage passait par les noms de domaine, l’adresse qui désigne un service sur internet. Un VPN, un logiciel qui masque la connexion réelle, suffit à le contourner. Le cabinet du premier ministre n’a pas répondu à Blast. Sur le document lui-même, je n’ai trouvé aucun démenti public depuis le 24 octobre.
Où est la contradiction ?
Les deux phrases ne parlent pas de la même chose. Le président décrit une intention : réguler des contenus publiés. La lettre décrit un pouvoir technique : suspendre l’accès à 4 services entiers, pendant quelques heures, sur une instruction du premier ministre.
Entre les deux, le gouvernement a déposé 4 amendements au projet de loi « casseurs-payeurs », le 26 octobre, pour la séance du Sénat du 28. L’un d’eux crée un blocage de sites en 1 heure, que j’ai détaillé ici. Ce sont 2 outils différents. L’amendement bloque des adresses de sites. La lettre suspendait l’accès à des applications. Les deux déplacent la même décision vers l’administration, sans juge avant.
De la lettre au démenti : la chronologie vérifiable
Dates de publication des pièces, du 17 au 31 octobre 2026
Qui peut couper, et sur quelle base ?
Rien, dans le droit ordinaire, ne donne au premier ministre le pouvoir de couper 4 services sur une instruction. Le précédent le plus proche a été annulé. En mai 2024, TikTok a été bloqué en Nouvelle-Calédonie pendant les émeutes. En avril 2025, le Conseil d’État a jugé ce blocage illégal, pour atteinte disproportionnée à la liberté d’expression, selon 01net. La décision est arrivée 11 mois plus tard, quand la coupure était finie depuis longtemps.
C’est le point qui compte pour le lecteur. Une coupure se décide en quelques heures et se conteste en quelques mois. Le recours existe, mais il arrive après. Et un blocage par les noms de domaine vise ces 4 services : il ne coupe ni les appels, ni les SMS, ni le reste du web.
Les opérateurs actionnent le filtre. Ce sont eux qui ont reçu la lettre, et eux qui seront appelés si une nouvelle instruction tombe.
Et le 31 octobre ?
Un « acte III » est annoncé pour le samedi 31 octobre par la coordination des Gilets jaunes et plusieurs collectifs, selon 01net. Le président a décrit la journée comme « un samedi à risque », et répété que les réseaux sociaux « abîment nos démocraties », selon L’Indépendant. C’était le 26 octobre, à Marseille. Le 28, il affirmait que l’État n’avait pas voulu les couper.
Rien n’indique qu’un nouveau dispositif soit prêt. Rien n’indique non plus qu’il ait été retiré.
Le 22 octobre, le premier ministre a demandé aux 4 opérateurs de pouvoir suspendre TikTok, Instagram, Snapchat et X pendant quelques heures, sur son instruction. Le dispositif devait être déclenché le 24 octobre. Il ne l’a pas été. Le 28, le président a affirmé que l’État n’avait pas envisagé de couper les réseaux. Aucun démenti du document n’a été publié.
Ce que j’en retiens
Opinion de la maison, pas un fait. Un « non » prononcé dans un studio ne retire pas une lettre signée. L’État nie l’intention et conserve le moyen. Tant que les opérateurs restent en position d’exécuter, la liberté d’accès tient à une instruction, pas à une loi.
La vidéo ci-dessous date du 26 octobre, 2 jours avant le démenti. Elle ne porte pas sur la coupure : elle montre la séquence politique dans laquelle la déclaration s’inscrit.
Vidéo publiée le 26 octobre 2026 par franceinfo. À observer : le président y commente le 17 octobre et la réponse de l’État, deux jours avant d’affirmer que la coupure des réseaux n’a jamais été envisagée. L’image de une est une reconstitution graphique, pas une photographie des lieux.



