Un compromis qui devait verrouiller trois ans de sanctions. Lundi après-midi, la présidence irlandaise de l’Union européenne avait arraché un accord de principe : retirer deux oligarques russes de la liste noire — Alisher Ousmanov, réclamé par la France, et Mikhaïl Fridman, par le Luxembourg — en échange d’un renouvellement du régime pour 36 mois au lieu de six. Lundi soir, un État membre a tout bloqué : la Lettonie. Le régime, qui vise près de 3 000 personnes et entités, reste en sursis.
Un accord de principe qui n’a pas survécu à la nuit
Les ambassadeurs des Vingt-Sept étaient parvenus, lundi après-midi, à un compromis : lever les sanctions visant les hommes d’affaires russes Alisher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, tout en prolongeant le régime européen pour une durée sans précédent de trois ans — contre six mois lors des renouvellements habituels. Mais l’accord, qui devait être confirmé à l’unanimité des vingt-sept États membres, n’a pas été entériné lundi soir : un pays, la Lettonie selon une source diplomatique, s’y est opposé, bloquant à nouveau l’ensemble. Les discussions devaient reprendre mardi matin.
La France et le Luxembourg, deux capitales, deux oligarques
La France réclame le retrait d’Alisher Ousmanov, homme d’affaires russo-ouzbek inscrit sur la liste depuis février 2022. Paris n’a pas expliqué publiquement ses raisons ; selon des sources citées notamment par le Financial Times, la France invoquerait des « raisons de sécurité nationale », sans confirmation officielle. Dans son sillage, le Luxembourg a demandé le retrait de Mikhaïl Fridman, l’un des principaux actionnaires du conglomérat Alfa Group.
Les sanctions européennes consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager sur le territoire des 27.
La réforme cachée : six mois ou trente-six ?
L’enjeu dépasse les deux noms. La présidence irlandaise proposait de prolonger le régime de sanctions pour 36 mois, une réforme de structure qui aurait évité de renégocier le dispositif tous les six mois — et donc de rejouer, deux fois par an, ce bras de fer à l’unanimité. Cette réforme, reléguée au second plan derrière la polémique des deux noms, est pourtant la question de fond : sans elle, le régime reste suspendu à un renouvellement semestriel fragile.
Un régime entier suspendu à la date butoir
Le régime vise près de 3 000 personnes et entités accusées de soutenir l’effort de guerre de la Russie contre l’Ukraine. Une prolongation temporaire de sept jours, adoptée la semaine dernière, maintient les mesures en vigueur jusqu’à mardi 22 septembre. Faute d’accord unanime, c’est l’ensemble de la liste noire qui retomberait.
Kallas, Kiev et Moscou : trois réactions opposées
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a exhorté les Vingt-Sept à maintenir les sanctions, « le cœur » de la politique européenne de pression sur Moscou, tout en annonçant la préparation d’un « nouveau paquet ». Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiga, a jugé le retrait des deux oligarques « inacceptable », estimant qu’il enverrait « un mauvais signal » à Moscou. À l’inverse, le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a réclamé en réponse la confiscation définitive des actifs d’entreprises européennes présentes en Russie.
À retenir
- Un accord de principe devait retirer Alisher Ousmanov et Mikhaïl Fridman de la liste noire, en échange d’un renouvellement de 36 mois.
- Il n’a pas été confirmé lundi soir : la Lettonie s’y serait opposée, bloquant l’ensemble à l’unanimité.
- Faute d’accord unanime, le régime de ~3 000 personnes et entités pourrait retomber à la date butoir du 22 septembre.
- La réforme de structure — passer de 6 à 36 mois — est l’enjeu de fond, masqué par la polémique des deux noms.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Pas d’accord sur la levée des sanctions contre deux oligarques — France 24
- « Les sanctions doivent continuer », plaide Kaja Kallas — The Guardian
- En direct, guerre en Ukraine — Le Monde
- Medvedev réclame la confiscation des actifs européens — La Dépêche du Midi
Les faits — absence de confirmation, lundi soir, de l’accord de principe visant à lever les sanctions contre Alisher Ousmanov et Mikhaïl Fridman ; blocage attribué à la Lettonie « selon une source diplomatique » ; décision à l’unanimité des 27 ; régime de près de 3 000 personnes et entités sous prolongation temporaire jusqu’au 22 septembre — reposent sur des sources distinctes (France 24 et agence AFP, Le Monde, The Guardian, dépêches d’agence). Les déclarations de Kaja Kallas, d’Andriy Sybiga et de Dmitri Medvedev sont des prises de position attribuées à leurs auteurs, non des faits établis. Le motif invoqué par la France (« raisons de sécurité nationale ») n’est pas confirmé officiellement, et le statut des négociations évolue rapidement.




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