Le 12 octobre, le gouvernement promet 12 à 18 centimes de moins par litre au 1er novembre. Le 23, le décret qui doit tenir la promesse est publié : il ne contient aucun chiffre. Entre les deux, un stock qui n’appartient pas à l’État, un baril qui monte, un réseau que l’aide touche à 4 %, des compteurs que personne ne relit. La question n’est pas la réalité de la baisse, mais ce que vaut un prix annoncé par ceux qui ne détiennent aucun des instruments qui le rendraient vérifiable.
Les parties de cet article
- Le stock n’est pas à l’État
- Le baril reprend sa part
- Le débit n’est pas couvert
- Le compteur n’est pas relu
- L’unité et la méthode, ailleurs
- Ce qui reste inconnu
- L’objection, et vous
Le stock n’est pas à celui qui promet
Le décret n° 2026-981 du 23 octobre vend 1,6 million de mètres cubes de stocks stratégiques « au coût moyen pondéré d’acquisition », sur le fondement de la police des prix. L’avantage vaut 192 à 288 millions d’euros, assis sur un coût d’achat non publié et des arrêtés à venir (le décret vend la réserve sans dire à quel prix). La réserve n’est d’ailleurs pas à l’État : la Sagess, société de droit privé, la détient pour les distributeurs, et son président affirme qu’elle n’a « aucune incidence sur le budget de l’État ».
Le baril reprend ce que l’annonce donne
Le 23 octobre, le Brent a clôturé à 116,88 dollars, 10,3 de plus qu’un mois plus tôt : 6,9 centimes le litre. Des 12 à 18 promis, il reste 5,1 à 11,1 centimes (le calcul du 23 octobre). Le volume ne tient pas la durée : 10 millions de barils font 1,59 milliard de litres, cinq fois moins que les 8,0 milliards que réclament 92 jours de remise. Les 295 000 tonnes du Golfe valent quatre jours, sans durée ni prix publiés (13 % du diesel sécurisé sans durée).
Le débit n’est pas couvert
Le communiqué n° 1143 du 22 octobre ne subventionne pas le litre : il rembourse les intérêts d’un prêt plafonné à 5 000 euros, environ 350 euros par station, pour 350 à 500 stations sur 10 764. Au mieux 175 000 euros, 0,04 % des 450 millions du plan. Le capital reste dû, rien n’oblige à répercuter, aucun prix maximal n’est fixé (une aide qui couvre 4 % du réseau).
Pour un ménage, 100 euros achètent 43,4 litres à 2,3039 euros le litre, et le « doublement » annoncé vient du calendrier : trois mois au lieu de six (43 litres et un guichet). En Corse, le Conseil d’État a jugé le 21 octobre que le refus de réglementer n’était pas discutable devant un juge, onze mois après 187,49 millions d’euros de sanction (ne pas agir est aussi une décision).
Le compteur ne se relit pas tout seul
Aux Flandres, un syndicat d’énergie de 98 communes a payé 38 500 euros un cabinet pour relire les factures de ses fournisseurs : 148 726 euros rendus par EDF et Engie à 36 communes, plus de 200 erreurs sur 3 000 compteurs, 49,6 euros par compteur. Les 62 autres n’ont rien récupéré, faute d’avoir relu (l’audit que personne ne fait). Le fournisseur écrit, l’acheteur paie : le seul contrôle est celui qu’il s’organise.
L’unité et la méthode s’écrivent ailleurs
Le bois se vend encore au stère, unité que la DGCCRF ne reconnaît plus depuis février 2026 : un stère de 25 cm occupe 0,6 mètre cube apparent. L’État fixe la règle, il ne mesure plus le tas (le stère n’est plus une unité légale).
Pour l’électricité, la part réseau pèse 29 % de la facture ; la Commission veut en écrire la méthode par acte délégué, le Sénat a jugé le texte contraire à la subsidiarité le 22 octobre, et le tarif d’acheminement a pris 3,04 % en distribution et 3,34 % en transport au 1er août (la méthode du tarif se décide plus haut). Reste le contrat : à Dol-de-Bretagne, 816 foyers le font négocier par la mairie, pour 106 à 198 euros par an, avec un intermédiaire dont la rémunération n’est pas publiée (la commune prête son nom).
Ce que le stock couvre, ce que la promesse demande
Gazole routier, en milliards de litres. Survolez une barre, ou tabulez jusqu’à elle.
Ce qui reste inconnu
Les faits cités sont établis sur pièces. Le coût d’achat des stocks n’est pas public, donc le montant réellement distribué est inconnu. L’effet sur le prix après le 31 janvier n’est établi par aucune pièce : non établi. Nul ne mesure les ménages mal facturés : inconnu. Ces périmètres ne s’additionnent pas.
L’objection, et ce que cela change pour vous
L’objection est sérieuse : un gouvernement ne fixe pas le prix du baril, la réserve sert à la rupture et non aux soldes, et une annonce calme les achats de panique. Elle tient sur les moyens, pas sur le point en cause : aucun chiffre qui vérifierait la baisse n’est public, ni coût d’achat, ni arrêtés, ni répercussion pompe par pompe.
Trois vérifications suffisent. Le prix du gazole avant et après le 1er novembre ; la mention de baisse unitaire sur un bon de livraison de fioul ; le prix du kilowattheure séparé de l’abonnement. Prolongement : ce que la France tire de son sous-sol, 1 % de son pétrole (les forages et le 1 %).
Je retiens ceci : un prix annoncé sans le chiffre qui le vérifie n’est pas une politique des prix : c’est une communication. Quand le stock, le baril, le compteur et le contrat sont hors de portée de celui qui annonce, la vérification ne remonte pas vers l’État, elle descend vers celui qui paie.
Reste une question : le 1er novembre, à la pompe, saurez-vous dire ce qui, dans les centimes affichés, vient d’une décision publique et ce qui vient d’un marché que personne ici ne contrôle ?



