La Collectivité européenne d’Alsace a voté 1 million d’euros pour les exploitations frappées par la sécheresse de 2026, en séance plénière le 26 octobre. Sur cette somme, 800 000 euros iront à un fonds de secours qui n’ouvrira qu’en 2027. Les pertes, elles, sont déjà chiffrées. L’argent arrive après la récolte, et ses règles seront écrites après le vote.
Plan
- Ce que la collectivité a voté
- 356 000 tonnes contre 800 000 euros
- Un fonds dont les règles restent à écrire
- Six guichets avant celui-là
- Ce que cela change dans une étable
Ce que la collectivité a voté
La décision est publiée le 26 octobre sur le site de la Collectivité européenne d’Alsace. Deux enveloppes : 800 000 euros pour un fonds « Sécheresse 2026 » mis en place en 2027, et 200 000 euros pour l’investissement en zone de montagne, qui porte ce budget à 300 000 euros. Filières prioritaires : élevage, montagne, arboriculture, maraîchage. La collectivité verse déjà plus de 4 millions d’euros par an à l’agriculture alsacienne.
356 000 tonnes contre 800 000 euros
Les pertes sont celles qu’elle chiffre elle-même : plus de 300 000 tonnes d’herbe, 56 000 tonnes de maïs fourrage, et une baisse de rendement de plus de 20 % pour le chou à choucroute.
800 000 euros sur 356 000 tonnes, cela fait 2,25 euros la tonne. Ce n’est pas ce que touchera un éleveur : le fonds ne compense pas le fourrage perdu, il aide les exploitations les plus touchées. Mais le rapport de grandeur, lui, ne dépend d’aucune hypothèse.
Autre échelle : l’Alsace compte 6 004 exploitations agricoles à titre principal, selon la Chambre d’agriculture d’Alsace (source Agreste). Répartir 800 000 euros sur ces 6 004 exploitations donnerait 133 euros chacune. Le ciblage est explicite, mais cela mesure le poids du fonds.
1 million d’euros dans un budget agricole de 4 millions
Collectivité européenne d’Alsace, décision du 26 octobre 2026. Montants en euros.
Un fonds dont les règles restent à écrire
Le point décisif n’est pas le montant, c’est la phrase qui l’accompagne : les modalités « seront définies avec la Chambre d’agriculture d’Alsace, une fois les bilans des pertes connus ». Au moment du vote, personne ne sait qui sera éligible, pour quel montant, ni quand l’argent sera versé.
Ce n’est pas une irrégularité : une collectivité vote une enveloppe et renvoie l’exécution au règlement d’attribution. Mais le bénéficiaire ne peut pas calculer ce qu’il recevra, ni contester une règle qui n’existe pas encore, et celui qui donne garde la main sur la qualification. La sécheresse a eu lieu pendant l’été, le bilan sera connu à l’automne, la règle écrite alors, le paiement en 2027. Un éleveur, lui, achète son fourrage pendant l’hiver.
Six guichets avant celui-là
Le ministère de l’Agriculture publie le 20 octobre un point d’étape du plan du 4 septembre : 54 672 demandes au fonds de réarmement pour la seule semaine du 12 octobre, un guichet engrais doté de 145 millions, près de 74 millions versés au titre du gazole non routier à plus de 184 000 agriculteurs, plus de 5 milliards d’avances de la PAC depuis le 16 octobre, et un décret du 14 octobre qui ouvre plus de 400 millions d’euros.
Le plan annoncé en septembre promettait 1 milliard pour l’agriculture et 300 millions de dégrèvements ; l’eau était déjà le sujet de notre article sur les prélèvements agricoles. L’argent ne manque pas : il circule par guichets, chacun avec son formulaire, son seuil et son calendrier. Le fonds alsacien sera le suivant, et pas le dernier : sur l’A47, l’État répondait 35 centimes le litre à des agriculteurs qui demandaient un revenu.
À observer : l’audition du président de Chambres d’agriculture France sur la situation agricole après la sécheresse, à l’Assemblée nationale, le 8 octobre 2026. Vidéo antérieure à la décision du 26 octobre : le fourrage était déjà le sujet.
Ce que cela change dans une étable
Un élevage qui a perdu son herbe et son maïs achète du fourrage, ou réduit son troupeau. Les deux décisions se prennent avant l’hiver, pas en 2027. L’aide soulagera une trésorerie ; elle n’aura pas empêché la vente de bêtes. C’est ce décalage qu’il faut regarder.
Une exploitation qui dépend du fourrage acheté est fragile à chaque été sec ; celle qui garde des prairies résistantes, des stocks et de l’eau le sera moins. Un fonds voté après la récolte ne construit aucune de ces trois choses : il rend l’attente supportable, il ne rend pas la ferme solide. Les 200 000 euros pour la montagne sont présentés comme un investissement de résilience ; sur une région entière, c’est un signal.
Décider localement ne garantit pas que la décision soit juste : cela garantit qu’elle est proche, donc corrigeable. Encore faut-il publier les critères.
Un fonds voté après la récolte, dont les règles seront écrites après le vote et le paiement l’année suivante, n’est pas une aide : c’est une promesse à délai variable. La collectivité fait ce qu’elle veut de son propre argent, ce qui vaut mieux qu’une circulaire ministérielle ; mais 800 000 euros face à 356 000 tonnes perdues donnent 2,25 euros la tonne, avant de savoir qui y aura droit. Ce n’est pas un scandale, c’est un ratio. Et il dit que le secours ne remplace pas la capacité.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Le 26 octobre, la Collectivité européenne d’Alsace a voté 1 million d’euros pour les exploitations touchées par la sécheresse de 2026 : 800 000 euros de fonds de secours en 2027, 200 000 euros pour la montagne.
- Les pertes déclarées atteignent 356 000 tonnes de fourrage au moins, soit 2,25 euros par tonne si les 800 000 euros y étaient entièrement consacrés.
- Les critères seront fixés avec la Chambre d’agriculture une fois les bilans connus : ni barème ni calendrier de paiement n’existent à ce jour.
À prolonger : À Saint-Malo, le robinet de 160 000 habitants pourrait être coupé le 10 décembre et Engrais : 60 % importés, et la hausse qui finira dans votre panier.



