Mercredi 21 octobre, des abonnés de Starlink ont vu leur connexion se dégrader à Tahiti et à Wallis-et-Futuna, rapporte Polynésie la 1ère. Le service n’a jamais été autorisé en Polynésie française. Il tournait par un contournement : des comptes ouverts aux Fidji ou aux Samoa, utilisés en itinérance depuis les îles. Ce contournement se referme.
Ce n’est pas une panne : c’est une décision de conditions générales, prise par une société américaine, qui atteint des foyers là où l’État français n’a pas la main. La question n’est pas de savoir si Starlink fonctionne bien, mais qui peut décider de couper, et sur quel titre.
- Trente jours, puis la coupure
- Un abonnement que personne n’a autorisé
- Le juge a fermé l’importation
- Qui paie, et combien
- Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Trente jours, puis la coupure
Le 15 juillet 2026, Starlink a réécrit ses forfaits itinérance. Le forfait « Itinérance illimitée » donne 30 jours consécutifs de service hors du pays de résidence du compte, indique le centre d’aide. Au-delà : changer de forfait, transférer le compte dans un autre pays, ou rentrer pour remettre le compteur à zéro.
Les nouveaux forfaits suivent ces règles depuis le 15 juillet, les comptes existants basculent au 17 août, selon Radio1 Tahiti. Prix : 11 300 francs Pacifique par mois (F CFP), environ 95 euros. Le forfait professionnel « Priorité mondiale », sans limite de durée, monte de 30 000 à 250 000 francs, de 251 à 2 095 euros.
Combien d’abonnés ? Aucun chiffre officiel. Un groupe Facebook réunit 12 900 membres, relève Polynésie la 1ère : la seule mesure publique.
Un abonnement que personne n’a autorisé
Les télécommunications relèvent ici du Pays, pas de l’État. Le code local s’applique, et l’Office des postes et télécommunications (OPT) garde de fait le monopole de la connexion internationale, note Radio1 Tahiti.
Starlink n’y a aucune autorisation commerciale. L’Arcep l’a autorisé en métropole depuis le 10 mai 2021, pas ici. Les kits entrent quand même, enregistrés aux Fidji, en Nouvelle-Zélande ou en France, et fonctionnent en itinérance. Tout le monde le sait, administration comprise : elle a tenté plusieurs fois de fermer l’importation.
Le juge a fermé l’importation
Un arrêté du Conseil des ministres de la Polynésie, le 2 octobre 2025, encadrait l’importation. Le 29 septembre 2026, le tribunal administratif de la Polynésie française en a annulé une disposition (n° 2500570) et validé le reste.
La Direction générale de l’économie numérique (DGEN) en tire la conséquence dans une note publique : importer suppose un « accord nécessaire » entre le groupe OPT et SpaceX. Il n’existe pas. L’article A. 232-5-2 rend donc l’importation impossible, et la DGEN ne délivre plus d’autorisation de conformité.
Reste la politique. Le 12 mai 2026, l’Assemblée de la Polynésie a rejeté la loi du pays sur l’itinérance : 29 abstentions, 28 voix pour, une de moins que la majorité nécessaire. Le second texte a été retiré. Un nouveau projet est annoncé, pas voté.
Résultat : impossible d’importer, impossible de s’abonner, et le contournement se referme. Ce n’est pas une zone grise, c’est un vide.
Qui paie, et combien
La DGEN chiffre le risque : disparition des 3 opérateurs (ONATi, Vodafone, Viti), pertes de 400 millions à 2 milliards de F CFP par an, jusqu’à 4 milliards selon d’autres études, pour près de 1 000 emplois, rapporte Radio1 Tahiti.
Le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, parle de 3 000 emplois à l’AFP. L’écart avec le chiffre de la DGEN n’est expliqué nulle part ; je le signale plutôt que de trancher.
Son argument : « Starlink paie zéro taxe en Polynésie, emploie zéro Polynésien et a fait zéro investissement », rapporte l’AFP. En face, ONATi affirme avoir investi près de 16 milliards de francs, 134 millions d’euros, avec le groupe OPT, pour désenclaver les archipels.
Ce que la Polynésie risque de perdre chaque année
Pertes annuelles estimées pour les opérateurs locaux, en millions de francs Pacifique (F CFP)
L’investissement est un stock, les pertes sont annuelles : un ordre de grandeur, pas une égalité. Une alternative existe : OneWeb (Eutelsat), déployé par ONATi depuis août 2025, avec des investissements à terre et une distribution locale.
Le sujet dépasse ce coin du Pacifique : à Mayotte, le régulateur a suspendu la fibre d’Orange ; l’État consacre 4 euros sur 5 de ses licences bureautiques à Microsoft ; l’Europe se bat avec Washington sur les fréquences du téléphone par satellite.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Trois issues prévues par Starlink : changer de forfait, transférer le compte, rentrer. Le transfert suppose un pays desservi : la Polynésie n’en est pas un. Reste le forfait entreprise, dès 30 000 francs, qui ne règle pas la légalité de l’installation.
Ce qui manque n’est pas la technique. La DGEN pose 3 conditions : une autorisation locale demandée par Starlink, un statut d’opérateur en Polynésie, une représentation à Tahiti. L’abonnement serait alors polynésien, et non itinérant, explique-t-elle à Polynésie la 1ère.
Reportage de Polynésie la 1ère sur le contentieux de l’importation, antérieur aux restrictions d’octobre 2026.
La souveraineté ne se mesure pas au nombre de satellites au-dessus des têtes. Elle se mesure à la capacité de décider qui garde le lien ouvert, et sur quel titre. Ici la décision se prend dans un bureau californien, s’applique par un courriel de conditions générales, et ni l’État ni le Pays n’ont de prise dessus. Un territoire dont la connexion tient à un abonnement domicilié aux Samoa n’a pas de politique de connectivité : il a un contrat, et il ne l’a pas signé.
- Restrictions constatées depuis le 21 octobre à Tahiti et à Wallis-et-Futuna.
- Itinérance plafonnée à 30 jours hors du pays de résidence du compte.
- Importation des antennes interdite depuis le jugement du 29 septembre 2026.
- Pertes estimées : 400 millions à 4 milliards de F CFP par an.
Et vous : qui devrait pouvoir couper votre connexion, et sur quel titre ?



