Un lycéen de 16 ans a été grièvement blessé à l’œil, mercredi 30 septembre, devant le lycée Balzac à Tours, en marge d’un blocus. La procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard, a annoncé avoir saisi l’IGPN et, en soirée, que ses lésions sont « compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD ». Or « compatible » ne signifie pas « causé par ». Voici ce que les pièces permettent d’établir, ce que le code impose déjà, et pourquoi la police des polices a ouvert trois enquêtes en une seule journée.
Un adolescent, un œil, deux hypothèses
Les faits connus sont circonscrits. Mercredi matin, dans le centre de Tours, un adolescent de 16 ans a été blessé à hauteur de la rue d’Entraigues, à proximité du lycée Balzac, alors que des élèves bloquaient l’entrée de l’établissement avec des barrières et des poubelles. Pris en charge par les secours, il a été transporté aux urgences du CHU de Tours, puis au service d’ophtalmologie de l’hôpital Bretonneau, selon La Nouvelle République. Une vidéo le montrant assis au sol, le contour de l’œil ensanglanté, a circulé sur les réseaux sociaux.
Deux lectures s’affrontent sur l’origine de la blessure. Plusieurs témoins évoquent un tir de LBD ; des témoins présents sur place, cités par La Nouvelle République, évoquent aussi une chute contre un horodateur. La préfecture d’Indre-et-Loire ne confirme pas la piste policière et rappelle que les forces de l’ordre étaient intervenues avec les pompiers pour mettre fin à plusieurs incendies et qu’elles avaient été prises à partie, notamment par des jets de projectiles et des tirs de mortiers d’artifice. « Reste à identifier ce qui a causé cette blessure », a déclaré son directeur de cabinet, Pierre-Ange Savelli, en précisant la suite : si la blessure résulte bien d’un tir de LBD, il faudra « déterminer s’il a été utilisé conformément aux règles fixées par le code de la sécurité intérieure ».
Six personnes avaient été interpellées la veille pour des jets de projectiles sur les forces de l’ordre, a indiqué la procureure ; deux d’entre elles, mineures, sont convoquées avec leurs parents devant le juge des enfants et seront jugées en novembre. Mercredi, un feu de poubelle près du lycée Paul-Louis-Courier a provoqué une fuite de gaz enflammé, entraînant l’évacuation de l’établissement et la mise en place d’un périmètre de sécurité de 150 mètres.
« Compatibles » : ce que le mot dit, et ce qu’il ne dit pas
Le vocabulaire du parquet est précis, et souvent mal lu. « Les lésions à l’œil sont compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD », a écrit la procureure mercredi soir. Cela signifie que les examens médicaux et médico-légaux, réalisés dans l’après-midi, n’excluent pas cette cause et la rendent plausible. Cela n’établit ni qu’un tir a eu lieu, ni l’arme employée, ni l’agent qui l’aurait employée, ni l’intention, ni même la faute. Une lésion « compatible » avec un projectile de 40 mm peut avoir une autre origine, ce qui explique l’importance prêtée à l’hypothèse de l’horodateur et à la reconstitution sur place.
La procureure a donc saisi l’Inspection générale de la police nationale « pour enquête ». Les vérifications reposeront sur trois séries d’éléments : les déclarations des policiers concernés, les images de leurs caméras-piétons, qui étaient allumées selon la préfecture, et les témoignages des personnes présentes. La victime, encore hospitalisée, « sera entendue ultérieurement ».
Une précaution s’impose, y compris du côté des bonnes intentions. Le jour même, devant les lycéens, l’adjoint au maire de Tours Pierre Jouan (Parti communiste) a affirmé qu’un jeune « a perdu un œil », avant d’admettre auprès de La Nouvelle République qu’il n’était pas en mesure de le confirmer. À cette heure, aucun élément public ne permet de trancher sur l’état exact de la victime ni sur la cause du choc. Le maire écologiste de Tours, Emmanuel Denis, a appelé au calme et demandé « que toute la lumière soit faite ».
Trois enquêtes de l’IGPN en une seule journée
Le cas de Tours n’est pas isolé. Lundi 28 septembre, un lycéen de 14 ans avait été blessé au visage aux abords du lycée professionnel Château d’Epluches, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), par un projectile tiré par un policier selon le parquet de Pontoise. Là aussi, une enquête de l’IGPN a été ouverte, une seconde porte sur des violences que le mineur aurait commises sur un agent, et la famille a annoncé son intention de porter plainte. Mercredi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué que l’IGPN avait été saisie de trois enquêtes de ce type dans la même journée, tout en estimant que les forces de l’ordre étaient intervenues « avec beaucoup de proportionnalité ».
La « police des polices » instruit deux types de dossiers. Les enquêtes administratives visent la discipline des agents, sous l’autorité du directeur général de la police nationale ; les enquêtes judiciaires sont conduites sur commission rogatoire ou à la demande du parquet et peuvent mener à des poursuites pénales. Une saisine n’est ni une mise en cause ni une condamnation : elle ouvre une procédure. La durée de ces procédures, et la difficulté à établir qui a tiré lorsque les comptes rendus d’intervention sont imprécis, constituent un point régulièrement critiqué, y compris par le Défenseur des droits.
Ce que le code impose déjà
Le cadre juridique est général, et il est public. L’article R. 211-13 du code de la sécurité intérieure dispose que « l’emploi de la force par les représentants de la force publique n’est possible que si les circonstances le rendent absolument nécessaire au maintien de l’ordre public » et que « la force déployée doit être proportionnée au trouble à faire cesser et son emploi doit prendre fin lorsque celui-ci a cessé ». Le même article réserve l’usage des armes à feu à un ordre exprès d’une autorité habilitée à décider de l’emploi de la force. Le LBD n’est pas une arme à feu : c’est une arme de force intermédiaire, dont l’emploi détaillé relève du schéma national du maintien de l’ordre et des instructions internes.
La version en vigueur de ce schéma, arrêtée en décembre 2021 après une décision du Conseil d’État, maintient deux armes de force intermédiaire au maintien de l’ordre, la grenade lacrymogène GM2L et le lanceur de balles de défense de 40 mm, et prévoit, hors légitime défense, la présence d’un superviseur auprès des tireurs, avec traçabilité des usages. Elle affiche douze objectifs, dont un référent chargé d’appuyer les victimes auprès de chaque préfet. Ces règles n’ont pas clos le débat : en janvier 2019, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, avait demandé la suspension de l’usage du LBD au maintien de l’ordre, demande que le tribunal administratif de Paris avait refusée ; la même année, Amnesty International recensait 83 plaintes de manifestants blessés déposées auprès de l’IGPN et de l’IGGN. Une recension publiée en novembre 2019 faisait état de vingt-cinq blessures oculaires attribuées aux LBD en 2018, contre une en 2017 et deux en 2016.
Un mouvement qui dure, une concertation annoncée
La blessure de Tours intervient dans un mouvement lycéen parti la semaine dernière d’Île-de-France, autour des remplacements d’enseignants, des moyens et de l’état des établissements. Mardi 29 septembre, le ministère de l’éducation nationale recensait 338 établissements encore touchés en fin de journée, dont 45 bloqués, et 31 blessés parmi les élèves et les personnels ; le ministre de l’Intérieur comptait 440 interpellations, dont les deux tiers suivies de garde à vue. Le décompte ministériel a ensuite évolué : le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, a fait état de 76 blessés mercredi, puis de 119 en fin de journée. Cette instabilité des chiffres, entre les organisations lycéennes et l’administration, est en soi un élément du dossier.
L’Union syndicale lycéenne, qui revendique 400 établissements bloqués sur environ 3 700, et l’Union étudiante ont appelé à bloquer lycées et facultés ce jeudi 1er octobre, puis à une « grande manifestation » le mardi 6 octobre. Le gouvernement a répondu par une annonce : une « plateforme de concertation » ouverte le lundi 5 octobre, « à laquelle tous les lycéens pourront contribuer », avec une restitution nationale. Des députés de La France insoumise se sont affichés devant plusieurs lycées, promettant l’abrogation de Parcoursup ; le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a mis en garde contre une escalade.
À retenir
- Un lycéen de 16 ans a été grièvement blessé à l’œil mercredi 30 septembre devant le lycée Balzac, à Tours ; il a été transporté au CHU de Tours.
- La procureure de la République de Tours a saisi l’IGPN et indiqué que les lésions sont « compatibles » avec l’impact d’une balle de défense de type LBD. L’origine de la blessure n’est pas établie ; une hypothèse concurrente, un choc contre un horodateur, est évoquée par des témoins.
- Trois enquêtes de l’IGPN ont été ouvertes en une journée selon le ministre de l’Intérieur, dont celle de Tours et celle du Val-d’Oise, où un lycéen de 14 ans a été blessé le 28 septembre.
- Le code de la sécurité intérieure impose que la force ne soit employée que si les circonstances le rendent « absolument nécessaire » et qu’elle soit « proportionnée ». Le LBD 40 reste une arme de force intermédiaire, encadrée par le schéma national du maintien de l’ordre de décembre 2021.
- Le débat sur cette arme est ouvert depuis 2019 : le Défenseur des droits avait demandé sa suspension, la justice administrative avait refusé, et les blessures oculaires recensées en 2018 avaient fortement augmenté par rapport aux deux années précédentes.
- Le mouvement lycéen continue : blocages appelés ce jeudi 1er octobre, « grande manifestation » annoncée le 6 octobre, et « plateforme de concertation » promise par le gouvernement à partir du 5 octobre.
À lire aussi
- Blocus de lycées : ce que la circulaire du 26 septembre organise, et ce qu’elle ne règle pas : le cadre administratif de l’intervention dans les établissements, posé avant les faits de Tours.
- Présomption de légitime défense : ce que change réellement le texte sur les armes transmis au Sénat : la même question, du côté de la loi en préparation sur l’usage des armes.
- Loi Ripost : ce que le préfet peut décider sans juge depuis le 20 août : comment l’autorité administrative encadre déjà les occupations et les rassemblements.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- La Nouvelle République : suivi heure par heure de la blessure du lycée Balzac, à Tours
- franceinfo et ICI Touraine : les caméras-piétons des policiers vont être analysées
- Le Monde : l’IGPN saisie après un possible tir de LBD à Tours
- Légifrance : code de la sécurité intérieure, livre II, articles R. 211-1 à R. 288-3, dont l’article R. 211-13 sur l’emploi de la force
- Assemblée nationale : question écrite n° 17179 sur le schéma national du maintien de l’ordre et son évaluation
Le fait central, la blessure d’un lycéen de 16 ans devant le lycée Balzac à Tours le 30 septembre 2026 et l’ouverture d’une enquête de l’IGPN, s’appuie sur plusieurs origines distinctes : les annonces de la procureure de la République de Tours, reprises par Le Monde, franceinfo et ICI Touraine, Libération, Le Figaro, La Croix, Ouest-France, TF1 Info et BFM TV ; les précisions de la préfecture d’Indre-et-Loire et de son directeur de cabinet ; le suivi local de La Nouvelle République ; les déclarations du ministre de l’Intérieur sur les trois saisines de l’IGPN ; celles du ministre de l’éducation nationale sur le décompte des blessés ; et la pétition lycéenne demandant une enquête indépendante. Réserves : la cause de la blessure n’est pas déterminée à ce stade et un examen médico-légal ne conclut pas à l’origine d’un choc ; « compatible » n’équivaut pas à « causé par » ; aucun auteur, aucune arme et aucune faute ne sont établis ; les décomptes de blessés varient selon les sources et les heures, entre les ministères et les organisations lycéennes ; et si l’hypothèse d’un tir de LBD était confirmée, resterait à vérifier le respect des règles d’emploi, ce qui relève des enquêtes en cours et, le cas échéant, des tribunaux.




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