Vendredi 23 octobre, aucun train ne circulera sur l’ensemble du réseau ferré normand. La décision a été prise par SNCF Réseau, le gestionnaire des voies. En Hauts-de-France, les premières lignes s’arrêtent dès jeudi soir et une partie du réseau vendredi à midi. En Bretagne, plusieurs lignes sont interrompues vendredi matin. Motif commun : la tempête Austen, attendue dans la nuit de jeudi à vendredi, avec des rafales de 130 à 140 km/h sur les côtes.
Rien d’improvisé : la décision applique une règle que SNCF Réseau publie elle-même. La règle n’est pas nouvelle, c’est le nombre de fois par an où elle s’applique qui change.
Les parties de cet article
- Ce qui est arrêté, région par région
- La règle s’appelle « stop circulation »
- Ce sont les arbres qui arrêtent les trains
- Une doctrine née en 2023, devenue saisonnière
- Qui paie la journée sans trains
- Avant vendredi, ce qu’il faut regarder
Ce qui est arrêté, région par région
En Normandie, la décision est totale : « aucun train ne circulera sur l’ensemble du réseau ferré normand ce vendredi 23 octobre 2026 », indique SNCF Réseau dans un communiqué repris par ICI Normandie. La justification : garantir la sécurité des voyageurs et du personnel. La reprise est estimée samedi en milieu d’après-midi, après le passage de trains de reconnaissance.
Dans les Hauts-de-France, le même dispositif s’applique par étapes : deux lignes dès jeudi soir, puis une partie du réseau vendredi à midi. Retour normal estimé samedi 24 octobre à 14 heures, selon le Courrier picard. En Bretagne, plusieurs lignes sont interrompues vendredi matin, selon Le Télégramme.
Prévisions : 130 à 140 km/h sur les caps bretons et le littoral de la Manche, selon La Montagne. Un détail compte : les sols sont détrempés, et un arbre sur sol gorgé d’eau se déracine à un vent plus faible.
La règle s’appelle « stop circulation »
Le dispositif est décrit noir sur blanc par SNCF Réseau, sur une page mise à jour le 10 novembre 2025 : « lorsque les vents annoncés sont trop violents, au-delà de 100 km/h, les circulations des trains sont suspendues. Nous appelons ce dispositif : le stop circulation ». La procédure prévoit un train de reconnaissance avant toute reprise (SNCF Réseau, « Comment gérons-nous les intempéries ? »).
Le seuil n’est pas un chiffre unique. Interrogé par Reporterre en janvier 2025, le gestionnaire répondait : « à partir de 80-100 km/h, des mesures peuvent être prises », selon le littoral ou l’intérieur, l’humidité des sols et la densité d’arbres le long de la voie. La décision est autant une affaire de végétation que de météo.
Où le vent dépassera le seuil qui arrête les trains
Rafales maximales prévues le vendredi 23 octobre 2026, en km/h. Survolez une barre pour la source.
Ce sont les arbres qui arrêtent les trains
La cause est connue et chiffrée par le gestionnaire. SNCF Réseau doit maîtriser la végétation sur 95 000 hectares d’emprises ferroviaires, dont 34 000 hectares de voies et pistes, le long de 28 000 km de voies. En 2022, les végétaux ont coûté 336 000 minutes de retard ou d’interruption. Le budget atteignait 225 millions d’euros en 2023, dont 50 millions pour les voies et 175 millions pour les dépendances vertes (SNCF Réseau, « Maîtriser la végétation »).
Ce budget a plus que doublé en quinze ans : l’AFP rapporte en juillet 2024 qu’il est passé de 90 millions d’euros en 2010 à 210 millions.
Le rapport à la sécurité est direct : un arbre couché bloque la ligne, un train arrêté en pleine voie oblige à évacuer des voyageurs. La semaine dernière, un tel incident a bloqué des trains à Toulouse pendant des heures, sur un réseau où 28 000 km de voies restent à surveiller. Même logique que les trottoirs parisiens de la rue de Trévise : quand l’entretien est en retard, on ferme ce qu’on ne sait plus garantir.
Une doctrine née en 2023, devenue saisonnière
En novembre 2023, la tempête Ciaran suspend les TER en Bretagne et dans quatre autres régions ; le dispositif est formalisé en décembre 2023. En 2024, il est déclenché « une dizaine de fois », selon le gestionnaire cité par Reporterre. Le 6 janvier 2025, Floriane laisse 40 000 usagers d’Île-de-France à quai ; Benjamin en octobre 2025, Goretti en janvier 2026, Austen en octobre 2026.
Qui paie la journée sans trains
Le décideur est SNCF Réseau, qui gère l’infrastructure. Le payeur est ailleurs : les TER circulent par conventions avec les régions, autorités organisatrices. Une journée sans circulation en Normandie, une demi-journée en Hauts-de-France, une matinée en Bretagne : qui supporte le coût du service non produit ? Je n’ai trouvé, ce mercredi soir, aucun chiffrage publié par SNCF Réseau ou les régions concernées.
Pour le voyageur, le coût est immédiat : un rendez-vous décalé, une nuit d’hôtel, un week-end de la Toussaint recomposé. Le conseil de SNCF Réseau, partir jeudi ou samedi après-midi, suppose que tout le monde puisse choisir son jour.
À observer : la trajectoire annoncée de la dépression et l’ordre des régions touchées. Cette vidéo du 21 octobre précède les décisions de transport et ne les commente pas.
Avant vendredi, ce qu’il faut regarder
Trois réflexes. Vérifier la circulation la veille et le matin même sur le site du TER régional ou sur SNCF Connect. Pour la Normandie, considérer vendredi comme perdu et viser samedi après-midi. En Île-de-France, où les rafales restent sous le seuil d’arrêt, RER et Transilien peuvent être perturbés localement.
La vigilance se lit sur le site de Météo-France, département par département : c’est la source qui fait foi, révisée plusieurs fois par jour. Une vigilance orange n’est pas une formalité : son déclenchement obéit à des seuils précis, et c’est ce mécanisme qui a conduit SNCF Réseau à anticiper plutôt qu’à réparer.
Le stop circulation est probablement la bonne décision à l’instant où il est pris. Mais la prudence n’est pas l’adaptation. Un réseau qui se protège en s’arrêtant n’a pas absorbé le choc : il l’a esquivé, et il a fait porter la gêne sur ceux qui n’ont pas d’autre moyen de se déplacer. La souveraineté, telle que je l’entends, n’est pas l’anticipation de l’arrêt, c’est la vitesse de réouverture : combien d’heures entre la dernière rafale et le premier train qui repart ? Sur ce critère, 225 puis 210 millions d’euros par an pour la végétation n’ont pas fait cesser les arbres qui arrêtent les trains.
Opinion de la maison, pas un fait.



