La CGT a maintenu son appel à la grève pour le jeudi 8 octobre 2026 sur l’ensemble des sites français de TotalEnergies. En fin de matinée, les expéditions de carburants étaient bloquées dans les raffineries de Normandie et de Donges ainsi qu’à la bio-raffinerie de La Mède, et une partie des stations du réseau fermait. Le conflit porte sur les salaires et l’emploi, alors que le groupe a dégagé environ 10 milliards d’euros de bénéfice net au premier semestre et que l’approvisionnement en carburant est déjà tendu.
Ce que la grève bloque
L’appel, lancé par la CGT trois semaines à l’avance, couvre « tous les sites » du groupe en France : raffineries, usines de caoutchouc de la filiale Hutchinson et stations-service du réseau. Il s’agit d’une grève de vingt-quatre heures, dont les modalités sont arrêtées localement.
En fin de matinée, selon le syndicat, les expéditions de carburants étaient bloquées dans les raffineries de Normandie, près du Havre, de Donges (Loire-Atlantique) et dans la bio-raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône). « Les expéditions vont être stoppées, ou sont déjà stoppées », a déclaré à l’AFP Éric Sellini, coordinateur CGT pour le groupe, qui avance « plus de 50 % de grévistes » sur ces sites. La direction conteste ce chiffre et affirme qu’il y a « moins de 2 % de grévistes » dans l’ensemble de ses raffineries et bio-raffineries ; elle indique poursuivre l’approvisionnement de son réseau « par ses différents moyens logistiques ».
La controverse porte aussi sur les stations. La CGT annonce 27 stations de la filiale Argedis fermées ; la direction en compte onze. Argedis exploite environ 180 stations, surtout sur autoroute, sur les quelque 3 300 que compte l’ensemble du réseau français du groupe. Des perturbations ont été relevées dans plusieurs régions, de la Manche (aire du Mont Saint-Michel, sur l’A84) à la Marne (Saint-Martin-sur-le-Pré), en passant par la Normandie et la Provence. Dans la Marne, la station de Sarry était fermée au moins le matin, pour une rupture de carburant, une cause distincte du mouvement social.
Ce que demandent les salariés
La CGT réclame une hausse de 200 euros par mois pour tous, un salaire minimum de base égal à 1,2 fois le SMIC (soit environ 1 867 euros bruts mensuels) et des embauches : transformation des contrats à durée déterminée en contrats à durée indéterminée, titularisation des intérimaires et remplacement des départs. Le syndicat dénonce des « effectifs sous tension », avec un recours important à l’intérim et à la sous-traitance, et met en avant la sécurité au travail.
La direction a annoncé le versement d’une avance de 1 000 euros sur la prime annuelle, selon un message interne révélé par Le Monde. Cette somme, qui doit aussi bénéficier aux salariés des filiales détenues à 100 % comme Argedis, est versée immédiatement, sans attendre les négociations annuelles obligatoires prévues en décembre. Le PDG, Patrick Pouyanné, avait évoqué un tel geste en mai devant un comité d’entreprise européen.
Le geste n’a pas suffi. « Cela ne fonctionne pas », estime Éric Sellini. L’autre organisation représentative, la CFE-CGC, adopte une ligne plus mesurée : sa coordinatrice Dominique Convert juge que « tout ce qui est en plus est bienvenu » et que le vrai test sera la négociation. Le groupe a publié un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars (environ 10 milliards d’euros) au premier semestre 2026, en progression de 73 % sur un an.
Un conflit au moment où le carburant manque déjà
La grève intervient alors que l’approvisionnement est sous tension. Depuis la guerre au Moyen-Orient et les difficultés d’importation qui en découlent, les prix des carburants se sont installés à des niveaux élevés. TotalEnergies a plafonné le prix du carburant dans ses stations, ce qui a provoqué une affluence chez ses distributeurs et accru la pression sur les stations du groupe.
Selon les données officielles du ministère de l’Économie compilées par le site EssenceRadar, environ 16 % des stations françaises manquaient d’au moins un carburant au 7 octobre, avec de fortes disparités : le Bas-Rhin était le département le plus touché, avec environ 43 % de ses stations concernées. Le Premier ministre a annoncé le 7 octobre la mise à disposition de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques sur trois mois, dans le cadre d’une décision du G7. La grève ajoute une contrainte à une chaîne logistique qui repose sur un nombre limité de raffineries.
Ce que la grève ne permet pas encore de conclure
L’ampleur réelle du mouvement reste discutée. L’écart entre les chiffres de la CGT et ceux de la direction, sur le taux de grévistes comme sur le nombre de stations fermées, interdit de tenir pour établi le scénario le plus fort. L’effet sur la distribution dépend de la participation effective et de la durée du mouvement, qui pourrait être reconduit selon les négociations. Une station fermée pour rupture de carburant, comme à Sarry, n’est pas nécessairement un effet de la grève.
L’avance de 1 000 euros est une décision de l’entreprise, annoncée avant le mouvement et destinée à apaiser les tensions salariales ; son interprétation oppose le syndicat et la direction. Enfin, la ponction sur les stocks stratégiques est une décision du gouvernement, distincte du conflit social, même si les deux se produisent la même semaine.
À retenir
- La CGT a maintenu un appel à la grève de vingt-quatre heures, jeudi 8 octobre 2026, sur l’ensemble des sites français de TotalEnergies.
- Les expéditions de carburants étaient bloquées dans les raffineries de Normandie, de Donges et à la bio-raffinerie de La Mède ; la direction conteste l’ampleur du mouvement, avec moins de 2 % de grévistes selon elle et plus de 50 % sur les sites bloqués selon le syndicat.
- La CGT annonce 27 stations Argedis fermées, la direction onze, sur environ 3 300 stations dans toute la France.
- Le syndicat réclame 200 euros d’augmentation mensuelle, un minimum de base à 1,2 fois le SMIC et des embauches ; la direction a versé une avance de 1 000 euros sur la prime annuelle.
- Le conflit survient alors que l’approvisionnement est tendu et que le gouvernement a annoncé le 7 octobre une ponction de 10 millions de barils de gazole sur les stocks stratégiques.
À lire aussi
- Carburants et électricité : ce que le gouvernement peut réellement promettre cet hiver
- Carburants : une station sur six en rupture, neuf sur dix chez TotalEnergies
- Gazole : sous la menace d’un embargo américain, l’Europe refuse de puiser dans ses réserves
- Superprofits pétroliers : la France se dit « prête » à une taxe européenne
Question aux lecteurs
Face à la grève chez TotalEnergies, quelle priorité vous paraît la plus juste ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.
Pour aller plus loin
- franceinfo, « Les expéditions de carburants bloquées dans plusieurs raffineries » (8 octobre 2026)
- Les Échos, « TotalEnergies : appel à la grève de la CGT » (8 octobre 2026)
- Le Parisien, « La CGT appelle à la grève tous les salariés de TotalEnergies » (8 octobre 2026)
- Libération, « Les salariés de TotalEnergies appelés à la grève ce jeudi » (8 octobre 2026)
- prix-carburants.gouv.fr, données officielles sur les prix et les ruptures en stations
Méthode : le fait central, l’appel de la CGT à une grève de vingt-quatre heures le 8 octobre 2026 et le blocage des expéditions de carburants dans plusieurs raffineries, est établi par la revendication du syndicat et par des origines éditoriales distinctes, dont l’AFP, franceinfo, Les Échos, Libération, Le Parisien et TF1 Info le même jour. Les reprises d’une même dépêche comptent pour une seule origine. Les chiffres de participation, de stations fermées et de bénéfices sont attribués à l’auteur qui les avance. Réserves : l’ampleur du mouvement est disputée entre le syndicat et la direction, l’effet réel sur la distribution dépend de la participation et de la durée, une fermeture de station pour rupture de carburant n’est pas nécessairement liée à la grève, et la ponction sur les stocks stratégiques est une décision gouvernementale distincte.



