La revalorisation annuelle de la retraite complémentaire des salariés du privé, l’Agirc-Arrco, doit être arrêtée le 14 octobre 2026 par le conseil d’administration paritaire qui pilote le régime, pour une application au 1er novembre. Elle concerne environ 14 millions de retraités. La valeur du point, l’unité qui sert à calculer la pension, est figée à 1,4386 euro depuis le 1er novembre 2024 : la revalorisation de 2025 n’a pas eu lieu, faute d’accord entre le patronat et les syndicats. Une règle peu mise en avant borne le débat cette fois : la hausse ne peut pas dépasser l’évolution des salaires. La fourchette discutée est ainsi passée de 1,2 % à 2 % à 1,2 % à 1,9 %, selon Les Échos.
Un rendez-vous paritaire fixé au 14 octobre
L’Agirc-Arrco est le régime de retraite complémentaire obligatoire des salariés du secteur privé. Il est piloté par les partenaires sociaux, à parité entre organisations syndicales et organisations patronales, et sert une pension qui s’ajoute à celle de la retraite de base de la Sécurité sociale.
Le conseil d’administration du régime doit se réunir le 14 octobre 2026 pour fixer la nouvelle valeur du point applicable au 1er novembre, selon le calendrier officiel de l’Agirc-Arrco. Le choix ne se joue donc pas entre des principes généraux, mais dans une fourchette encadrée par un texte. Faute d’accord lors d’une réunion comparable, le 17 octobre 2025, les pensions complémentaires n’avaient pas été revalorisées.
Ce que fixe réellement l’accord de 2023
Les règles en vigueur proviennent de l’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023, qui court jusqu’au 31 décembre 2026. Ce texte fixe une méthode : la valeur de service du point évolue comme les prix à la consommation hors tabac estimés par l’Insee pour l’année en cours, diminués d’un « facteur de soutenabilité » de 0,4 point destiné à préserver l’équilibre du régime.
Deux marges s’ajoutent à cette base. Le conseil d’administration peut s’écarter de 0,4 point au maximum, à la hausse comme à la baisse, de l’indice retenu. Et la valeur de service du point « ne peut diminuer en valeur absolue » : la pension complémentaire ne peut donc pas reculer d’une année sur l’autre.
Dans sa note de conjoncture du 10 septembre 2026, l’Insee prévoyait une inflation de 2,1 % en moyenne en 2026, soit 2 % hors tabac. En appliquant la règle, la hausse de référence ressort ainsi à 1,6 % (2 % moins 0,4 point), et la fourchette théorique à 1,2 % – 2 %.
Le plafond qui vient des salaires
Une règle héritée des accords antérieurs, reconduite en 2023, limite la revalorisation à l’évolution des salaires : si l’inflation dépasse la progression du salaire moyen, la pension est revalorisée selon cette progression, et non selon les prix. C’est cette contrainte qui a rétréci la fourchette.
Selon Les Échos, les derniers chiffres disponibles font état d’une progression des salaires de 1,9 % en 2026 : la hausse ne pourrait donc pas dépasser ce niveau, contre un plafond de 2 % envisagé jusqu’alors. D’autres estimations circulent : certains observateurs situent la progression des salaires autour de 1,7 % à 1,8 %. La fourchette discutée au 14 octobre serait ainsi comprise entre 1,2 % et 1,9 %.
Deux réserves encadrent ce calcul. Le chiffre d’inflation de l’Insee peut être révisé d’ici la décision. Et la formule n’est pas automatique : à parité, un désaccord reste possible, comme en 2025, où il avait abouti à un gel.
Deux ans sans revalorisation
La valeur du point Agirc-Arrco s’établit à 1,4386 euro depuis le 1er novembre 2024, date de la dernière revalorisation, de 1,6 %. Elle n’a pas bougé au 1er novembre 2025, et n’a donc pas suivi l’inflation depuis deux ans. Pour un retraité du privé, cette part complémentaire représente une fraction variable de la pension totale, de l’ordre de 30 % pour les non-cadres et jusqu’à 60 % pour les cadres.
Concrètement, selon les scénarios discutés, une pension complémentaire de 1 000 euros par mois augmenterait de 12 à 19 euros par mois, soit de 144 à 228 euros sur l’année, selon le taux finalement retenu.
Des réserves élevées, un équilibre qui se dégrade
Le débat oppose deux lectures documentées du même régime. Les réserves de l’Agirc-Arrco atteignaient 91,2 milliards d’euros fin 2025, en hausse, et le régime conserve une règle de gestion imposant de détenir au moins six mois de versements de pensions. Les syndicats s’appuient sur ce matelas pour demander une revalorisation au niveau de l’inflation.
En face, l’équilibre technique du régime s’est dégradé. La différence entre cotisations encaissées et pensions versées est passée de 1,6 milliard d’euros en 2024 à 0,3 milliard en 2025, selon les comptes présentés par l’Agirc-Arrco, l’excédent affiché reposant surtout sur les revenus financiers des réserves. Le côté patronal y voit un argument de prudence, dans un régime où le rapport entre actifs et retraités se resserre.
Selon Les Échos, un nouveau gel des pensions complémentaires arrangerait aussi le gouvernement, en limitant le déficit du système de retraites et, par ricochet, la dérive des comptes publics. Il s’agit d’une lecture du quotidien économique, pas d’une position officielle.
Le regard allemand
Le contraste avec l’Allemagne est net. Outre-Rhin, les pensions légales ont été relevées de 4,24 % au 1er juillet 2026, pour environ 21 millions de retraités, la valeur du point allemand passant à 42,52 euros. Le régime allemand indexe son ajustement sur l’évolution des salaires. Le régime français, lui, part de l’inflation en la diminuant d’un facteur de soutenabilité, puis bute sur le plafond salarial. Deux modèles, deux façons de répartir l’effort entre les actifs, les retraités et l’équilibre du régime.
À retenir
- La revalorisation des retraites complémentaires du privé (Agirc-Arrco), qui concernent environ 14 millions de retraités, doit être arrêtée le 14 octobre 2026 pour une application au 1er novembre.
- La valeur du point est figée à 1,4386 euro depuis le 1er novembre 2024 ; la revalorisation de 2025 a été nulle faute d’accord entre patronat et syndicats.
- L’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 encadre la hausse : inflation hors tabac moins 0,4 point, marge de 0,4 point, sans baisse possible en valeur absolue.
- Une règle plafonne aussi la revalorisation à l’évolution des salaires : la fourchette discutée est passée de 1,2 % – 2 % à 1,2 % – 1,9 %, selon Les Échos.
- Le régime affiche 91,2 milliards d’euros de réserves, mais son résultat technique (cotisations moins pensions) est passé de 1,6 à 0,3 milliard d’euros entre 2024 et 2025.
- La décision n’était pas prise à l’heure de la rédaction ; aucun taux n’est acquis.
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Question aux lecteurs
Après deux ans sans revalorisation, comment fixer la hausse des retraites complémentaires ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.
Pour aller plus loin
- Agirc-Arrco, paramètres et chiffres du régime (valeurs du point)
- Insee, note de conjoncture de septembre 2026, « Vigilance orange sur la croissance » (10 septembre 2026)
- Service-Public.gouv.fr, « Quelle revalorisation pour les retraites complémentaires du privé ? » (Direction de l’information légale et administrative)
- Accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 relatif au régime Agirc-Arrco 2023-2026 (Légifrance)
- Les Échos, « la revalorisation ne pourra pas excéder 1,9 % » (7 octobre 2026)
Méthode : le fait central, à savoir le cadre et le calendrier de la revalorisation 2026 des retraites complémentaires du privé, est établi par des pièces distinctes : le régime Agirc-Arrco et les séries officielles de l’Insee (valeur de service du point), l’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 (règle de calcul et plafond salarial), la Direction de l’information légale et administrative via Service-Public.gouv.fr (gel de 2025 et règles), et une corroboration de presse économique indépendante (Les Échos, groupe LVMH ; Notre Temps ; Moneyvox ; Capital). Les éléments chiffrés de pilotage (réserves de 91,2 milliards d’euros, résultat technique de 1,6 puis 0,3 milliard) proviennent des comptes présentés par l’Agirc-Arrco. Déclarations attribuées : Les Échos, pour le plafond de 1,9 % et pour la lecture budgétaire d’un gel ; la comparution allemande provient de la Deutsche Rentenversicherung, relayée par plusieurs sources. Réserve principale : aucun taux n’est décidé à l’heure de la rédaction ; la progression des salaires qui plafonne la hausse est estimée différemment selon les sources (1,9 % pour Les Échos, 1,7 % à 1,8 % ailleurs) et le chiffre d’inflation de l’Insee peut être révisé ; à parité, un désaccord reste possible, comme en 2025. La propriété des médias cités et les pièces de recoupement figurent dans le journal de production.



