Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a promis vendredi 2 octobre 2026, devant le congrès des sapeurs-pompiers, un milliard d’euros supplémentaires sur cinq ans pour les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). La somme ne figure pas dans une ligne budgétaire dédiée : elle repose sur un relèvement exceptionnel de la taxe sur les conventions d’assurances prévu par le projet de loi de finances pour 2027, soit 200 millions d’euros par an, dont le vote devra être reconduit chaque année. Les syndicats de pompiers professionnels parlent d’un « texte d’affichage » et les départements, premiers financeurs des SDIS, y voient un « trompe-l’œil ».
Ce qui a été annoncé
Le 132e congrès national des sapeurs-pompiers de France se tenait du 30 septembre au 3 octobre 2026 à La Roche-sur-Foron et à Annecy, en Haute-Savoie, sous l’intitulé « Mondial Secours et Protection ». C’est dans ce cadre que le ministre de l’Intérieur a pris la parole, vendredi, pour répondre à une colère qui court depuis le début de l’année.
Devant les congressistes, Laurent Nuñez a annoncé « un milliard d’euros de recettes nouvelles pour la sécurité civile » à l’échelle d’un quinquennat, soit 200 millions d’euros par an destinés aux SDIS. Il a précisé que le projet de loi de modernisation de la sécurité civile, en préparation, contiendrait « un article faisant explicitement apparaître les moyens » consacrés sur cinq ans. Il a aussi évoqué le doublement du nombre d’hélicoptères et d’avions légers loués pour la saison des feux 2027, et l’équipement de kits de lutte contre les incendies sur des avions militaires à partir de 2027.
Le ministre a également assuré qu’il « n’a jamais été question » d’ajouter la prise en charge des ivresses publiques manifestes aux missions des sapeurs-pompiers, une crainte exprimée par les organisations professionnelles.
D’où vient réellement l’argent
Le financement annoncé n’est pas une dotation nouvelle : c’est une recette fiscale. Le projet de loi de finances pour 2027, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, prévoit à son article 14 un relèvement de la taxe sur les conventions d’assurances (TSCA) de 18 % à 18,9 %, soit une hausse de 0,9 point. Cette taxe est due par les assureurs, sur les primes.
Elle ne frappe toutefois pas tous les contrats. Seules les assurances facultatives des véhicules terrestres à moteur sont concernées, pour celles dont l’échéance intervient à compter du 1er janvier 2027 : garanties vol, incendie ou bris de glace. La responsabilité civile obligatoire, le contrat « au tiers », reste hors du champ. Le rendement attendu est de 200 millions d’euros par an, fléchés vers les SDIS.
Le même projet de budget ajoute d’autres prélèvements sur les contrats d’assurance. Une contribution dite « émeutes » de 0,8 %, applicable aux assurances dommages (automobile et habitation), doit financer l’indemnisation des collectivités victimes de dégradations. La contribution au fonds de garantie des victimes du terrorisme, dite « taxe attentat », passe par ailleurs de 6,50 à 8,50 euros par contrat au 1er janvier 2027, en application d’un arrêté du 24 juillet 2026.
Plusieurs cabinets d’actuariat estiment que ces hausses se répercuteront sur les primes d’assurance automobile, avec des fourchettes allant de 3 % à 4,5 % selon les calculs, soit davantage que l’inflation. Ces estimations sont privées et ne figurent pas dans les textes budgétaires.
Un engagement à voter chaque année
La programmation sur cinq ans figure dans un projet de loi, non dans une loi adoptée. Le milliard d’euros n’est donc pas une autorisation budgétaire pluriannuelle : il correspond à cinq tranches annuelles de 200 millions, dont chacune dépend du vote de la loi de finances de l’année considérée. Le ministre l’a lui-même reconnu, en présentant une « mesure budgétaire qui devra néanmoins être votée chaque année ».
Xavier Boy, président du syndicat de pompiers professionnels FA/SPP-PATS, s’est montré réservé. Il a jugé l’orientation « politique intéressante », avant d’ajouter : « une annonce ne vaut pas engagement budgétaire pérenne. Nous jugerons sur les textes, les montants réellement inscrits et les sommes effectivement perçues par les SDIS. » D’autres organisations qualifient le projet de loi de « texte d’affichage » et ont entamé un mouvement de grève reconductible.
Ce que le même budget demande aux collectivités
La question du financement opposait l’État aux collectivités depuis des mois. Les SDIS, dont le budget cumulé dépasse 6 milliards d’euros, sont financés majoritairement par les départements, qui en assument près de 60 %. En juillet 2026, l’association Départements de France estimait que leurs moyens n’étaient « plus adaptés » et qu’ils avaient « atteint un point de rupture », alors que le mégafeu de Gironde a brûlé 42 000 hectares cet été, occasionnant 11 millions d’euros de dépenses imprévues pour le département.
Or le projet de loi de finances pour 2027 demande par ailleurs aux collectivités une contribution à l’effort budgétaire. Cette contribution, la CPEB, est chiffrée à 2,5 milliards d’euros, et les mesures d’économie sur les finances locales atteindraient plus de 5 milliards d’euros selon les associations d’élus. Un dispositif de « pactes capacitaires » entre l’État et les SDIS, doté de 150 millions d’euros, est prévu en complément du milliard annoncé. La Gazette des communes souligne que les départements dénoncent un « trompe-l’œil », l’effort qui leur est demandé venant contrebalancer l’aide annoncée.
Ce qui reste ouvert
Plusieurs limites encadrent la portée de l’annonce. Le projet de loi de finances n’est pas voté, et ses montants peuvent évoluer au Parlement ; le projet de loi de sécurité civile n’est pas davantage déposé dans sa version définitive. Le milliard d’euros est une addition de cinq recettes fiscales annuelles, et non une ressource garantie : aucun mécanisme ne contraindrait un budget futur à reconduire la hausse de la taxe sur les assurances. Enfin, la répartition exacte de cette recette supplémentaire entre l’État et les départements, comme son effet réel sur les primes des assurés, restent à documenter.
À retenir
- Vendredi 2 octobre 2026, le ministre de l’Intérieur a promis un milliard d’euros supplémentaires sur cinq ans pour les SDIS, soit 200 millions par an.
- Le financement repose sur un relèvement exceptionnel de la taxe sur les conventions d’assurances prévu par le projet de loi de finances pour 2027 : plus 0,9 point sur les assurances facultatives des véhicules, la responsabilité civile obligatoire étant épargnée.
- Il ne s’agit pas d’une autorisation pluriannuelle : chaque tranche annuelle dépend d’un vote de la loi de finances.
- Le même budget demande aux collectivités une contribution de 2,5 milliards d’euros (CPEB) et des économies sur les finances locales, alors que les départements financent la majorité des SDIS.
- Les syndicats de pompiers professionnels réclament des recrutements et jugent l’annonce insuffisante ; les estimations de répercussion sur les primes automobiles proviennent de cabinets privés.
À lire aussi
- Pompiers : trois jours de mobilisation à Paris, et un financement que le projet de loi a laissé ouvert
- Budget 2027 : 54 milliards pour un an, pas de trajectoire de désendettement
Question aux lecteurs
Le gouvernement promet un milliard d’euros sur cinq ans pour les SDIS, financé par une hausse de la taxe sur les assurances automobiles facultatives, avec un vote à reconduire chaque année, tandis que le même budget demande des économies aux collectivités. Quelle lecture vous paraît la plus juste ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non l’opinion de la population française.
Pour aller plus loin
- L’annonce du ministre au congrès, rapportée par l’AFP et Ouest-France
- Le financement des SDIS dans le PLF 2027 et la réaction des départements (La Gazette des communes)
- Les mesures budgétaires prévues après les incendies de l’été (LCP, Assemblée nationale)
- Le détail de l’article 14 du PLF sur la taxe d’assurance automobile
Méthode : fait central établi à partir d’origines distinctes (dépêche de l’Agence France-Presse du 2 octobre 2026, reprise par plusieurs rédactions dont Le Monde, Le Figaro, Ouest-France, Sud Ouest et franceinfo ; analyse budgétaire de LCP, chaîne de l’Assemblée nationale ; article 14 du projet de loi de finances pour 2027 et dossier de presse du Gouvernement ; déclarations syndicales de FA/SPP-PATS et des organisations professionnelles ; analyse de la Gazette des communes sur le financement des SDIS et la position des départements). Réserves et limites : les montants annoncés portent sur un projet de loi non voté ; le milliard d’euros est une programmation de recettes annuelles, non une autorisation pluriannuelle ; les estimations de hausse des primes proviennent de cabinets privés ; les chiffres de dépenses imprévues et de surfaces brûlées sont ceux communiqués par les collectivités et l’Office national des forêts.



