L’Allemagne a décidé de quitter le MGCS, le programme de char du futur lancé en 2017 avec la France. Le chef d’état-major des Armées, le général Fabien Mandon, l’a annoncé le 8 octobre 2026 devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, lors de l’audition consacrée au budget des armées pour 2027. Quatre mois après l’abandon du SCAF, la coopération militaire franco-allemande perd son second grand programme. Pour l’armée de Terre, qui doit retirer ses chars Leclerc à partir de 2038, il faut désormais préparer seule la succession.
Ce qu’a déclaré le chef d’état-major des Armées
« Les Allemands ont décidé de quitter le projet », a déclaré le général Fabien Mandon, chef d’état-major des Armées, devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale, le jeudi 8 octobre, selon les comptes rendus de presse de l’audition. « Ce n’est pas un échec complet, c’est un choix allemand important. Nos armées de terre ont travaillé ensemble pendant plusieurs années pour réfléchir à ce que devait être un futur char de combat », a-t-il détaillé.
Le chef d’état-major a reconnu que la décision n’était « pas une bonne nouvelle au plan industriel », tout en soulignant que « les grands principes du char sont validés, ça n’a pas été un travail vain ». Interrogé par un député du Rassemblement national sur un échec du programme, il a maintenu sa distinction : l’arrêt d’un projet commun n’équivaut pas, selon lui, à l’échec de la coopération militaire entre les deux pays.
Le général Mandon a également fixé un calendrier. « On aura un retrait progressif du Leclerc à partir de 2038. En 2027, on doit lancer les études pour être au rendez-vous de cette échéance », a-t-il indiqué. Il décrit un futur système associant le char à des robots et à des échanges de données, avec des équipages possiblement moins nombreux.
Un programme lancé en 2017, déjà vidé de son objet en juillet
Signé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le MGCS (Main Ground Combat System, ou système principal de combat terrestre) devait remplacer les chars Leclerc français et Leopard 2 allemands à l’horizon 2040 à 2045. Le programme réunit, au sein d’une société de projet, KNDS France (ex-Nexter), KNDS Deutschland (ex-Krauss-Maffei Wegmann), Rheinmetall et Thales. L’entrée de Rheinmetall en 2019 a modifié l’équilibre initial, et les désaccords ont porté sur la répartition des tâches, le financement, les choix technologiques et le calibre du canon.
L’annonce du 8 octobre ne surgit pas de nulle part. Le 8 juin 2026, Paris et Berlin avaient acté l’abandon du SCAF, l’avion de combat du futur, après l’échec des négociations entre Dassault Aviation et Airbus. Le 17 juillet, à l’issue du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, le ministère allemand de la Défense avait décrit un MGCS recentré sur des « technologies indépendantes de la plateforme », formule qui écartait déjà la mise au point d’un char commun. La décision rapportée le 8 octobre par le chef d’état-major français rend explicite ce que le texte allemand laissait entendre.
Ce que cela change pour l’armée de Terre
La France dispose d’environ 200 chars Leclerc, dont la rénovation au standard XLR se poursuit, avec 160 exemplaires rénovés prévus d’ici 2030 selon l’audition du chef d’état-major d’avril 2026. Leur retrait progressif doit commencer en 2037 ou 2038, avant toute entrée en service du MGCS. La loi du 16 août 2026 actualisant la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit de lancer les études d’une capacité intermédiaire succédant au Leclerc, avec un plan « char lourd/intermédiaire » doté de 200 millions d’euros, une première capacité envisagée vers 2035 et une priorité donnée aux compétences industrielles nationales.
Au salon Eurosatory, en juin 2026, le groupe franco-allemand KNDS a présenté une proposition pour ce chaînon manquant : le CAPINT, qui associe une tourelle téléopérée française ASCALON à un châssis dérivé du Leopard 2A8 allemand, pour des premières livraisons dans les années 2030. C’est là une conséquence peu relevée du retrait allemand : la solution intermédiaire identifiée pour remplacer le Leclerc repose, dans sa version présentée, sur un châssis d’origine allemande. Le successeur du char français pourrait donc continuer de dépendre d’un partenaire qui vient de quitter le programme commun.
Reste la question du canon, qui n’est pas tranchée. KNDS France développe le système ASCALON ; Rheinmetall poussait de son côté un canon de 130 mm. Ce différend industriel était l’un des points de blocage du MGCS, et il n’a pas disparu avec le retrait allemand.
Le désengagement français invoqué côté allemand
Avant l’annonce, le patron de Rheinmetall, Armin Papperger, avait évoqué publiquement, dans le quotidien allemand Welt am Sonntag, le risque d’un retrait français. Selon ses informations, Paris envisageait de réduire sa contribution à moins de la moitié du budget prévu. Il s’agit d’une déclaration d’un dirigeant industriel partie au dossier, non d’un fait administratif établi : aucun document budgétaire rendu public ne confirme ce chiffre. Elle éclaire en revanche un enchaînement plausible, celui d’une contrainte budgétaire française ayant précédé la décision allemande.
À retenir
- Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des Armées, a annoncé le 8 octobre 2026 devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale que « les Allemands ont décidé de quitter le projet » de char du futur MGCS.
- Le MGCS, lancé en 2017 pour remplacer le Leclerc français et le Leopard 2 allemand vers 2040-2045, avait déjà été recentré le 17 juillet 2026 par Berlin sur les seules technologies communes, sans plateforme partagée.
- C’est le second grand programme de coopération militaire franco-allemande à s’arrêter en quatre mois, après l’abandon du SCAF acté le 8 juin 2026.
- La loi du 16 août 2026 prévoit des études pour une capacité intermédiaire succédant au Leclerc, dont le retrait doit commencer en 2037 ou 2038 ; le chef d’état-major demande leur lancement en 2027.
- La solution intermédiaire présentée par KNDS, le CAPINT, associe une tourelle française ASCALON à un châssis dérivé du Leopard 2A8 : la succession du char français reposerait en partie sur une base industrielle allemande.
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Pour aller plus loin
- Assemblée nationale, audition du général Fabien Mandon sur le projet de loi de finances pour 2027 (8 octobre 2026)
- BFMTV, « les Allemands ont décidé de quitter le projet » de char du futur (8 octobre 2026)
- Reuters, « L’Allemagne abandonne le projet de char commun avec la France » (9 octobre 2026)
- Le Monde, « les armées regrettent l’abandon par Berlin du projet de char franco-allemand » (9 octobre 2026)
- Sénat, note sur l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 : le plan char lourd et intermédiaire (mai 2026)
Méthode : le fait central, la décision allemande annoncée publiquement par le chef d’état-major des Armées devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale le 8 octobre 2026, repose sur des travaux de rédaction distincts : la dépêche de l’agence Reuters, le compte rendu de BFMTV et l’article du Monde, complétés par les reprises de RFI, de l’Agence Anadolu et du journal spécialisé Opex360. Le détail des pièces institutionnelles, la chronologie du programme et les réserves figurent dans le journal de production. Réserves : la partie allemande n’a pas formellement confirmé cette sortie par une communication publique et un responsable du ministère allemand de la défense sollicité n’a pas commenté ; la déclaration du chef d’état-major français est donc, à ce jour, l’origine de l’annonce. Les montants de surcoût évoqués par des sites économiques ne proviennent d’aucun document officiel et ne sont pas repris ici. Le rapprochement avec le SCAF est une mise en contexte chronologique, non une causalité démontrée. La contrainte budgétaire française invoquée par le dirigeant de Rheinmetall relève de sa déclaration, non d’une pièce budgétaire publiée.



