Le tribunal judiciaire de Paris a débouté, lundi 26 octobre 2026, le comité social et économique de SFR de toutes ses demandes en référé sur la vente de l’opérateur. Non parce que la direction aurait correctement informé les salariés, mais parce que la consultation était terminée : il n’y avait plus rien à suspendre. Le juge ne tranche pas le fond, il constate un calendrier. La vente n’est toujours pas autorisée, et 8 000 salariés attendent une décision qui ne leur appartient pas.
Plan
- Ce que le juge a dit, et ce qu’il n’a pas dit
- 20,35 milliards pour 25 millions d’abonnés
- 8 000 salariés, 5 000 promis, 3 000 en sursis
- Une grève le 3 novembre, une audience en décembre
- Qui décide vraiment
Ce que le juge a dit, et ce qu’il n’a pas dit
Le CSE reprochait à la direction d’Altice France de ne pas avoir assez communiqué pendant l’information-consultation, notamment sur les documents financiers, alors que la direction la considérait close le 7 octobre. Le tribunal juge que la procédure s’est achevée début octobre et que seule l’instance au fond peut la prolonger ; cette audience aura lieu début décembre (décision consultée par l’AFP).
La distinction n’est pas technique. Le référé traite l’urgence : il ne juge pas si l’information était suffisante, il regarde s’il reste quelque chose à suspendre. Le tribunal ne dit donc pas que les salariés ont été correctement informés ; il dit qu’il est trop tard pour arrêter la machine par cette porte. Altice France, sollicitée, n’a pas commenté.
20,35 milliards pour 25 millions d’abonnés
Le protocole a été signé le 6 juin 2026 entre Altice France et le consortium Orange, Bouygues Telecom et Iliad pour 20,35 milliards d’euros. L’Arcep a pris acte d’une « possible consolidation du marché, dans l’Hexagone, à trois opérateurs » (communiqué du 8 juin 2026). Le 15 juillet, la Commission européenne a renvoyé l’examen à l’Autorité de la concurrence.
Deux ratios donnent la mesure : 814 euros par abonné, 2,54 millions d’euros par salarié. Ce ne sont pas des sommes versées, mais ils disent où est comptée la valeur. Rien ne change encore pour les clients : Orange a confirmé le 27 octobre viser le second semestre 2027. En attendant, les forfaits augmentent sans l’accord des clients.
8 000 salariés, 5 000 promis, 3 000 en sursis
Le consortium promet une solution à chacun : environ 5 000 salariés iraient chez les trois acheteurs, 3 000 resteraient chez SFR le temps de conduire la migration. Soit 62,5 % chez les repreneurs, et 37,5 % laissés dans une entreprise en démantèlement, pour une durée non chiffrée publiquement. L’intersyndicale réclame trois offres de reclassement par personne. Le 24 septembre, environ un tiers des 8 000 salariés s’étaient mis en grève, selon les syndicats. Le mouvement déborde l’entreprise : 24 ports sont appelés à s’arrêter le 30 octobre.
Une grève le 3 novembre, une audience en décembre
L’intersyndicale Unsa, CFDT et CFTC appelle à la grève le 3 novembre chez SFR, SFR Distribution et Altice Technical Services, pour peser sur le sort des salariés (BFMTV). La date tombe entre le référé et l’audience au fond : le rapport de force est convoqué là où aucune réponse institutionnelle n’est attendue. C’est l’argument syndical du « calendrier social absent » que développe la conférence de presse ci-dessous, antérieure à la décision.
À observer : la thèse du calendrier social absent et les chiffres syndicaux, dont 10 000 emplois menacés en incluant boutiques et sous-traitants. Vidéo antérieure à la décision : une position, pas un résultat.
Qui décide vraiment
La décision qui compte appartient à l’Autorité de la concurrence. Son office est la concurrence : l’emploi n’y a pas de siège, et les 8 000 salariés n’y sont pas partie. Les salariés ont plaidé devant un juge qui pouvait suspendre une consultation, pas devant celui qui dira si SFR peut être absorbé.
Passer de quatre à trois opérateurs n’est pas un détail comptable. Un réseau est une infrastructure critique : sa solidité tient à la redondance, au nombre d’acteurs capables de relayer. La panne Orange du 21 octobre, 21,6 millions de lignes touchées, a montré ce que vaut cette redondance quand elle manque.
SFR : 8 000 salariés, et 20,35 milliards ramenés à l’unité
Salariés du périmètre repris, et prix de l’opération par abonné et par salarié
Le juge n’a pas dit que les salariés avaient été informés, il a dit que le moment était passé. Une opération de 20,35 milliards se règle comme une affaire de droit des sociétés, devant un tribunal de commerce et une autorité de concurrence, et laisse l’emploi à la marge. Or ici l’emploi n’est pas marginal : 8 000 personnes, dont 3 000 dans une coquille vendue par morceaux. La grève du 3 novembre ne renversera pas la vente, les syndicats le savent ; elle sert à obtenir un cadre social avant la signature, seul levier encore ouvert. Cette consolidation se justifie par l’investissement et la capacité à affronter les géants américains : c’est l’inverse de la souveraineté telle que je l’entends. Moins d’opérateurs, c’est moins de redondance, et une infrastructure critique se juge à ce qui survit au choc.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Le 26 octobre 2026, le CSE de SFR a été débouté en référé : la consultation était close, rien n’était plus suspendable.
- Audience au fond début décembre ; réalisation visée au second semestre 2027.
- 20,35 milliards pour 25 millions d’abonnés : 814 euros par abonné, 2,54 millions par salarié.
- Environ 5 000 salariés iraient chez les trois acheteurs, 3 000 resteraient chez SFR pour la migration.
- La décision déterminante revient à l’Autorité de la concurrence, où l’emploi n’a pas de siège.



