Vendredi 23 octobre, un homme de 26 ans a été tué à Trappes dans un attentat raciste. Cinq jours plus tard, le gouvernement annonce qu’un hommage national lui sera rendu. Il n’a pas dit quand. Il n’a pas dit non plus qui le présidera.
- Que s’est-il passé le 23 octobre ?
- Qu’a fait l’Assemblée le 27 octobre ?
- Les deux morts sont-ils comparables ?
- Un hommage national, c’est quoi ?
- Que dit le président ?
- Ce que j’en retiens.
Que s’est-il passé le 23 octobre ?
Vendredi matin, un homme ouvre le feu sur 8 sites de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines. Il tue Pengo Bossio Wangi, 26 ans, Français d’origine africaine. Il blesse 7 personnes, dont 4 grièvement. Huit autres personnes visées n’ont pas été touchées physiquement.
Les enquêteurs ont retrouvé 128 balles, selon le décompte lu à l’Assemblée par sa présidente. Le parquet national antiterroriste a été saisi le jour même (notre article du 23 octobre). Le suspect, Kevin T., a été interpellé. Sa garde à vue a repris le lundi 26 octobre, après un nouvel examen psychiatrique.
Le bilan a changé en quatre jours. Le soir de l’attentat, la presse parlait de 4 blessés. Le 27 octobre, l’Assemblée en comptait 7.
Le suspect n’a pas reconnu le caractère raciste de ses tirs (notre article du 27 octobre).
Qu’a fait l’Assemblée le 27 octobre ?
À 15 h 05, la séance s’ouvre par un hommage. La famille de la victime est dans la tribune d’honneur, avec le maire de Trappes. Les députés se lèvent. « Le racisme tue, la haine de l’autre tue », dit la présidente de l’Assemblée.
Les questions au gouvernement suivent. La cheffe du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, demande un hommage national. « La République doit se lever et parler », dit-elle. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, lui répond longuement.
Il qualifie d’abord l’attentat de « terroriste » et de « raciste ». Puis il rappelle la mort de Quentin Deranque, militant d’ultradroite tué dans une rixe à Lyon en février. « Dans la République, on ne peut pas opposer un mort à un autre mort », dit-il. Une députée insoumise lui lance : « C’est exactement ce que vous faites ! »
La demande d’hommage reste sans réponse ce jour-là. Elle ne sera satisfaite que le lendemain, par une annonce sans date. La veille, la famille avait déjà dû entendre la mort de son fils comparée à une autre, dans l’hémicycle où elle était venue écouter une minute de silence.
Les deux morts sont-ils comparables ?
Non, et le droit ne les traite pas de la même façon. La mort de Pengo Bossio Wangi relève d’une enquête antiterroriste. Des personnes y ont été visées pour leur origine, comme dans plusieurs attaques précédentes (notre article du 24 octobre). La mort de Quentin Deranque relève d’une rixe entre militants, à Lyon, en février. L’une est un acte de terrorisme. L’autre est un affrontement de rue.
Cette différence n’est pas une hiérarchie des douleurs. C’est une différence de procédure. L’enquête est menée par un parquet spécialisé, avec des moyens propres. Les victimes d’actes de terrorisme sont indemnisées par un fonds public, le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions. Ce droit n’existe pas dans une rixe.
La phrase du premier ministre n’est pas nouvelle. Le 17 février, la députée insoumise Mathilde Panot avait cité la mort de Federico Aramburú, rugbyman tué par des militants d’ultradroite, pour interpeller le gouvernement. M. Lecornu avait répondu : « On n’oppose pas un mort à un autre mort » (Le Monde, 17 février 2026).
En février, la phrase répondait à une comparaison faite par une députée. En octobre, elle répond à une demande d’hommage. Entre les deux, le sens change : la formule ne tranche plus un débat, elle ferme une question. Le 28 octobre, la famille de Quentin Deranque demandait de son côté à un juge de faire entendre Raphaël Arnault (notre article du 28 octobre).
Un hommage national, c’est quoi ?
La loi ne définit pas l’hommage national. C’est une décision du président de la République. Il en fixe la date, le lieu et le rang. La cérémonie se tient souvent aux Invalides. Le gouvernement l’annonce, l’Élysée l’organise.
Rien ne contraint le président à en accorder un. L’indemnisation, elle, est un droit ouvert aux victimes. La cérémonie relève d’une décision politique. Mercredi 28 octobre, la porte-parole du gouvernement a annoncé qu’un hommage « sera rendu ». Elle n’a donné ni jour, ni lieu, ni confirmation que le président le présiderait. L’Élysée, interrogé par l’AFP, n’a rien précisé non plus.
Cinq jours, et toujours pas de date
Les étapes de l’attentat de Trappes et de la réponse de l’État. Survolez un point pour le détail.
Que dit le président ?
En conseil des ministres, le président de la République a jugé que « la très faible compassion » des heures qui ont suivi l’attentat était « de nature à inquiéter ». Il a aussi pointé les « tentatives d’instrumentalisation », selon le compte rendu de sa porte-parole.
Le même jour, à l’Assemblée, une députée écologiste des Hauts-de-Seine a lancé au premier ministre : « Vous avez abattu leur fils une deuxième fois » (Ouest-France, 28 octobre). Un peu plus tôt, un député du groupe Droite républicaine avait parlé des « vitrines barricadées » et des « villes désertes et confinées ». Une députée de gauche lui avait répondu : « Vous avez plus de mots pour les vitrines que pour les humains. »
Ces phrases disent une chose simple : le pays ne s’accorde pas sur ce qu’il doit à ce mort-là. Un hommage national, quand il aura lieu, ne réglera pas ce désaccord. Il donnera seulement une date à une reconnaissance qui, pour l’instant, n’en a pas.
Opinion de la maison, pas un fait. Un hommage sans date n’est pas un hommage, c’est une promesse. La République sait nommer ses morts quand elle veut les honorer. Elle devrait aussi savoir répondre à une question posée dans l’hémicycle, sans lui substituer une phrase sur les morts qu’on ne peut pas opposer.
À retenir
- Pengo Bossio Wangi, 26 ans, a été tué le 23 octobre à Trappes dans un attentat raciste. 7 personnes ont été blessées, 128 balles ont été retrouvées.
- Le 27 octobre, l’Assemblée a observé une minute de silence. La demande d’hommage national est restée sans réponse.
- Le 28 octobre, le gouvernement a annoncé un hommage national, sans date. L’indemnisation des victimes de terrorisme, elle, est un droit.



