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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Grenades assourdissantes : suspendues le 7 octobre, de retour le 16, une main arrachée le 17

Homme de dos devant la fenêtre d'un cabinet ministériel, carte de France au mur, rue avec manifestants et policiers séparés par une grenade fumante au sol.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Un jeune homme a eu la main arrachée, samedi 17 octobre, à Saint-Étienne, pendant la mobilisation contre la vie chère. La grenade a été lancée par les forces de l’ordre, selon une source proche du dossier citée par l’AFP. Son modèle n’est pas connu. 12 jours plus tôt, à Lens, un lycéen de 15 ans avait perdu sa main gauche sur l’explosion d’une grenade assourdissante. Le 7 octobre, le ministre de l’Intérieur avait suspendu l’usage de ce modèle, pour le seul mouvement lycéen. Le 16, la veille de la mobilisation, il a confirmé qu’il pourrait servir le lendemain. L’autorisation est venue avant la fin de l’enquête.

  1. Une main en lambeaux, un modèle inconnu.
  2. Lens, 5 octobre : ce que dit le parquet, ce que dit l’avocate.
  3. Le 7 octobre, une suspension à portée limitée.
  4. Le 16 octobre, la veille.
  5. « Il l’a ramassée » : la défense qui revient.
  6. Ce que cela change pour vous, et qui répond.

Une main en lambeaux, un modèle inconnu

À Saint-Étienne, la manifestation contre la vie chère a dégénéré. Des devantures ont été brisées, du mobilier urbain détruit, et les forces de l’ordre ont chargé. C’est dans ces affrontements qu’un jeune homme a été blessé à la main. La préfecture de la Loire a confirmé qu’il avait été « gravement blessé à la main », en le présentant comme un « jeune majeur » d’une vingtaine d’années. En fin d’après-midi, Le Progrès a rapporté qu’elle confirmait la blessure d’un mineur de 17 ans, héliporté à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon. 2 versions de l’âge, à quelques heures d’intervalle, sans explication publique de l’écart.

Le personnel médical de la manifestation, qui l’a pris en charge, a décrit une main droite « en lambeaux ». Selon les premiers éléments recueillis par l’AFP auprès d’une source proche du dossier, il a ramassé la grenade avant qu’elle explose. Le modèle n’a pas été communiqué. Le ministre de l’Intérieur a déclaré qu’« une enquête est en cours », sans confirmer qu’une grenade de la gendarmerie était en cause.

C’est un fait à part dans la journée. Le même samedi, des blocages et des interpellations ont eu lieu partout en France, et des arrêtés préfectoraux ont fermé des rues avant les cortèges. La blessure de Saint-Étienne pose une question plus étroite : qui autorise une arme, et pour combien de temps.

Lens, 5 octobre : ce que dit le parquet, ce que dit l’avocate

Le 5 octobre, devant le lycée Auguste-Béhal de Lens, un lycéen de 15 ans a perdu sa main gauche. Il a été amputé de la main gauche, selon le parquet de Béthune. L’IGPN est saisie le jour même. Ce lundi-là, 10 enquêtes étaient ouvertes depuis le début du mouvement lycéen, et 215 élèves avaient été blessés, selon le ministère de l’Intérieur.

La grenade était une grenade assourdissante, d’un modèle employé par la police. 2 récits s’opposent, et aucune vidéo ne tranche. Le parquet de Béthune a jugé le tir « conforme au mode opératoire ». Selon lui, la grenade est tombée au sol et un manifestant s’en est emparé avant l’explosion. L’avocate du lycéen répond que son client « dément avoir ramassé la grenade » et « nie toute participation à des violences », rapporte 20 Minutes. La famille s’étonne de voir la version policière reprise avant que l’adolescent ait été entendu.

Le 7 octobre, le ministre de l’Intérieur annonçait 18 enquêtes de l’IGPN, contre 10 le 5 octobre. Le ministère en comptait 24 le 9 octobre.

Le 7 octobre, une suspension à portée limitée

Le 7 octobre, le ministre de l’Intérieur annonce la suspension de l’usage des grenades assourdissantes. Sa portée est doublement limitée : « uniquement pour le mouvement lycéen, le temps de comprendre ce qui s’est passé ».

La question écrite n° 18969, publiée au Journal officiel du 13 octobre, le confirme. Un député du Rassemblement national y évoque la décision du 7 octobre 2026. Il en donne la portée exacte : suspendre, « à titre conservatoire et pour le seul mouvement lycéen », l’emploi de « la grenade assourdissante ASSD projetée par lanceur ». Le modèle est identifié : une ASSD. Le même député demande au ministre comment il garantira que cette suspension ne réduit pas les moyens des forces de l’ordre.

2 limites, donc. Un modèle, d’abord : la suspension ne touche ni le lanceur de balles de défense (LBD) ni les grenades lacrymogènes. Un public, ensuite : elle vise un mouvement, pas des personnes ni un âge. Aucune date de fin n’est fixée. L’enquête, elle, continue.

Le 16 octobre, la veille

Le vendredi 16 octobre, le ministre change de registre, sur France 2. « J’ai suspendu cette grenade assourdissante uniquement pour le mouvement lycéen. Demain, s’il devait y avoir des violences urbaines extrêmement graves en marge d’un cortège, évidemment ce type d’armement peut être utilisé. Mais il est toujours utilisé avec parcimonie. » Il ajoute que « tous les types d’armes intermédiaires peuvent être utilisés », de la grenade lacrymogène au LBD.

Le même jour, il annonce 250 manifestations et 80 cortèges, dont une quarantaine déclarés. Le mouvement du 17 octobre n’est pas le mouvement lycéen. Il réunit des Gilets jaunes, des organisations lycéennes et étudiantes, des syndicats et des citoyens. Les organisations de jeunesse mobilisées depuis la mi-septembre avaient appelé à le rejoindre.

La suspension visait un nom de mouvement, pas un public. Le lendemain, à Saint-Étienne, un jeune homme perdait une main.

12 jours, 5 étapes

  1. 5 octobre

    Lens : un lycéen de 15 ans perd sa main gauche, touché par une grenade assourdissante.
  2. 7 octobre

    Le ministre de l’Intérieur suspend le modèle, pour le seul mouvement lycéen, sans date de fin.
  3. 11 octobre

    L’avocate du lycéen conteste la version du parquet : il n’a pas ramassé la grenade.
  4. 16 octobre

    La veille de la mobilisation, le ministre confirme que ces armes pourront servir.
  5. 17 octobre

    Saint-Étienne : un jeune homme a la main arrachée par une grenade dont le modèle est inconnu.

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« Il l’a ramassée » : la défense qui revient

Cette défense a une histoire. En janvier 2020, après des mois de blessures aux Gilets jaunes, le ministre de l’Intérieur de l’époque annonce le retrait de la grenade GLI-F4. Cette grenade lacrymogène explosive pesait 190 grammes et contenait 26 grammes de TNT, rapportait alors le New York Times. Sa justification est double : des policiers contraints de s’en servir pour se dégager, et des manifestants qui les ramassent et se blessent gravement. La main arrachée devient la conséquence d’un geste de la victime, pas d’un défaut de l’arme.

Le retrait n’a pas supprimé les grenades. Il a retiré un modèle, et les autres armes de maintien de l’ordre sont restées en service. En juillet 2019, la Ligue des droits de l’homme et la CGT ont demandé au Conseil d’État de suspendre l’usage du LBD. Il a rejeté leur demande le 24 juillet. Chaque retrait est donc une décision administrative, prise sous pression. Aucune n’a été prononcée par un juge. Ce qu’un ministre accorde, le suivant peut le reprendre.

Je ne dis pas que la grenade de Saint-Étienne est une grenade assourdissante : son modèle n’est pas connu. Je dis que le mécanisme est le même, et qu’il a produit 2 mains arrachées en 12 jours. C’est une interprétation, et je l’assume : elle repose sur la répétition, pas sur une preuve du modèle.

Ce que cela change pour vous, et qui répond

Si vous manifestez, votre protection ne repose pas sur une règle stable. Elle repose sur une instruction ministérielle, limitée à un modèle et à un mouvement, et révocable en un jour. Les recours contre ces armes ont échoué devant le Conseil d’État. La voie qui reste est judiciaire, après la blessure : plainte, enquête de l’IGPN, examen des images.

La chaîne de décision est courte. Le ministre de l’Intérieur fixe la doctrine et les instructions. Le directeur général de la police nationale les transmet. Les préfets autorisent ou interdisent les cortèges. Les chefs d’unité décident du tir. L’IGPN enquête, et le parquet décide des poursuites.

Les enquêtes de l’IGPN, du 5 au 9 octobre 2026

Nombre d’enquêtes ouvertes depuis le début du mouvement lycéen. Unité : enquêtes.

0 10 20 30 40 10 18 24 5 oct. 7 oct. 9 oct.

Source : ministère de l’Intérieur, chiffres rapportés par L’Union le 5 octobre, Public Sénat le 7 octobre et La Croix le 9 octobre 2026.

La décision du 16 octobre a un responsable identifiable : le ministre de l’Intérieur, qui a annoncé publiquement que ces armes pourraient servir le lendemain. Cette décision n’explique pas, à elle seule, la blessure de Saint-Étienne. Le modèle de la grenade reste inconnu et les circonstances ne sont pas établies. Elle explique en revanche pourquoi la question se pose dans ces termes, 12 jours après Lens, et avant que la justice ait conclu.

France 24, 5 octobre 2026. La vidéo raconte les faits de Lens au lendemain de la blessure, avant la suspension du 7 octobre. Elle ne dit rien de Saint-Étienne.

Une question, maintenant : une arme qui a mutilé un adolescent doit-elle être suspendue pour tous les rassemblements, ou le maintien de l’ordre justifie-t-il de la garder pour certains ?

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