La France bloque le renouvellement des sanctions européennes contre la Russie pour obtenir le retrait de l’oligarque Alicher Ousmanov de la liste noire, invoquant de simples « raisons de sécurité nationale ». À défaut d’accord d’ici mardi minuit, les quelque 3 000 sanctions individuelles visant des personnes et entités accusées de soutenir la guerre en Ukraine pourraient être levées.
Un veto français qui a pris les Européens de court
Le régime de sanctions de l’Union européenne, qui cible quelque 3 000 individus et entités accusés de favoriser l’effort de guerre contre l’Ukraine, doit être renouvelé tous les six mois. Cette fois, la date butoir — déjà repoussée une fois — est fixée à minuit dans la nuit de mardi à mercredi. Faute d’accord, toutes ces sanctions seraient levées.
Or, lors des réunions des représentants des 27 à Bruxelles, la France a demandé qu’Alicher Ousmanov soit retiré de la liste, invoquant des « raisons de sécurité nationale » sans plus d’explication, selon plusieurs diplomates européens. Ce veto a, de l’aveu des mêmes sources, pris de court les diplomates européens.
La position de Paris se conjugue à celle de la Slovaquie, qui réclame de longue date la radiation d’Ousmanov et d’un second oligarque, Mikhaïl Fridman. Le Luxembourg a, de son côté, demandé le retrait de Fridman dans le cas où les 27 accepteraient celui d’Ousmanov.
La contradiction entre la posture affichée et l’acte
La France se défend de vouloir empêcher un accord, affirmant être « un des pays les plus engagés pour renforcer la pression, par tous les moyens, sur l’appareil de guerre russe ainsi que pour soutenir l’Ukraine ». C’est précisément là que réside la tension : l’acte — bloquer le renouvellement d’un régime de sanctions pour épargner un oligarque — contredit la posture — être à l’avant-garde de la fermeté.
La divergence n’est pas que de forme. L’oligarque est décrit par le Journal officiel de l’UE comme un « oligarque pro-Kremlin » qui « a soutenu activement, matériellement ou financièrement, les décideurs russes responsables de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine ». Sanctionné depuis 2022, il a vu son yacht Dilbar, l’un des plus grands du monde, saisi par l’Allemagne, et plusieurs de ses biens perquisitionnés, notamment en Bavière, à Monaco, à Londres et en Sardaigne.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’était alarmé la semaine dernière de la situation : ce n’est « certainement pas le moment de lever les sanctions », de « sauver les oligarques russes des sanctions » ni de « faire des cadeaux à la Russie ».
Ce que Paris ne dit pas : le dossier Azerbaïdjan
Selon le Financial Times, la pression française s’inscrit dans un accord de libération de prisonniers impliquant plusieurs citoyens français détenus en Azerbaïdjan. Ousmanov, milliardaire russo-ouzbek, est un homme d’affaires influent et proche des milieux d’affaires de Bakou, où il a multiplié les investissements.
Ce lien n’est pas confirmé officiellement par Paris, qui s’en tient à la formule : « nous avons une question spécifique de sécurité nationale et souhaitons répondre positivement à nos partenaires internationaux qui nous démarchent au sujet de M. Ousmanov ». Il n’en éclaire pas moins la logique d’un arbitrage où l’intérêt français immédiat — libérer des ressortissants — se paie d’un affaiblissement du front commun européen.
À défaut d’accord, 3 000 sanctions levées
La conséquence concrète est considérable : si les 27 ne s’accordent pas, l’intégralité du régime de sanctions individuelles contre la Russie tombe, gel des avoirs et interdictions de visa compris. Pour réduire ce risque, la présidence irlandaise du Conseil a proposé d’étendre le délai de renouvellement de six à 36 mois.
« Les consultations vont se poursuivre et de nouvelles discussions devraient avoir lieu », a déclaré un porte-parole de l’Irlande, ajoutant que ce renouvellement est « essentiel pour continuer à saper la machine de guerre russe ».
À retenir
- La France bloque le renouvellement des sanctions européennes contre la Russie (3 000 personnes et entités) pour obtenir le retrait de l’oligarque Alicher Ousmanov.
- Paris invoque des « raisons de sécurité nationale », sans plus d’explication ; la Slovaquie (et le Luxembourg, conditionnellement) s’y associent.
- Selon le Financial Times, la manœuvre s’inscrit dans un accord de libération de Français détenus en Azerbaïdjan — non confirmé officiellement.
- À défaut d’accord d’ici mardi minuit, toutes les sanctions individuelles seraient levées.
- La position contredit la rhétorique française de fermeté face à la Russie.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- L’UE cherche désespérément un accord pour renouveler des sanctions contre la Russie — Le Devoir (AFP)
- Alicher Ousmanov, l’oligarque que la France refuse de sanctionner pour négocier une libération de prisonniers — BFMTV
- L’UE cherche un accord pour renouveler les sanctions contre la Russie, et il y a urgence — 20 Minutes
- La France rejoint la Slovaquie pour demander le retrait d’Alicher Ousmanov — Euronews
Les faits (demande française de retrait d’Ousmanov, date butoir, blocage des négociations, proposition irlandaise des 36 mois) proviennent pour l’essentiel de sources diplomatiques européennes anonymes, reprises par l’AFP et par plusieurs rédactions distinctes ; la France n’a pas détaillé publiquement ses « raisons de sécurité nationale ». Le lien avec une libération de prisonniers en Azerbaïdjan est une information du Financial Times, non confirmée officiellement. Les citations (porte-parole irlandais, source diplomatique française, Zelensky) sont des déclarations attribuées à leurs auteurs. Le nombre de 3 000 personnes et entités sanctionnées est celui communiqué par les institutions européennes. La description d’Ousmanov comme « oligarque pro-Kremlin » est celle du Journal officiel de l’Union européenne.



