Le chiffre est tombé ce jeudi 22 octobre à Colmar, à l’ouverture de l’université d’automne de Régions et Peuples solidaires : 78 % des Alsaciens veulent une région Alsace hors du Grand Est. Enquête Ifop, commandée par la fédération régionaliste, et le chiffre monte : 68 % en 2019. Au même moment, le texte qui organise cette sortie attend au Sénat. Il y est arrivé le 8 avril, sans date d’examen.
- Ce que mesure l’enquête, et ses limites
- Une fusion que personne n’a votée
- Ce que les députés ont voté le 8 avril
- Au Sénat, 197 jours sans débat
- Le droit local, et la vraie question
Ce que mesure l’enquête, et ses limites
L’Ifop a interrogé 9 689 personnes du 25 au 30 septembre, dont 268 en Alsace, avec une marge de 5 à 6 points. 78 % dit une majorité écrasante, pas un pourcentage au dixième : 79 % dans le Bas-Rhin, 76 % dans le Haut-Rhin, contre 56 % des Français. Dix ans après la fusion, 65 % des Alsaciens sont insatisfaits du découpage de 2015, contre 41 % des Français. Le droit local fait l’unanimité : 90 % veulent le garder, 72 % veulent pouvoir le changer eux-mêmes (Ifop pour R&PS, 22 octobre).
88 % veulent des décisions prises dans les régions, contre 74 % des Français, et 14 % seulement jugent l’autonomie régionale dangereuse pour la République, contre 30 %. Deux limites : l’enquête est payée par une fédération militante, et un sondage n’est pas un vote.
Ce que veulent les Alsaciens, ce que veulent les Français
Part des sondés d’accord, en pourcentage. Survolez une barre.
Source : Ifop pour Régions et Peuples solidaires, enquête du 25 au 30 septembre 2026, 9 689 personnes interrogées, dont 268 en Alsace (marge de 5 à 6 points).
Une fusion que personne n’a votée
Le 1er janvier 2016, la France est passée de 22 à 13 régions, par la loi du 7 août 2015. L’Alsace a été réunie à la Champagne-Ardenne et à la Lorraine sans consultation des électeurs.
Il y avait eu un vote, en 2013, mais sur une collectivité unique fusionnant la région et les deux conseils généraux : le non l’a emporté dans le Haut-Rhin (55,74 %) et, dans le Bas-Rhin, le oui (67,53 %) n’a pas atteint 25 % des inscrits (France 3 Grand Est). La fusion avec deux régions, elle, n’a jamais été soumise au vote. En 2021, l’État a rendu une partie : la loi du 2 août 2019 a fusionné les deux conseils départementaux en Collectivité européenne d’Alsace, maintenue dans le Grand Est.
Ce que les députés ont voté le 8 avril
Le 8 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté par 131 voix contre 100 une collectivité « Alsace » à statut particulier, qui se substitue à la Collectivité européenne d’Alsace et exerce les compétences du département et de la région, avec un référendum des électeurs alsaciens et une entrée en vigueur en mars 2028 (texte adopté n° 528 ; le vote, DNA).
Le rapporteur Jean-René Cazeneuve a accusé une partie de l’hémicycle d’avoir « saboté ce texte en empêchant le dernier kilomètre » ; Théo Bernhardt (RN) a répondu qu’il était « hors de question de laisser un blanc-seing au gouvernement ».
Au Sénat, 197 jours sans débat
Le texte est arrivé au Sénat le 8 avril, renvoyé à la commission des lois. Au 22 octobre, le dossier législatif ne mentionne qu’une étape : ce dépôt. Aucun rapport, aucune inscription, aucun débat. 197 jours. Une proposition adoptée par les députés n’avance que si le Sénat l’examine : c’est là que le texte le plus favorable à l’Alsace depuis 2015 est immobilisé, dans la chambre qui a déjà amendé et retardé l’autonomie corse, en octobre comme cette semaine.
Une donnée pèsera : l’Alsace réunit 1,9 million d’habitants sur les 5,56 millions du Grand Est (Insee, 1er janvier 2023). Le texte limite le référendum aux électeurs alsaciens ; élargi au Grand Est, il serait perdu d’avance.
Le droit local, et la vraie question
Derrière la carte, un corps de droit : concordat, cultes reconnus, assurance des accidents du travail, faillite civile. 90 % veulent le garder, 72 % veulent le changer eux-mêmes : la demande porte moins sur une frontière que sur la main qui tient le crayon. Le pays suit : 74 % des Français veulent que les décisions se prennent dans les régions, contre 19 % à Paris et 2 % à Bruxelles, et ils étaient 46 % en 2002 (La Dépêche, 21 octobre).
À surveiller : l’inscription au Sénat, le périmètre du référendum, mars 2028. Si le Sénat ne bouge pas, la réforme meurt sans vote contraire, la manière la plus discrète de la refuser. Le sujet reste posé à chaque élection, comme à Wittelsheim, où le scrutin municipal a été annulé ce mois-ci.
Je ne crois pas que le Sénat refuse l’Alsace par hostilité. Je crois qu’un État ne peut pas reconnaître un peuple sans admettre qu’il a construit la nation contre lui. Alors il donne des statuts : une collectivité en 2021, un statut particulier voté en avril, un référendum peut-être. Le don n’est pas la restitution : il garde le calendrier. Ce que demandent 78 % des Alsaciens n’est pas l’indépendance, c’est que la décision se prenne chez eux. La question n’est pas où passe la frontière, mais qui tient le crayon.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 78 % des Alsaciens favorables à une région Alsace hors du Grand Est, contre 68 % en 2019 (Ifop, 268 sondés en Alsace).
- 8 avril 2026 : 131 voix contre 100 pour une collectivité « Alsace » à statut particulier, référendum alsacien, entrée en vigueur en mars 2028.
- 22 octobre 2026 : 197 jours après son dépôt, le texte n’a été ni rapporté ni inscrit au Sénat.
- 1,9 million d’Alsaciens sur 5,56 millions d’habitants du Grand Est.



