Le projet de budget 2027 prévoit 2,3 millions d’euros pour installer Emmanuel Macron dans ses futurs bureaux d’ancien président. Bail de 6 ans, sécurisation comprise, et un local qui n’est pas encore choisi. L’argent d’abord, l’usage ensuite. Ce n’est pas une anomalie de procédure, c’est une habitude, et c’est en cela que le sujet n’est pas M. Macron : il est le prochain sur la liste, pas l’inventeur du dispositif.
Le plan
- Le chiffre, et ce qu’il recouvre
- Un statut écrit dans un décret
- Ce que coûtent déjà les deux prédécesseurs
- La dépense qui baisse pendant que l’autre monte
Le chiffre, et ce qu’il recouvre
2,3 millions d’euros, c’est la provision inscrite pour l’installation du futur ex-président dans des bureaux meublés et équipés, selon le rapport de la députée Marie-Christine Dalloz (Droite républicaine) révélé par Politico et consulté par LCP. Le rapport parle d’un bail de 6 ans, travaux de sécurité compris. L’Élysée répond par une formule : « procédure préventive des services, fondée sur les expériences des présidents passés ». Personne ne sait encore où, mais on sait déjà combien.
À côté, le budget prévoit 2,6 millions d’euros en autorisations d’engagement et 1,3 million en crédits de paiement pour les loyers de tous les anciens présidents, plus 300 000 euros d’impôts et taxes (Capital). Ramener 2,3 millions sur 6 ans donne 383 333 euros par an : un calcul, pas une ligne budgétaire.
Un statut écrit dans un décret
Le décret n° 2016-1302 du 4 octobre 2016, signé par François Hollande et Manuel Valls, fixe le soutien matériel et en personnel : 7 collaborateurs permanents et 2 agents de service pendant 5 ans, puis 3 et 1. Les locaux meublés et équipés, leur loyer, leurs charges et leurs frais généraux sont à la charge de l’État, comme les frais de réception et certains déplacements.
Il a remplacé un usage plus ancien, une lettre de 1985 du Premier ministre Laurent Fabius. Le dispositif n’a donc pas été créé pour M. Macron, et il ne l’a pas demandé : c’est un statut de la fonction, pas une faveur personnelle. La distinction déplace la question de l’homme vers l’État qui s’organise pour honorer ses anciens chefs.
Ce que coûtent déjà les deux prédécesseurs
Les moyens matériels de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ont coûté 1 421 940 euros en 2025, en hausse de 2,2 % : 756 463 euros pour le premier, 665 477 euros pour le second (L’Indépendant). Et la facture va monter : le rapport annonce l’installation de M. Hollande dans de nouveaux locaux.
La dépense qui baisse pendant que l’autre monte
La comparaison la plus parlante n’est pas entre présidents, elle est entre fonctions. Les crédits des anciens Premiers ministres reculent de près de 500 000 euros en 2026, à 1,2 million, une baisse inédite depuis 2019 (L’Indépendant). Onze anciens chefs de gouvernement coûtent donc moins que deux anciens chefs d’État. Ce n’est pas un jugement sur les personnes : c’est un écart de régime, et il indique où la règle a été resserrée.
Coût annuel des moyens matériels, en euros (survoler les barres)
Le budget qui porte la provision : 54 milliards d’économies, dont la revalorisation des pensions limitée au-dessus de 1 260 euros par mois (FRANCE 24 English). Vidéo de contexte, non consacrée aux bureaux.
Notre lecture
Opinion de la maison, pas un fait. Ce qui me gêne n’est pas le montant, c’est l’ordre des choses. On provisionne un besoin dont l’objet n’existe pas encore, et l’on découvrira plus tard le local, le loyer et le reste. Une administration qui paie avant de savoir ce qu’elle achète ne contrôle plus sa dépense : elle exécute un statut.
Le deuxième point est politique. Ce budget demande des efforts considérables ; la charge de la dette y dépasse la Défense (nos chiffres du 23 octobre) et la note de la France reste sous surveillance (Moody’s). Dans le même mouvement, l’État s’accorde de quoi tenir son ancien chef dans un bureau meublé, sécurisé, avec 7 collaborateurs et 2 agents. Ce n’est ni illégal ni caché : c’est un ordre de priorités, et la continuité de la fonction présidentielle y pèse plus que les portes tournantes que l’État surveille ailleurs (notre enquête sur le pantouflage).
Troisième point : M. Macron a annoncé renoncer à la pension d’ancien président, environ 6 000 euros bruts par mois (RMC). C’est un geste réel, qui ne change rien au mécanisme : la pension est une ligne, les bureaux en sont une autre, et c’est la seconde que le budget provisionne.
Ce qui n’est pas établi
2,3 millions, c’est une provision, pas un versement : le montant peut être ajusté. La ventilation exacte, président par président et année par année, n’est pas publique dans le détail ; une question écrite n° 17117 du député Emmanuel Duplessy, le 21 juillet 2026, demandait ces montants, les loyers et le statut des locaux. Le rapport donne des agrégats ; nul ne sait ce que coûteront ces bureaux au-delà de 6 ans.
À retenir
- 2,3 millions provisionnés en 2027 pour les futurs bureaux de M. Macron, bail de 6 ans compris ; le local n’est pas choisi.
- 1 421 940 euros : les moyens matériels de Nicolas Sarkozy et François Hollande en 2025.
- Les anciens Premiers ministres passent à 1,2 million en 2026, en baisse de près de 500 000 euros.
Et vous ? Que devrait financer l’État à un ancien président, et pendant combien de temps ?



