L’Union européenne a ajouté, jeudi 24 septembre, la chroniqueuse russe Xenia Fedorova à la liste des personnes sanctionnées « eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie ». Ancienne dirigeante de RT France, devenue figure des médias du groupe Bolloré — CNews, Europe 1, l’hebdomadaire JDNews —, elle était déjà visée en France par un arrêté d’expulsion et un gel de ses avoirs, décidés cet été. La sanction européenne — gel des avoirs et interdiction de voyager dans l’Union — a été portée par Paris avec l’Allemagne.
Une sanction européenne dans le prolongement de la France
La décision, publiée au Journal officiel de l’Union européenne, reproche à Xenia Fedorova de « jouer un rôle actif dans la diffusion de discours pro-russes en France et dans l’Union, dans le contexte de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine ». Elle la présente comme une « personnalité médiatique russe et ancienne cadre supérieure de Russia Today France ».
« La France, comme l’Union européenne, continuera d’entraver les activités de déstabilisation menées par la Russie sur notre sol », s’est félicité sur X le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Selon le Quai d’Orsay, la demande de sanction européenne a été portée conjointement avec l’Allemagne.
Qui est Xenia Fedorova, et que lui reproche la France ?
Âgée de 45 ans, Xenia Fedorova a dirigé la version française de la chaîne d’État russe RT, fermée sur le territoire français. Elle intervient depuis comme chroniqueuse sur CNews et Europe 1, et signe dans l’hebdomadaire JDNews, trois médias du groupe Bolloré.
La France l’a visée la première, dès la fin juillet. Le ministère de l’Intérieur lui a remis un arrêté d’expulsion, tandis que le ministère de l’Économie gelait ses avoirs. L’arrêté ministériel estime que son « comportement » « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et qu’elle « s’inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes ». Le tribunal administratif de Paris a rejeté, en août, deux recours en référé-suspension contre cette expulsion. Xenia Fedorova se trouve désormais à l’étranger.
La tension avec la liberté d’expression
Cette sanction se distingue des précédentes : elle vise une personnalité médiatique pour ses propos, et non pour des actes d’espionnage ou des transactions économiques. C’est là que se situe la principale objection. Le débat a été ouvert dès cet été par une tribune au Figaro du juriste Jean-Éric Schoettl, intitulée « Expulsion de Xenia Fedorova, liberté d’expression et règles de droit ».
La question de fond est simple à formuler, plus délicate à trancher : où s’arrête la lutte légitime contre l’ingérence étrangère et où commence la restriction de la liberté d’expression ? Les qualifications d’« agent d’influence » ou de « voix du Kremlin » relèvent d’une appréciation administrative et politique ; elles ne résultent d’aucune condamnation pénale. La sanction européenne, décidée par les Vingt-Sept, est une mesure administrative de gel des avoirs et d’interdiction de séjour, pas une peine prononcée par un juge.
Autre singularité du dossier : la personne visée continue de disposer d’une tribune. Début septembre, CNews a annoncé son prochain retour à l’antenne, « en visio », à distance. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a alors menacé la chaîne de « sanctions pénales », y voyant un « contournement » des mesures prises par l’État.
À retenir
- L’Union européenne a ajouté Xenia Fedorova à sa liste de sanctions le 24 septembre : gel des avoirs et interdiction de voyager dans l’UE.
- La France avait agi la première (expulsion et gel des avoirs fin juillet) ; la demande européenne a été portée avec l’Allemagne.
- Elle est accusée d’être un « relais des campagnes de désinformation » russes — une appréciation administrative, sans condamnation pénale.
- La sanction vise des propos, ce qui pose la question de l’équilibre entre lutte contre l’ingérence et liberté d’expression.
Question aux lecteurs
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Pour aller plus loin
- Journal officiel de l’Union européenne — décision de sanction
- Légifrance — arrêté de gel des avoirs
- Le Figaro — Hugues Maillot, 24 septembre 2026
- franceinfo — 24 septembre 2026
La décision de sanction provient du Journal officiel de l’Union européenne (avis publié le 24 septembre 2026) ; elle consiste en un gel des avoirs et une interdiction de voyager dans l’Union. L’arrêté français de gel des avoirs est consultable sur Légifrance ; l’arrêté d’expulsion relève du ministère de l’Intérieur. Les qualifications d’« agent d’influence », de « voix du Kremlin » ou de « relais de la désinformation » sont des appréciations des autorités françaises et européennes, reprises par les médias ; elles ne résultent d’aucune condamnation pénale. Le débat sur la liberté d’expression est notamment porté par une tribune de Jean-Éric Schoettl au Figaro (fin juillet 2026). Les recours au fond contre l’expulsion restent possibles à ce jour.



