La société qui exploite les arènes de Béziers, Betarra, reste en redressement judiciaire jusqu’au 4 février 2027. Le tribunal de commerce lui a donné une dernière échéance : le 18 novembre, elle devra produire des comptes et un projet de plan de redressement, faute de quoi la liquidation sera prononcée. La Ville, elle, lui a confié l’exploitation des arènes pour 15 ans en décembre 2023, et c’est elle qui récupérerait le bail.
- Une date, et une menace écrite
- 15 ans, signés en décembre 2023
- 103 000 euros en 2023
- Ce que la Ville hérite si la société tombe
- Ce que j’en pense
Une date, et une menace écrite
La procédure a été ouverte le 4 février 2026 par le tribunal de commerce de Béziers. L’affaire a été examinée le 16 septembre, puis le tribunal a prolongé la période d’observation jusqu’au 4 février 2027, en fixant une nouvelle audience au 18 novembre. Il demande aussi à l’entreprise un compte d’exploitation. Le juge écrit la suite en clair : sans documents comptables montrant « une amélioration significative de la situation économique et financière », « la liquidation judiciaire sera prononcée »
(Midi Libre, 26 octobre 2026).
L’ouverture est confirmée par les registres d’entreprises, qui classent Betarra en redressement depuis le 4 février
(societe.com).
La société compte 6 à 9 salariés et produit des spectacles taurins, équestres et musicaux dans les arènes.
15 ans, signés en décembre 2023
Les arènes de Béziers ne sont pas municipales. Construites en 1897, elles appartiennent à une société privée, la SA Arènes, et la Ville les loue. C’est le premier point que relève la chambre régionale des comptes dans son rapport d’avril 2025 : un modèle de gestion « atypique »
(rapport d’observations définitives, 8 avril 2025).
Sur ce montage s’ajoute une deuxième couche. En décembre 2023, le conseil municipal vote une convention qui confie à Betarra l’exploitation des arènes pour 15 ans, à compter du 1er janvier 2024
(Midi Libre, 19 décembre 2023).
Une ville qui loue un bâtiment qu’elle ne possède pas, puis en délègue l’exploitation pour 15 ans : le contrat est long, l’opérateur est petit, le risque reste à la commune. À Antibes, un contrat de 12 ans signé avec un délégataire a fini suspendu par le juge
(l’incinérateur confié pour 12 ans).
103 000 euros en 2023
Le soutien public existe, et il est mesurable. En juillet 2025, la chambre régionale des comptes d’Occitanie a contrôlé 6 communes qui accueillent des corridas. Elle conclut que les aides « restent modestes » : 19 000 euros par an en moyenne et par commune, soit 0,12 % de leurs charges de gestion. Avec une exception : en 2023, Béziers a engagé 103 000 euros de dépenses, quand Nîmes percevait au contraire 24 000 euros de produits
(L’Indépendant, 2 juillet 2025).
Le même rapport relève que l’organisation est structurellement déficitaire : la billetterie ne couvre pas les frais, et l’activité repose sur des structures privées de plus en plus rares. « Les déficits récurrents dégagés ces dernières années par les organisateurs posent au final la question de leur devenir », écrivent les magistrats. Un secteur aidé peut aussi produire des sociétés qui tombent, comme dans le jeu vidéo français
(85 procédures collectives en 2 ans).
Soutien public à la tauromachie en 2023
Dépenses engagées par les communes contrôlées par la chambre régionale des comptes d’Occitanie, en euros. Survolez une barre pour la source et la période.
À observer : la ville pendant la feria, les rues, les terrasses et l’affluence. La vidéo date de 2024, avant le redressement : elle documente l’échelle de l’événement, pas ses comptes. Elle ne montre ni le tribunal, ni le bail, ni la moindre pièce financière.
Ce que la Ville hérite si la société tombe
En cas de liquidation, la Ville de Béziers serait amenée à reprendre le bail des arènes
(Midi Libre).
Elle récupérerait un bail sur un bâtiment qui ne lui appartient pas, avec son entretien. La chambre régionale des comptes note que ce coût « est important, surtout pour celles classées ». La feria reste un gros rendez-vous : 40 000 spectateurs, selon le rapport régional, qui recense 56 spectacles en Occitanie en 2023, dont plus de la moitié dans 4 arènes.
L’objection la plus sérieuse est celle de la dépense : 103 000 euros, sur un budget municipal, pèsent peu, et Nîmes gagne de l’argent avec ses arènes. Le problème n’est pas le montant de l’aide, mais le montage : une commune sans arènes, un bail de 15 ans, un opérateur qui tombe au bout de 2 ans. Le même engrenage apparaît quand une collectivité entre au capital d’une société privée pour tenir un site
(l’État au capital de la mine de lithium).
Ce que j’en pense
Mon jugement ne porte pas sur la corrida, mais sur le contrat. Une ville qui n’a pas d’arènes à elle les loue, puis en donne l’exploitation pour 15 ans à une société de 9 salariés, sans que le public connaisse les termes financiers de l’échange. Quand l’opérateur flanche, la commune récupère le bail et la facture d’entretien. Elle a gardé le risque, et cédé la recette.
Je ne crois pas que Béziers soit mal gérée parce qu’elle soutient une tradition. Je constate qu’une tradition défendue par des comptes que le tribunal doit réclamer n’est plus défendue par grand-chose. Le 18 novembre, on saura si la société présente un plan crédible. Si elle ne le fait pas, la liquidation rendra les clés à la Ville, et personne n’aura expliqué aux Biterrois ce que le bail de 15 ans contenait exactement.



