Le gouvernement veut faire porter aux complémentaires santé une dépense que l’Assurance maladie assume aujourd’hui : le remboursement des cures thermales, soit 200 millions d’euros par an. La mesure a été annoncée le jeudi 8 octobre 2026 par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, en présentant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (PLFSS) devant le conseil de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) (BFM Business avec AFP, 8 octobre 2026). Pour le curiste, la question tient en une ligne : le prélèvement obligatoire ne baisse pas, c’est la cotisation de sa complémentaire qui peut augmenter, et, si son contrat ne prévoit rien, c’est lui qui paie la cure.
- La mesure : 200 millions sortis de l’Assurance maladie
- Qui paie, combien, et avant / après
- La décision, en vidéo
- Votre mutuelle n’a aucune obligation de prendre le relais
- 0,04 % du budget : l’objection de proportion
- Ce qui est établi, ce qui ne l’est pas
- Notre lecture
- À retenir
- Question aux lecteurs
La mesure : 200 millions sortis de l’Assurance maladie
Devant le conseil de la Cnam, réunion des gestionnaires de l’assurance maladie, la ministre a chiffré l’effort demandé : 200 millions d’euros de remboursement de cures thermales conventionnées sortiraient des dépenses de l’Assurance maladie pour être portés par les complémentaires, mutuelles en tête (Le Figaro, 9 octobre 2026 ; Les Échos, 9 octobre 2026). Le montant n’était pas dans les économies présentées en Conseil des ministres le 1er octobre ; il a été ajouté lors de cette présentation (L’Officiel du Thermalisme, 9 octobre 2026).
La somme s’inscrit dans un ensemble plus large : 700 millions de « transferts aux complémentaires » en 2027, dont 500 millions de dépenses hospitalières non détaillées. Le gouvernement parle d’une économie, pas d’une suppression : les cures restent remboursées, mais par un autre payeur. Aujourd’hui, l’Assurance maladie prend le forfait thermal à 65 % et la surveillance médicale à 70 % ; le ticket modérateur revient au curiste, sauf si sa complémentaire le couvre. Une annonce, plusieurs reprises, mais un seul acte central : le discours de la ministre du 8 octobre, qui reste la pièce primaire ; les articles qui le commentent ne valent pas confirmations indépendantes.
Qui paie, combien, et avant / après
La mesure ne change pas le montant dépensé : elle change qui le paie. Avant, les 200 millions sont supportés par l’Assurance maladie, donc par le prélèvement obligatoire. Après, ces mêmes 200 millions basculent sur les complémentaires, qui les répercuteront dans les cotisations de leurs adhérents. Autrement dit : le prélèvement obligatoire reste identique, et la hausse est supportée par le financeur de destination.
Pour un curiste, la facture se lit sur la cure. Une cure de rhumatologie de dix-huit jours représente environ 829 € de soins, dont l'Assurance maladie prend 476 € aujourd'hui ; le ticket modérateur, environ 353 €, revient au curiste ou à sa complémentaire selon le contrat (JeChange, 9 octobre 2026). Si la Sécu se retire du forfait thermal sans relais, ce sont jusqu'à 830 € qui peuvent rester sur la table, avant le logement et le transport. La cotisation d'assurance maladie, elle, ne baisserait pas : rien n'annonce une diminution du prélèvement obligatoire, seulement un changement de payeur. Les complémentaires anticipent déjà des hausses de 4 % à 10 % en 2027, après les transferts de l'été 2026 et une contribution exceptionnelle prolongée d'un milliard.
La décision, en vidéo
La mesure relève de la même négociation que le gel des tarifs des complémentaires pour 2026. La vidéo ci-dessous montre la ministre assumer, devant les députés, l'articulation entre assurance maladie obligatoire et complémentaires : ce qu'il faut y observer, c'est la charge présentée comme un arbitrage entre deux financeurs, jamais comme une baisse pour l'assuré.
Votre mutuelle n'a aucune obligation de prendre le relais
C'est l'objection la plus forte, et elle n'est pas idéologique : elle est juridique. L'article R871-2 du code de la sécurité sociale liste les dépenses que les contrats responsables doivent rembourser : consultations, optique, dentaire du panier 100 % Santé. Les cures thermales, non : leur ticket modérateur peut être remboursé, rien ne l'impose. Le texte déplace donc la dépense sans créer d'obligation pour le nouveau payeur (Selectra, 9 octobre 2026).
Deux cas opposés se dessinent. Si l'Assurance maladie baisse son taux sans cesser de rembourser, une complémentaire couvrant le ticket modérateur « à 100 % de la base » comble un écart devenu plus large : elle paie. Si elle cesse de rembourser le forfait thermal, les garanties exprimées en pourcentage de la base Sécu peuvent ne plus rien verser : le curiste paie. Le contrat le plus trompeur est celui qui affiche un fort pourcentage : le chiffre reste, le remboursement réel peut tomber à zéro. Le secteur l'appelle « un déremboursement qui ne dit pas son nom » et demande le retrait de la mesure, en rappelant qu'elle est annoncée avant les conclusions de l'évaluation de la Haute Autorité de santé (communiqué du CNETh, 9 octobre 2026). Position d'une partie prenante, citée comme telle, pas une validation.
0,04 % du budget : l'objection de proportion
Le gouvernement a un argument solide, qu'il faut lui laisser. Les cures thermales conventionnées coûtent environ 260 millions par an, soit 0,04 % des dépenses de la Sécurité sociale : une mesure sur un poste aussi marginal ne peut pas, à elle seule, redresser un déficit. Elle voisine d'autres économies du PLFSS 2027, comme la fiscalisation des indemnités journalières. La ministre vise « un peu moins de 8 milliards » de déficit de l'assurance maladie en 2027, contre 14 milliards sans texte ; l'avis de la Cnam, purement consultatif, a été rejeté à la quasi-unanimité (31 voix contre).
Deux faits contraires doivent être conservés. Une tentative identique a échoué dans le budget 2026, et un amendement de déremboursement partiel avait été rejeté par 167 voix contre 24 : rien ne garantit l'adoption, le vote solennel étant annoncé le 27 octobre. Et l'évaluation du service médical rendu n'est pas terminée, ce qui affaiblit la justification médicale d'un arbitrage financier. Environ 500 000 patients suivent chaque année une cure conventionnée, dans des territoires thermaux qui en vivent.
Ce qui est établi, ce qui ne l'est pas
Établi : l'annonce du 8 octobre ; les 200 millions sur les cures dans un transfert de 700 millions ; les taux actuels (65 % du forfait thermal, 70 % de la surveillance médicale) ; le caractère facultatif du ticket modérateur thermal pour les contrats responsables ; l'échec de la tentative de 2026 ; le calendrier parlementaire. Non établi : le taux précis qui sera retenu, une éventuelle obligation nouvelle pour les complémentaires, le reste à charge par curiste, et l'effet réel sur les cotisations 2027. Aucun de ces points n'étant publié, rien ne peut en être affirmé.
Notre lecture
Opinion de la maison, pas un fait. La chaîne est lisible, du fait à la personne en poste : Stéphanie Rist, ministre de la Santé, annonce elle-même le transfert. Ce que la séquence donne à voir, et que nous assumons comme un jugement, est moins une suppression qu'un déplacement de charge : le prélèvement obligatoire ne bouge pas, la complémentaire répercute, l'assuré paie par sa cotisation ou par son reste à charge. Aucun maillon, pris seul, ne dit qui supportera la facture. C'est ce flou, entre deux financeurs et un contrat privé, que nous lisons comme une dilution de responsabilité. C'est une opinion, pas un fait.
L'objection tient, et notre thèse doit la porter : un système financé collectivement peut légitimement concentrer ses moyens sur les soins dont l'efficacité est la mieux démontrée, et la charge des cures est marginale. Déplacer 0,04 % n'est pas un scandale comptable ; c'est le silence sur le payeur final qui pose problème, pas le montant.
À retenir
- Le fait : le 8 octobre 2026, transfert annoncé de 200 millions de remboursement de cures thermales de l'Assurance maladie vers les complémentaires, dans un transfert de 700 millions.
- La fonction : Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, en exercice depuis le 12 octobre 2025, porte la mesure.
- Pour votre portefeuille : la cotisation d'assurance maladie ne baisse pas ; la hausse est supportée par la complémentaire, donc par votre cotisation, ou par votre reste à charge si le contrat ne prévoit aucune garantie cure.
- Le verrou : l'article R871-2 ne fait pas des cures thermales une dépense obligatoire pour les contrats responsables.
- La limite : ni le taux, ni l'obligation éventuelle, ni la date ne sont publiés ; une tentative identique a échoué en 2026.
Question aux lecteurs
Transférer une dépense de l'assurance maladie vers votre complémentaire, est-ce pour vous une économie, un déplacement ou une hausse cachée ? Et à quel signe vérifiable jugeriez-vous qu'une réforme a réellement allégé votre budget, plutôt que déplacé la facture ?



