L’été 2026 a tué 50 391 personnes dans 854 villes européennes, selon deux études publiées ce matin dans Nature Health. 32 619 de ces morts, soit 65 %, sont attribués au réchauffement d’origine humaine. La France est le deuxième pays le plus touché : 7 268 morts, et un taux supérieur à celui de l’Espagne.
- Ce que l’étude mesure, et ce qu’elle ne mesure pas
- La France deuxième, devant l’Espagne par million d’habitants
- 5 764 morts officiels en 16 jours, un été sans bilan unique
- La décision est municipale, le décompte est national
- Ce que j’en retiens
Ce que l’étude mesure, et ce qu’elle ne mesure pas
L’équipe de l’Imperial College London et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine a modélisé la mortalité de juin à août dans 854 villes de 30 pays, soit 172,7 millions d’habitants, environ 40 % de la population de ces pays. La méthode compare les températures mesurées à celles qu’un climat sans émission humaine aurait produites. L’écart donne la part attribuable au réchauffement.
Le total est de 50 391 décès, avec un intervalle de confiance de 46 026 à 53 878, soit 71 % de plus que l’été 2022. Les auteurs précisent que le chiffre est un plancher : il ne couvre que les villes de l’échantillon et laisse de côté la vague de chaleur de mai. Une étude compagnonne, publiée le 14 octobre, situe la part attribuable au réchauffement à 68 % en 2025, contre 39 % en 2000 (Barnes et al., Nature Health).
La répartition par âge dit autre chose. 22 502 des morts avaient 85 ans ou plus, près de 45 %. Mais 833 personnes de 20 à 44 ans sont mortes de la chaleur, un chiffre que l’image de la canicule ne laisse pas voir.
La France deuxième, devant l’Espagne par million d’habitants
Cinq pays portent l’essentiel du bilan : Italie 13 303 morts, France 7 268, Espagne 6 824, Allemagne 6 340, Royaume-Uni 4 354. Rapportés à la population, les écarts changent de sens : l’Italie reste en tête avec 561 morts pour un million d’habitants, mais la France (336) devance l’Espagne (289) et l’Allemagne (240). Cela représente un décès pour 2 700 habitants des villes françaises étudiées, dont 4 661 attribuables au réchauffement.
Pourquoi la France paie plus que sa voisine réputée plus chaude ? L’étude ne tranche pas pays par pays. Elle indique que les écarts suivent l’exposition, mais aussi la vulnérabilité : âge, maladies chroniques, isolement, logement, végétation. La chaleur tue selon ce qu’on est et où l’on vit, pas seulement selon les degrés affichés.
Les cinq pays qui portent le bilan européen
Décès liés à la chaleur dans les villes étudiées, été 2026 (juin à août)
5 764 morts officiels en 16 jours, un été sans bilan unique
La comparaison avec les chiffres français demande de la précision : les deux objets ne sont pas les mêmes. Santé publique France a compté 5 764 décès en excès, toutes causes, du 17 juin au 2 juillet, pendant l’épisode le plus intense. L’étude modélise tout l’été, seulement dans les villes, et isole la part du climat.
Les deux chiffres ne se contredisent pas : le premier mesure ce qui est mort en 16 jours, le second estime ce que la chaleur a produit sur trois mois. Mais ils ne racontent pas la même chose : le décompte public sort épisode par épisode, l’étude boucle l’été. Le coût, lui, a déjà son chiffre : 16 milliards d’euros, évalués par une mission parlementaire.
La décision est municipale, le décompte est national
La prévention, elle, se décide à l’échelle de la rue. Le plan national canicule fixe quatre niveaux d’alerte et l’obligation, pour chaque commune, de tenir un registre des personnes vulnérables. Ce sont les municipalités qui ouvrent les salles rafraîchies, prolongent les piscines, installent des fontaines et arrosent les cours d’école. Une mairie qui plante un arbre ne verra son ombre que dans vingt ans ; une mairie qui ouvre un gymnase agit le jour même.
Le partage est simple : l’État déclenche l’alerte et le décompte reste national ; la commune paie l’ombre, l’eau et le personnel ; les familles paient le reste. D’où des réponses très différentes d’une ville à l’autre.
Les personnes âgées sont au centre, et pas seulement dans les statistiques. L’attente d’une place en EHPAD, 27 jours de délai médian, pèse sur des personnes qui restent chez elles, souvent seules, précisément quand le logement devient un piège. La sécheresse aggrave le tableau : les nappes étaient 66 % sous les normales au 1er octobre.
Ce que j’en retiens
La nouveauté n’est pas que la chaleur tue. C’est qu’on commence à le compter de la même façon d’un bout à l’autre de l’Europe, et que la France apparaît à un rang qu’aucun communiqué national ne met en avant. Un pays tempéré, doté d’un plan canicule vieux de vingt ans, qui meurt proportionnellement plus que l’Espagne : voilà le fait.
Le reste est une question de choix. Une ville qui plante, qui ombrage, qui ouvre, qui rend visite, fait baisser un chiffre que personne ne mesure avant l’automne. Une ville qui attend le pic et compte ensuite produit une statistique.
Le chiffre de 50 391 n’est pas un corps par corps : c’est un modèle. Il faut le retenir quand même, parce que la direction ne se discute plus. La canicule est devenue une cause de mortalité ordinaire, prévisible, et évitable dans ses effets. Une dépense d’ombre et d’eau engage une commune pour trente ans ; un bilan de décès s’écrit en une matinée. Nos institutions savent produire le second ; elles financent le premier au rabais.
- 50 391 morts liés à la chaleur dans 854 villes de 30 pays, été 2026.
- 32 619, soit 65 %, attribuables au réchauffement d’origine humaine ; 71 % de plus qu’en 2022.
- France : 7 268 morts dans les villes étudiées, 336 pour un million d’habitants, contre 289 en Espagne.
- Santé publique France a compté 5 764 décès en excès du 17 juin au 2 juillet : un autre objet, une autre méthode.
Images diffusées pendant l’été 2026, avant la publication de l’étude : à observer l’étendue de l’épisode et l’intensité des températures, pas le bilan humain, qui n’était pas établi.



