L’Union européenne mesure la pauvreté dans 243 régions. La plus touchée est française : la Guyane, avec 54,8 % de sa population concernée en 2025. Le chiffre ne tombe pas du ciel : le marché du travail guyanais occupe 42 % des 15-64 ans, contre 69 % dans l’Hexagone.
- Le record que personne ne revendique.
- Ce que mesure l’indicateur.
- Combien de personnes, et où en est la France.
- Le travail avant les aides.
- Ce que le chiffre ne dit pas.
Le record que personne ne revendique
Eurostat a publié le 16 octobre 2026 les taux régionaux de pauvreté ou d’exclusion sociale pour 2025. Dans l’Union, 92,7 millions de personnes sont concernées, soit 20,9 % de la population. La Guyane arrive en tête des 243 territoires mesurés, à 54,8 %, plus du double de la moyenne européenne.
Derrière : la Calabre (45,3 %), la Sicile (44,0 %), Melilla (43,7 %), puis La Réunion (42,3 %). Cinq régions dépassent le double de la moyenne européenne, dont trois françaises et ultramarines. Mayotte manque : aucune donnée.
Ce que mesure l’indicateur
Ce n’est pas le taux de pauvreté au sens du revenu. L’indicateur agrège trois situations : vivre sous le seuil de pauvreté monétaire, fixé à 60 % du revenu médian du pays ; subir une privation matérielle et sociale sévère, soit manquer d’au moins 7 éléments de la vie courante sur 13 ; vivre dans un ménage à très faible intensité de travail.
Eurostat publie aussi le taux monétaire seul : 50,7 % en Guyane, 36,4 % à La Réunion, 32,7 % en Guadeloupe, 25,2 % en Martinique, 23,6 % en Corse, 16,9 % en Île-de-France, 16,1 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les 4,1 points d’écart avec 54,8 % mesurent ce que la privation et le sous-emploi ajoutent au manque de revenu.
Combien de personnes, et où en est la France
La Guyane comptait 297 455 habitants au 1er janvier 2025, selon Eurostat. Appliqué à cette population, le taux de 54,8 % correspond à environ 163 000 personnes, et le taux monétaire de 50,7 % à environ 151 000. Ce sont nos calculs : Eurostat ne publie pas d’effectifs régionaux.
Pauvreté ou exclusion sociale en 2025, en % de la population
Huit régions françaises et la moyenne de l’Union. Plus la barre est longue, plus la part concernée est élevée.
Guyane : 54,8La Réunion : 42,3Guadeloupe : 38,4Martinique : 31,3Corse : 28,6Nord-Pas de Calais : 26,9Île-de-France : 20,9Bretagne : 14,870 000 habitants de Cayenne , et dans les fleuves qui ne portent plus les pirogues.
Le travail avant les aides
L’Insee a décrit le mécanisme en septembre 2025. En 2024, le taux d’emploi des 15-64 ans atteint 42 % en Guyane, contre 69 % dans l’Hexagone et 29 % à Mayotte. Le chômage au sens du Bureau international du travail monte à 17 %, 10 points au-dessus de la métropole. Plus d’un jeune sur trois n’est ni en emploi, ni en études, ni en formation : 34 %, contre 12 % au niveau national.
La durée aggrave tout : 4 chômeurs sur 10 le sont depuis au moins un an, et plus de la moitié n’ont jamais travaillé. Avec ceux qui cherchent sans être comptés, plus d’un Guyanais de 15 à 64 ans sur quatre est sans emploi tout en souhaitant travailler.
En 2018, dernière enquête détaillée, 50 % de la population vivait en privation matérielle et sociale, près de 135 000 personnes, et 70 % ne pouvaient faire face à une dépense imprévue de 1 000 euros, selon cette analyse de l’Insee. En métropole, 13 %.
Ce que le chiffre ne dit pas
Le seuil est relatif : il vaut 60 % du revenu médian du pays. Comparer des régions européennes mesure donc la répartition interne des revenus, pas le niveau de vie absolu. Mayotte manque, et avec un taux d’emploi de 29 % elle ferait probablement pire : le classement est incomplet par le bas.
La grille est ancienne : Eurostat découpe la France en 27 régions héritées d’avant 2016, où « Nord-Pas de Calais » et « Picardie » figurent séparément. Les comparaisons tiennent, les étiquettes non. L’indicateur ignore le coût local de la vie : la vie chère ultramarine, documentée en Martinique et à La Réunion, rend le même revenu moins utile qu’en métropole. Les 54,8 % sont un plancher.
À regarder : la frontière entre la Guyane et le Brésil, et l’économie qui s’y organise. La vidéo est antérieure à la publication d’Eurostat du 16 octobre 2026.
Un classement ne dit pas une fatalité, il dit une distribution. La Guyane n’est pas la région la plus pauvre d’Europe faute d’argent public : l’État y finance les routes, l’hôpital, l’école. Elle l’est parce que moins d’un adulte en âge de travailler y occupe un emploi. Les transferts empêchent la chute, ils ne fabriquent pas l’activité qui ferait sortir du seuil.
Je retiens l’ordre des causalités. On débat chaque année du montant des aides, jamais de ce qui produit sur place du travail rémunéré : l’orpaillage, le spatial, la pêche, le foncier, les normes de construction. Tant que la question est « combien recevons-nous ? », la réponse reste une dépendance. Celle qui déplace quelque chose est : qui décide de ce qui se produit ici, et à quelles conditions ?
Opinion de la maison, pas un fait.
- La Guyane est la région la plus touchée des 243 mesurées par Eurostat : 54,8 % de sa population en pauvreté ou exclusion sociale en 2025, contre 20,9 % pour l’Union.
- Le taux monétaire seul y est de 50,7 %, et 54,8 % de 297 455 habitants représentent environ 163 000 personnes.
- La cause première est l’emploi : 42 % des 15-64 ans en emploi contre 69 % en métropole, et 34 % des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation.



