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De la surface des faits à la profondeur des idées

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« Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie » : la phrase de Macron à l’ONU qui enflamme Israël

« Le Hamas n'a jamais sévi en Cisjordanie » : la phrase de Macron à l'ONU qui enflamme Israël
« Le Hamas n'a jamais sévi en Cisjordanie » : la phrase de Macron à l'ONU qui enflamme Israël

À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, Emmanuel Macron a affirmé que « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie ». La riposte israélienne a été immédiate : Benyamin Netanyahu dénonce une « absurdité grotesque » et rappelle l’assassinat, deux jours plus tôt, d’un père de famille franco-israélien. Paris, de son côté, plaide le malentendu de traduction.

Ce que Macron a dit exactement

Mardi 22 septembre, à New York, Emmanuel Macron a prononcé ce qu’il présente lui-même comme son dernier discours devant l’Assemblée générale avant la fin de son mandat, en mai 2027. Après avoir décrit la situation à Gaza comme un « spectacle qui nous fait honte à tous », le président français a dénoncé les « violations » commises, selon lui, « chaque jour » en Cisjordanie.

Puis est venue la phrase qui a mis le feu aux poudres : « Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. » L’interprète de l’ONU l’a rendue en anglais par « Hamas was never very active in the West Bank » (« le Hamas n’a jamais été très actif en Cisjordanie »).

La riposte d’Israël, et le nom de Netanel Shukrun

La réplique n’a pas tardé. Dans un communiqué, le bureau du Premier ministre israélien a jugé « l’absurdité grotesque de la déclaration d’Emmanuel Macron » « stupéfiante ». Benyamin Netanyahu a rappelé un fait précis : dimanche 21 septembre, à la veille de Yom Kippour, Netanel Shukrun, père de six enfants et citoyen franco-israélien, a été tué par balles en Cisjordanie. Selon le chef du gouvernement israélien, son assassin appartenait au Hamas. « L’ignorance n’est pas une excuse pour effacer le sang versé », a-t-il tranché.

L’indignation a dépassé le seul gouvernement. L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, a parlé de « honte absolue » ; le ministre des Finances Bezalel Smotrich a accusé Emmanuel Macron de « mentir » ; dans l’opposition, l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot a jugé la déclaration « déconnectée du terrain ». Jusqu’à l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, qui a dit avoir du mal à « imaginer un discours plus déconnecté de la réalité ».

« Sévir » ou « gouverner » : le cœur de la querelle

Face à l’ampleur de la réaction, une source diplomatique française a expliqué au Jerusalem Post qu’il y avait eu un « malentendu » de traduction : selon elle, « sévir » signifierait ici « gouverner », et Emmanuel Macron aurait simplement voulu dire que le Hamas n’a jamais gouverné la Cisjordanie.

Cette explication se heurte pourtant au sens du mot. En français, « sévir » ne veut pas dire « gouverner » : il signifie s’exercer avec force et rigueur, faire des ravages — comme une épidémie qui sévit, ou une sécheresse qui sévit. La distinction n’est pas un détail de puriste : elle change entièrement le sens de la phrase. « Le Hamas n’a jamais gouverné la Cisjordanie » est une évidence institutionnelle (l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, y siège) ; « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie » est une affirmation contestée par Israël, qui dit déjouer régulièrement des cellules et des attentats du Hamas sur place.

Une relation franco-israélienne déjà au plus bas

L’épisode survient sur un terrain déjà très dégradé. Paris a porté l’an dernier, à la même tribune, une initiative de pays occidentaux visant à reconnaître un État palestinien ; la France a annoncé ce mois-ci, avec d’autres États, des restrictions commerciales visant les colonies israéliennes en Cisjordanie. Emmanuel Macron et Benyamin Netanyahu entretiennent de mauvaises relations personnelles.

Pour le lecteur français, l’enjeu est double : la portée des mots d’un président à la tribune de l’ONU, et la place d’un fait humain — la mort d’un citoyen franco-israélien — au centre d’une querelle diplomatique. La polémique ne porte pas seulement sur une phrase, mais sur la façon dont Paris décrit la réalité en Cisjordanie.

À retenir

  • À l’ONU, Emmanuel Macron a affirmé que « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie », phrase que l’interprète a rendue par « jamais très actif ».
  • Israël a riposté en rappelant la mort de Netanel Shukrun, père de six enfants et citoyen franco-israélien, tué le 21 septembre en Cisjordanie.
  • Paris plaide le « malentendu » et affirme que « sévir » signifiait « gouverner » ; or le verbe signifie en réalité « faire des ravages », pas « gouverner ».
  • La polémique tend un peu plus des relations franco-israéliennes déjà au plus bas, après la reconnaissance d’un État palestinien portée par Paris et les restrictions sur les colonies.

Question aux lecteurs

Comment interprétez-vous la phrase d’Emmanuel Macron sur le Hamas en Cisjordanie ?

Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.

Pour aller plus loin

Les faits — la phrase de Macron du 22 septembre, la riposte de Netanyahu et de son gouvernement, la mort de Netanel Shukrun le 21 septembre, la clarification diplomatique française — reposent sur des origines distinctes (Reuters, AFP, RFI/France Médias Monde, Le Monde, The Jerusalem Post, The Times of Israel). L’attribution de l’assassinat de Netanel Shukrun au Hamas est une déclaration de Benyamin Netanyahu, pas un fait établi par cette rédaction. Le sens exact que le président français voulait donner à « sévir » relève de l’interprétation : ce texte expose la phrase, la clarification, le sens usuel du verbe et les réactions, sans trancher l’intention.

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