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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Sénatoriales 2026 : un Sénat renouvelé de moitié, un président élu jeudi et le budget 2027 en héritage

Sénatoriales 2026 : un Sénat renouvelé de moitié, un président élu jeudi et le budget 2027 en héritage
Sénatoriales 2026 : un Sénat renouvelé de moitié, un président élu jeudi et le budget 2027 en héritage

Quelque 93 000 grands électeurs, à 95 % des délégués des conseils municipaux désignés le 5 juin 2026 au lendemain des élections municipales de mars, ont renouvelé dimanche 27 septembre la moitié du Sénat. Le scrutin portait sur 178 sièges sur 348, dans 63 départements, plus six sièges représentant les Français établis hors de France. Le mandat des élus commence le 1er octobre.

Ce même jour, à 15 heures, le Sénat ainsi renouvelé élira son président. Le reste de ses instances suivra dans la semaine : le bureau et les bureaux des sept commissions permanentes seront constitués entre le 5 et le 7 octobre, selon le calendrier publié par le Palais du Luxembourg. Trois semaines plus tard, le projet de loi de finances pour 2027, attendu sur le bureau de l’Assemblée nationale le 30 septembre, engagera la navette parlementaire. Le renouvellement partiel de la chambre haute n’est donc pas une formalité de milieu de mandat : il détermine qui siègera dans les commissions qui examineront le budget et les textes de l’automne.

Un corps électoral d’élus locaux

Le Sénat n’est jamais renouvelé d’un bloc. Ses 348 sièges sont répartis en deux séries renouvelées en alternance tous les trois ans, pour un mandat de six ans. La série concernée cette année compte 178 sièges, soit un peu plus de la moitié de l’effectif.

Le mode de scrutin dépend de la taille de la circonscription : uninominal majoritaire à deux tours là où un ou deux sièges sont à pourvoir, proportionnel de liste à partir de trois sièges. Le corps électoral est majoritairement composé d’élus locaux : les délégués des conseils municipaux forment environ 95 % des votants, auxquels s’ajoutent les conseillers départementaux, les conseillers régionaux, les députés et les sénateurs sortants du département. Le vote est obligatoire, l’abstention étant passible d’une amende de 100 euros au titre de l’article L. 318 du code électoral, ce qui explique une participation quasi complète.

Il en résulte un avantage structurel pour la droite et le centre, qui dirigent le Sénat presque sans discontinuer depuis le début de la Ve République : les communes rurales et les villes moyennes y pèsent davantage que dans un scrutin au suffrage universel direct. Ce renouvellement est aussi la traduction différée des élections municipales de mars 2026, dont les conseils municipaux ont désigné leurs délégués le 5 juin. L’Île-de-France, le Nord et le Pas-de-Calais, notamment, ne voteront qu’en 2029.

Une précaution de vocabulaire s’impose. Les nuances politiques des candidats sont attribuées par le ministère de l’Intérieur, selon une circulaire du 23 août 2026. Les groupes du Sénat se déclarent séparément, au plus tard le 5 octobre. Une nuance n’est pas un groupe, et rien ne permet de déduire le second de la première.

Ce que chaque groupe remet en jeu

Selon le décompte publié par Le Monde le jour du scrutin, les Républicains, première force de la chambre avec 131 membres, remettaient en jeu 77 de leurs sièges et anticipent une perte allant de trois à dix sièges. Le groupe Union centriste, avec 59 membres, présentait 30 sortants et devrait rester stable. Les socialistes, deuxièmes avec 64 membres, défendaient 31 sièges : au-dessous de soixante sénateurs, ils perdraient la saisine autonome du Conseil constitutionnel dont ils disposent aujourd’hui. Le groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste-Kanaky ne comptait que quatre sortants sur 18 membres et sera donc au moins quatorze. Les écologistes, avec 16 membres et sept sortants, pouvaient en revanche tomber sous la barre des dix, seuil d’existence d’un groupe.

Trois autres formations comptent au centre et au centre droit : le Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (19 membres, 11 sortants), Les Indépendants – République et territoires (20 membres, 9 sortants) et le Rassemblement démocratique et social européen (16 membres, la moitié renouvelée). L’enjeu le plus commenté concerne le Rassemblement national : avec trois sénateurs, il lui faut dix élus pour constituer un groupe, objectif qu’il visait dans le Var, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes. La France insoumise espérait faire son entrée au Palais du Luxembourg.

Une majorité de droite et du centre n’apparaissait pas menacée. Les variables sont ailleurs : dans le poids respectif de LR et de l’Union centriste au sein de cette majorité, dans l’existence ou non d’un groupe d’extrême droite et dans le sort du groupe écologiste.

Les premiers résultats du matin

Dans les plus petits départements, où le scrutin est majoritaire, les sièges ont commencé à être pourvus dès la mi-journée. Deux présidents de groupe sortants ont été réélus dès le premier tour, selon les résultats officiels rapportés par Le Monde : Mathieu Darnaud, qui dirige le groupe majoritaire, a obtenu près de 62 % des voix en Ardèche, où sa colistière Anne Ventalon (LR) a également été réélue ; dans l’Allier, Claude Malhuret (Horizons), président du groupe Les Indépendants, a été réélu avec près de 67 % des voix.

Dans les départements les plus peuplés, où le scrutin est proportionnel de liste, les résultats étaient attendus après la fermeture des bureaux, prévue à 17 h 30. Le Sénat organisait pour sa part une soirée électorale de 17 heures à 23 heures.

Du 1er au 7 octobre : la machine se remet en marche

Le calendrier de renouvellement des instances, publié par le Sénat, fixe des rendez-vous précis. Jeudi 1er octobre, à 15 heures : installation du bureau d’âge, ouverture de la session ordinaire 2026-2027, allocution du président d’âge, puis scrutin secret à la tribune pour l’élection du président du Sénat. La séance fixera le calendrier de la suite.

Lundi 5 octobre, avant 16 heures : remise des listes des membres des groupes, des déclarations politiques et des déclarations comme groupe minoritaire ou d’opposition. Mardi 6 octobre : les présidents de groupe arrêtent le matin les listes de candidats aux fonctions de vice-président, questeur et secrétaire ; le bureau définitif est proclamé à 14 h 30 ; la répartition des sièges des commissions est arrêtée dans la foulée et les candidatures aux sept commissions permanentes sont déposées avant 16 h 45. Mercredi 7 octobre, à partir de 9 heures : les bureaux des commissions se constituent, en commençant par la commission des finances, puis la commission spéciale chargée du contrôle des comptes et de l’évaluation interne.

Deux enjeux de fond se nouent dans ces trois jours. Le premier est la présidence du Sénat : elle est le deuxième personnage de l’État et, en cas de vacance de la présidence de la République, elle en assure l’intérim, comme le prévoit l’article 7 de la Constitution. Le président sortant, Gérard Larcher (LR, Yvelines), dont le siège n’était pas remis en jeu cette année, a annoncé sa candidature à un nouveau mandat de trois ans. Une candidature annoncée n’est pas une élection : le scrutin du 1er octobre est secret. Le second enjeu est la composition des commissions, qui détermine qui rapportera le budget et les textes suivants. Le bureau du Sénat, élu pour trois ans après chaque élection sénatoriale, compte 26 membres : le président, huit vice-présidents, trois questeurs et quatorze secrétaires.

Un budget et des textes déjà inscrits

Le projet de loi de finances pour 2027 doit être déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale le 30 septembre, la session ordinaire s’ouvrant le 1er octobre et s’achevant cette année le 28 février 2027, la campagne présidentielle écourtant les travaux. La discussion de la première partie est programmée du 12 au 19 octobre, avec un vote solennel le 20 octobre, et le vote sur l’ensemble du texte le 17 novembre ; le Sénat examinera ensuite le texte, dans le délai de vingt jours prévu par le calendrier, à l’intérieur des soixante-dix jours que l’article 47 de la Constitution accorde au Parlement, au-delà desquels le Gouvernement peut mettre le texte en vigueur par ordonnance.

Le Sénat a arrêté dès le 8 juillet 2026 son calendrier d’octobre à décembre. Plusieurs propositions de loi figuraient déjà à l’ordre du jour, avec des délais d’amendement les 6 et 12 octobre : la dérogation à la participation minimale pour la maîtrise d’ouvrage des communes rurales (n° 422), la révision du dispositif des stocks de sécurité des médicaments (n° 610), le développement de la médecine nucléaire thérapeutique en oncologie (n° 527), la modernisation de la radio (n° 743) et le texte adopté par l’Assemblée nationale sur l’équilibre des rapports locatifs (n° 217). La commission spéciale sur le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité doit par ailleurs être constituée le 7 octobre.

Le Sénat ne peut pas renverser le Gouvernement et doit s’incliner devant l’Assemblée nationale en cas de désaccord durable. Ces limites n’annulent pas son poids sur les textes : la chambre haute peut modifier, retarder et contraindre la négociation, en particulier sur les budgets. Le projet de loi de finances pour 2026, rejeté en première lecture à l’Assemblée nationale le 21 novembre 2025, n’avait été adopté définitivement que le 2 février 2026, après l’échec de la commission mixte paritaire de décembre.

Ce que les pièces ne disent pas

Cinq limites doivent être signalées. Les résultats des départements à scrutin proportionnel n’étaient pas connus à l’heure de la rédaction : seuls les sièges pourvus au premier tour dans les circonscriptions uninominales et quelques résultats de présidents de groupe sortants sont constatés. Les pertes annoncées, notamment les trois à dix sièges du groupe LR, sont des anticipations de campagne rapportées par la presse, et non des résultats proclamés. La composition des groupes ne sera connue qu’après les déclarations du 5 octobre. Le résultat de l’élection du président du Sénat n’est pas connu, et la candidature de Gérard Larcher est une déclaration. Enfin, les décomptes du corps électoral varient légèrement selon les publications, de 93 469 votants selon les chiffres officiels repris par Vie publique à « plus de 93 000 » selon Le Monde : les ordres de grandeur sont proches, la précision du chiffre dépend du décompte retenu.

Un renouvellement par moitié ne peut pas, par construction, faire basculer la chambre. La continuité d’une majorité de droite et du centre ne signifie pas que rien ne bouge : les équilibres internes entre LR, l’Union centriste et les autres groupes, la taille du groupe écologiste et l’existence éventuelle d’un groupe d’extrême droite se jouent précisément dans ce scrutin, avant la présidentielle de 2027.

À retenir

  • 178 des 348 sièges du Sénat ont été renouvelés le dimanche 27 septembre 2026, dans 63 départements et pour six sièges des Français établis hors de France ; le mandat des élus commence le 1er octobre.
  • Le corps électoral est composé à environ 95 % de délégués des conseils municipaux, désignés le 5 juin 2026 après les élections municipales de mars, ce qui prolonge le poids des communes rurales et des villes moyennes.
  • Le Sénat renouvelé élit son président le jeudi 1er octobre à 15 heures, puis son bureau le 6 octobre et les bureaux de ses sept commissions permanentes le 7 octobre ; la présidence du Sénat est le deuxième personnage de l’État et assure l’intérim en cas de vacance de la présidence de la République.
  • Le groupe LR, avec 131 membres dont 77 remis en jeu, anticipe une perte de trois à dix sièges ; les socialistes, avec 64 membres dont 31 sortants, cherchent à rester au-dessus de soixante pour conserver seuls la saisine du Conseil constitutionnel ; le Rassemblement national, avec trois sénateurs, a besoin de dix élus pour former un groupe.
  • Le projet de loi de finances pour 2027 est attendu le 30 septembre, pour une première lecture à l’Assemblée nationale en octobre et novembre, puis un examen par le Sénat, qui a déjà inscrit plusieurs propositions de loi avec des délais d’amendement les 6 et 12 octobre.

Question aux lecteurs

Le Sénat renouvelé entrera en fonction deux jours avant que le budget 2027 ne soit déposé. Selon vous, quel rôle la chambre haute doit-elle y tenir ? Trois réponses sont proposées ci-dessous. Ce sondage n’a aucune valeur représentative et ne prétend pas mesurer l’opinion des Français.

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