L’Assurance maladie a confirmé, le mardi 13 octobre 2026, que 783 personnes sont mortes d’un accident du travail dans le secteur privé en 2025, 19 de plus qu’en 2024, une année déjà record. Avec les accidents de trajet et les maladies professionnelles, le total des décès reconnus atteint 1 331. La même année, la branche qui indemnise ces victimes a réduit le plafond d’une partie de ses indemnités et bouclé ses comptes en déficit.
Publié le jeudi 15 octobre 2026 à 9 h 00 (heure de Paris).
Le fait est un constat statistique, pas un fait divers : une caisse nationale publie des totaux sans nom, sans entreprise et sans dossier (Assurance maladie, communiqué du 13 octobre 2026). Voici ce que ces chiffres établissent, et ce que le décret du 1er octobre et le budget 2027 changent pour celui qui se blessera demain.
Plan des parties
- 783 morts en 2025, 19 de plus qu’en 2024
- Ce que le décompte couvre, et ce qu’il laisse dehors
- Une fréquence stable, des atteintes plus longues
- La branche qui indemnise passe dans le rouge
- Ce qu’un décès déclenche, en vidéo
- L’indemnisation recule au moment où le risque remonte
- Comment nous en sommes arrivés là
- Qui paie, et ce qui reste ouvert
783 morts en 2025, 19 de plus qu’en 2024
Le communiqué de la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP) chiffre à 1 331 les décès reconnus en 2025 au titre du risque professionnel, 34 de plus qu’en 2024 : 783 morts par accident du travail, 344 en accident de trajet et 204 liés à une maladie professionnelle. Sur les seuls accidents du travail mortels, les malaises représentent plus de la moitié des cas (Assurance maladie, 13 octobre 2026).
Le chiffre des morts par accident du travail progresse de 19 en un an, sur une base déjà record (BFM TV, 13 octobre 2026). Il avait circulé avant l’heure : la CGT l’a rendu public en septembre, la caisse l’a confirmé le mois suivant. Le rapport annuel détaillé, qui ventilera ces décès, est annoncé d’ici à la fin octobre (Sud Ouest, 13 octobre 2026).
Ce que le décompte couvre, et ce qu’il laisse dehors
Ces totaux couvrent les salariés du régime général, 20,9 millions de personnes et un peu plus de 2,5 millions d’établissements cotisants. En 2025, près de 700 000 accidents du travail, accidents de trajet et maladies professionnelles avec arrêt ou incapacité permanente ont été reconnus, pour plus de 84 millions de journées d’arrêt (Assurance maladie, 13 octobre 2026).
Manquent à ce décompte les exploitants et salariés agricoles, les personnels des fonctions publiques et les indépendants qui n’ont pas souscrit une assurance volontaire (Sud Ouest, 13 octobre 2026). Le chiffre publié est donc un plancher pour le seul secteur privé.
Le Dauphiné Libéré, Le Progrès et L’Est Républicain publient la même dépêche au même horodatage (Le Dauphiné Libéré, 13 octobre 2026). Une seule source reprise par trois titres.
Une fréquence stable, des atteintes plus longues
Le poste le plus volumineux ne bouge presque pas : 551 225 accidents du travail avec arrêt ou incapacité permanente, une stabilité au regard de 2024, et un indice de 26,4 accidents pour 1 000 salariés. La caisse replace cette stabilité dans une tendance baissière de plusieurs dizaines d’années (Assurance maladie, 13 octobre 2026).
Trois mouvements comptent davantage pour la suite. Les accidents de trajet : 96 306 sinistres, +1,7 %, un indice de 4,6 pour 1 000 salariés et une population plus jeune que la moyenne. Les maladies professionnelles : un peu plus de 3 % de hausse, à 52 187 cas, dont près de 90 % de troubles musculosquelettiques. Les affections psychiques reconnues : +9 % sur un an, plus que doublé depuis 2020.
Les moins de 25 ans concentrent la sursinistralité : 11 % des salariés du régime général, mais 16 % des accidents du travail et 23 % des accidents de trajet, pour des indices de 36,4 et 8,7 (Assurance maladie, 13 octobre 2026). L’entrée dans l’emploi reste le moment où l’on se blesse le plus.
La branche qui indemnise passe dans le rouge
Le chiffre financier circule moins, et il commande la suite. Les indemnités journalières versées pour les arrêts liés aux risques professionnels atteignent 5,4 milliards d’euros en 2025, environ 500 millions de plus en un an, soit +10,5 %. Pour la deuxième année consécutive, elles forment le premier poste de dépenses de la branche, devant les incapacités permanentes, près de 4,8 milliards d’euros (Assurance maladie, 13 octobre 2026).
La cause principale n’est pas le nombre de sinistres mais leur durée : les durées d’arrêt expliquent 6,4 points sur les 10,5 % de hausse. La bascule est ancienne : la part des indemnités journalières dans les dépenses est passée de 34 % en 2015 à 48 % en 2025, pour 11,2 milliards d’euros de prestations versées l’an dernier.
Après douze années d’excédents, la branche enregistre en 2025 un déficit de 182,2 millions d’euros, les dépenses ayant progressé plus vite que les recettes, c’est-à-dire les cotisations des employeurs. Ce retournement rejoint le débat sur l’assiette des cotisations patronales, dont les exonérations ont représenté 78,8 milliards d’euros en 2025.
Ce qu’un décès déclenche, en vidéo
Le reportage ci-dessous suit des familles de victimes et des inspecteurs du travail, du constat à la reconnaissance.
L’indemnisation recule au moment où le risque remonte
Un décret du 1er octobre 2026 abaisse le salaire maximum pris en compte pour calculer les indemnités journalières (BFM TV, 13 octobre 2026). Pour un salarié dont la rémunération dépasse ce plafond, la part versée par l’Assurance maladie baisse : l’écart se reporte sur l’employeur quand un maintien de salaire est prévu, sinon sur l’assuré lui-même.
Le calendrier forme une séquence : la caisse confirme un record de décès, l’exécutif a publié un mois plus tôt un texte qui réduit la base de calcul d’une partie des indemnités, et le budget 2027 rend « moins favorable la fiscalité sur les indemnités journalières des arrêts de travail » (BFM TV, 13 octobre 2026). Le volet fiscal de ce budget n’est pas mon sujet : la fiscalisation des indemnités journalières a fait l’objet d’un article distinct.
Trois cas se dessinent, et aucun n’est chiffré publiquement. Le salarié payé sous le plafond ne verra pas son indemnisation changer, mais il dépend d’une branche dont les recettes s’érodent avec les exonérations. Celui qui dépasse le plafond devra lire sa convention collective pour savoir qui comble l’écart. Celui des secteurs les plus exposés, intérim, bâtiment, sanitaire et médico-social, cumule un risque supérieur et une indemnisation qui ne suit plus.
Comment nous en sommes arrivés là
Depuis 2020, la sinistralité s’installe dans un régime nouveau : les chiffres de 2025 s’inscrivent, écrit la caisse, dans la continuité de la tendance observée depuis la sortie de la crise sanitaire. Les accidents mortels avaient déjà atteint un niveau record en 2024 (La Croix, 13 octobre 2026).
Le déficit rompt douze années d’excédents, pendant la première année pleine de la convention d’objectifs et de gestion signée entre l’État et les partenaires sociaux (Assurance maladie, 13 octobre 2026).
La prévention a un budget. En 2025, plus de 2 800 subventions ont été accordées par le Fonds national de prévention des accidents du travail, près de 28 millions d’euros, auxquelles s’ajoutent un peu moins de 800 contrats de prévention, près de 29 millions. Le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle, ouvert en 2024, a versé plus de 21 000 aides pour près de 140 millions d’euros.
Dernier point de méthode : le rapport annuel détaillé n’était pas publié le 13 octobre, et sa mise à jour est annoncée pour la fin d’année (Sud Ouest, 13 octobre 2026). Je n’ai donc aucune ventilation des 783 décès par secteur, par âge ou par cause.
Qui paie, et ce qui reste ouvert
La branche AT/MP est financée par les cotisations des employeurs, non par l’impôt. Un déficit de 182,2 millions d’euros se comble par des recettes supplémentaires ou par des économies, et le budget 2027 arbitre entre les deux. Les arbitrages voisins touchent d’autres dépenses : le transfert de 200 millions d’euros de cures thermales vers les complémentaires, les 19,7 milliards d’euros des affections de longue durée, ou le prélèvement de 2,1 milliards d’euros sur l’Unédic.
Ce qui reste ouvert tient en cinq points : la ventilation des 783 décès et le détail 2024 par catégorie, qui manque pour comparer les deux années ; le nombre de salariés réellement touchés par le nouveau plafond des indemnités journalières ; la part de l’écart que les employeurs combleront au titre du maintien de salaire ; le sort des familles indemnisées au titre des 1 331 décès ; et le vote du budget 2027, dont dépend encore la fiscalité des arrêts maladie.
Je retiens une chose de cette séquence : le travail tue plus qu’en 2024, et la branche qui indemnise réduit sa base de calcul au moment où elle constate le record.
Votre employeur doit-il rendre des comptes sur les accidents du travail, ou la statistique suffit-elle ? Et si votre salaire dépasse demain le plafond des indemnités journalières, savez-vous qui, de votre employeur, de votre prévoyance ou de vous, paiera les jours d’arrêt qui suivront ?



