Le gaz européen a brièvement franchi 100 euros le mégawattheure mercredi 28 octobre, une première depuis décembre 2022. Le même jour, la France applique sa 3e hausse de suite : 194,90 euros TTC au 1er novembre. Les réserves françaises sont à 87 %. Le prix ne se fixe pourtant pas dans les stockages.
- Que s’est-il passé mercredi ?
- Pourquoi les réserves pleines ne protègent-elles pas ?
- Combien votre facture augmente-t-elle ?
- Où passe l’argent que vous payez ?
- Qu’est-ce qui n’est pas encore dans la facture ?
- Qu’est-ce qui reste incertain ?
- Notre lecture.
Que s’est-il passé mercredi ?
Le contrat de référence du gaz européen, le TTF néerlandais, a touché 100,30 euros le mégawattheure vers 13h35 GMT, puis 99,97 euros, en hausse de 4,3 % (Le Figaro, BFM, avec l’AFP). Un mégawattheure, c’est 1 000 kilowattheures, 3 semaines de chauffage.
Le TTF valait 28 euros début janvier et 96 euros lundi, presque 3 fois plus (Euronews), loin du pic d’août 2022, au-dessus de 300 euros.
Trois causes se cumulent : la crainte de frappes sur l’Iran, le Qatar qui n’exporte plus qu’à 20 à 30 % de sa capacité, la concurrence asiatique sur les mêmes cargaisons.
Pourquoi les réserves pleines ne protègent-elles pas ?
Les stocks européens étaient à 74,1 % à la mi-octobre, contre 83 % un an plus tôt : le plus bas depuis le début des relevés. L’Allemagne est à 60,2 %, la France à 87,4 % (upday).
Ces réserves ne fixent pas le prix. Le gaz s’achète sur une bourse européenne : le cours dépend de la dernière molécule dont l’Europe a besoin, pas du stock français. Un fournisseur qui a du stock peut le revendre au prix du marché. Le stockage amortit un choc de quelques semaines, pas le lien avec le prix.
La France importe l’essentiel de son gaz, comme 99 % de son pétrole (forages).
Combien votre facture augmente-t-elle ?
Le prix repère sert de boussole aux offres indexées. Il passe de 182,88 à 194,90 euros au 1er novembre, soit plus 6,6 %. C’est la 3e hausse de suite, après 5,6 % en septembre et 6,3 % en octobre (communiqué de la CRE du 12 octobre).
Le gaz de gros à 100 euros, le prix repère à 195
En euros par mégawattheure. Prix repère TTC ; août et septembre reconstitués.
100,30 euros
TTF, plus haut de la séance.
162,92 euros
182,88 divisé par 1,063 puis 1,056.
172,04 euros
182,88 divisé par 1,063.
182,88 euros
Valeur publiée.
194,90 euros
141,20 hors taxes, 53,70 de taxes.
En 3 mois, le prix repère est passé d’environ 163 à 194,90 euros. Un foyer qui consomme 10 mégawattheures par an paie 10 fois ce prix : environ 320 euros de plus par an, si le niveau tient.
La CRE chiffre à 12 euros de plus en novembre pour les contrats indexés. Si les prix restent stables, la facture annuelle 2026 dépasserait celle de 2025 de 11 %, soit 135 euros. 40 % des consommateurs avaient une offre à prix fixe fin 2025. Au 30 juin, 10,23 millions de ménages avaient un contrat de gaz : 6 millions sont exposés (grille du prix repère).
Où passe l’argent que vous payez ?
Le prix repère comprend 3 parts : la fourniture, c’est-à-dire la molécule et la marge du fournisseur ; l’acheminement, c’est-à-dire les réseaux et le stockage ; les taxes, fixées par l’État.
Le même mégawattheure vaut 141,20 euros hors taxes et 194,90 euros toutes taxes comprises. Les 53,70 euros d’écart partent en taxes : TVA, accise sur le gaz, contribution tarifaire d’acheminement, qui finance les retraites des industries électriques et gazières. Soit 27,6 % de la facture.
L’État prélève plus du quart du prix sans rien produire. Ce n’est pas un scandale, mais un choix budgétaire : le même État fixe la taxe et dit ne pas maîtriser le prix. Sur la part réseau, nous avons raconté le bras de fer entre Bruxelles et le Sénat.
Qu’est-ce qui n’est pas encore dans la facture ?
La hausse de novembre ne parle pas de cette semaine, mais de septembre. La CRE prend la moyenne des cours du contrat mensuel du 1er au 30 septembre, pour 80 % du total, et du contrat trimestriel pour 20 %. Chaque mois est donc calculé avec les cours du précédent.
Le prix repère du 1er décembre sera calculé sur octobre, celui du 1er janvier sur novembre. Les 100 euros de mercredi entreront dans les factures d’hiver, si le niveau tient. Le consommateur paie aujourd’hui la hausse d’avant-hier.
Les offres à prix fixe restent la seule protection immédiate, et elles se renouvellent au prix du marché. Une commune peut négocier : à Dol-de-Bretagne, 816 foyers ont délégué leur contrat à la mairie.
Qu’est-ce qui reste incertain ?
Le seuil des 100 euros a été touché, pas tenu : ce qui compte est la moyenne du mois.
La météo décidera de la suite : un hiver froid augmente la demande, et l’éolien change le gaz brûlé pour l’électricité. Wood Mackenzie prévoit des stocks européens à 17 ou 20 % fin mars. Restent le retour des exportations qataries et une éventuelle intervention publique, dont nous n’avons trouvé aucune annonce.
Notre lecture. Opinion de la maison, pas un fait.
La France a rempli ses réserves et paie quand même le prix d’Amsterdam. Le stockage protège du froid, pas du marché. Le pays a organisé sa sécurité sur des cuves, sans reprendre la main sur un prix qui se décide ailleurs et arrive un mois plus tard. L’État encaisse 27,6 % sans rien produire, et le consommateur arbitre seul, avec son contrat, ce qui devrait être un choix collectif. Une réserve pleine n’est pas une souveraineté, c’est un délai.
À retenir
- Le gaz de gros a touché 100,30 euros le mégawattheure mercredi, contre environ 28 euros début janvier.
- Le prix repère passe à 194,90 euros en novembre : 19,6 % de hausse en 3 mois.
- Les réserves françaises sont à 87,4 %, mais le prix se fixe sur le marché européen.
- Sur 194,90 euros, 53,70 partent en taxes, soit 27,6 %. La hausse d’octobre n’arrivera qu’en décembre et en janvier.
Et vous, savez-vous si votre contrat de gaz est à prix fixe ou indexé ?



