Le projet de budget 2027 veut doubler les radars urbains, de 340 à 750 appareils, et porter les recettes d’amendes à 2,2 milliards d’euros. L’annexe générale au budget dit où sont allés les 2 129 millions recouvrés en 2025 : 796 aux collectivités, 742 au désendettement de l’État, 26 aux blessés de la route.
Plan
- Ce que le budget promet
- Promis 340, installés 150
- Où va l’argent de vos amendes
- Ce que la route y gagne
- Qui paie, à la fin
Ce que le budget promet
Les radars urbains passeraient de 340 appareils prévus fin 2026 à 750 fin 2027, soit 410 de plus en un an.
Le parc complet suivrait, tourelles et appareils de chantier compris, jusqu’à 1 400 unités fin 2027. En 2031, l’exécutif vise près de 9 800 appareils, près du double du parc actuel
(L’Indépendant, 22 octobre).
Les nouveaux modèles contrôleraient aussi le téléphone, la ceinture et les voies réservées, par intelligence
artificielle. Aucune date de mise en service n’est annoncée : ces fonctions doivent être homologuées
(Police et Réalités, 21 octobre).
La recette visée pour 2027 est de 2,2 milliards d’euros
(La Dépêche, 26 octobre).
Où sont allés les 2 129 millions d’amendes routières recouvrés en 2025
En millions d’euros. Source : annexe générale au PLF 2027, compte d’affectation spéciale des amendes routières.
Promis 340, installés 150
La promesse a un précédent : l’objectif de 340 radars fin 2026 était déjà fixé ; au début d’octobre, un peu
plus de 150 seulement étaient en service
(Police et Réalités, 21 octobre).
L’État demande donc au Parlement de doubler en 2027 un parc qu’il n’a pas su installer en 2026.
À Toulouse, le radar de l’avenue des États-Unis, en service depuis avril 2024, contrôle les deux sens sans
flash visible, sur un axe où passent près de 40 000 véhicules par jour. La préfecture avait annoncé un panneau
entre 20 et 50 mètres en amont ; sur place, il n’y en a pas. Des automobilistes racontent deux contraventions de
90 euros en quinze jours, et l’argent ne revient pas à la ville. À l’inverse, le casque à trottinette coûte 35 euros dans un département et 135 dans un autre
(La Dépêche, 26 octobre).
À observer : ce que la machine voit d’un passage, non le montant des amendes, absent du reportage.
Vidéo TF1 INFO de décembre 2025, antérieure au budget.
Où va l’argent de vos amendes
Le document qui répond est public : l’annexe générale au projet de budget 2027
sur le compte d’affectation spéciale « contrôle de la circulation et du stationnement routiers »
(annexe, exercice 2027).
En 2025, 2 129 millions d’euros d’amendes routières ont été recouvrés. Les radars en représentent 947, soit
44,5 % ; les autres amendes de la police de circulation, 1 182, soit 55,5 %. La majorité de la recette ne vient
donc pas des cabines automatiques.
La répartition surprend davantage. 796 millions vont aux collectivités, 37,4 % du total ; 742 millions au
désendettement de l’État, 34,9 %. Le contrôle automatisé et le fichier du permis prennent 336 millions, l’AFIT France, qui finance les infrastructures, 144 millions. Le fonds santé des blessés de la route reçoit 26 millions,
soit 1,2 % du total ; l’ANTAI, qui traite les contraventions, 13 millions.
Il faut être juste : ces 742 millions ne sont pas un détournement récent. La répartition date de 2011, 53 % aux
collectivités et 47 % à l’État, et la part de l’État a été calibrée en 2018 pour compenser le transfert du
stationnement payant aux communes. C’est une règle budgétaire, pas un scandale. Elle produit seulement ceci : un
tiers des amendes rembourse la dette publique.
Ce que la route y gagne
Le ministère défend une autre lecture : 76,8 % des 947 millions issus des radars vont à la lutte contre
l’insécurité routière ou à ses conséquences, et l’effort de l’État atteint 5 milliards par an, plus de cinq fois
la recette des radars. C’est exact, et c’est le point : l’essentiel de l’effort vient de la police et de la
gendarmerie, pas des cabines. Les amendes financent un budget, pas une politique.
La mortalité ne tranche pas en faveur du déploiement accéléré. De janvier à juillet 2026, 1 990 personnes
sont mortes sur les routes, 45 de plus qu’à la même période de 2025, soit une hausse de 2,3 %
(BFM, 14 août 2026, d’après l’ONISR).
Juillet recule de 10 % ; avril et mai avaient bondi. Aucune de ces données ne dit que les radars urbains sont
inutiles ; aucune ne dit que 410 appareils de plus feront baisser le chiffre.
Un budget qui inscrit 2,2 milliards de recettes d’amendes ne prévoit pas la sécurité : il prévoit une recette.
L’État fixe un objectif de rendement, puis présente la machine qui le produit comme une politique de prévention.
Les deux peuvent coexister ; ils ne se confondent pas.
Opinion de la maison, pas un fait.
Qui paie, à la fin
L’automobiliste contrôlé : 90 euros pour un excès de moins de 20 km/h en zone 50, 135 euros pour la ceinture
ou le téléphone en main. Sur un revenu médian, 180 euros en quinze jours font une semaine de courses, alors que l’aide carburant plafonne à 100 euros. Le
prélèvement n’est pas modulé par le revenu, contrairement à l’impôt.
Les collectivités paient deux fois : elles reçoivent 796 millions de la répartition nationale, mais celles qui
veulent leur propre appareil en supportent l’installation et l’entretien. Leur part est un reversement calculé,
pas la recette de leur voirie. Le piéton, lui, ne perçoit rien de ces 2 129 millions : il bénéficie
d’aménagements financés par l’AFIT, 144 millions, soit 6,8 % du total.
Le budget 2027 ne crée pas un prélèvement nouveau : il industrialise un prélèvement existant en multipliant les
machines qui le déclenchent. Ce qu’il faut regarder, c’est le nombre de regards automatiques braqués sur la route.
- Le budget 2027 veut 750 radars urbains fin 2027, contre 340 promis fin 2026 et environ 150 en service.
- Amendes recouvrées en 2025 : 2 129 millions, dont 947 issus des radars (44,5 %) et 1 182 des autres amendes.
- Répartition : 796 millions aux collectivités, 742 au désendettement de l’État, 26 aux blessés de la route.
- Mortalité routière de janvier à juillet 2026 : 1 990 morts, 2,3 % de plus qu’en 2025.



