L’assurance-vie a encaissé 15,4 milliards d’euros en septembre 2026. C’est le meilleur mois de septembre jamais enregistré. L’encours des contrats atteint 2 161 milliards d’euros. Mais la moitié de la hausse de l’année ne sort pas de la poche des épargnants : elle vient des marchés.
- Que disent les chiffres de septembre ?
- D’où viennent les 95 milliards ?
- Où va cet argent ?
- Pourquoi 39 % part sans garantie ?
- Combien le fisc prend, et quand ?
Que disent les chiffres de septembre ?
La fédération France Assureurs a publié ses chiffres le 29 octobre (communiqué). Les cotisations, l’argent versé sur les contrats, atteignent 15,4 milliards d’euros en septembre. C’est 2 % de plus qu’en septembre 2025.
Les prestations, c’est-à-dire les retraits et les rentes versées, montent à 11,3 milliards d’euros. Elles augmentent de 6 % sur un an.
Le solde des deux s’appelle la collecte nette : 4,1 milliards d’euros. Il recule légèrement, contre 4,3 milliards un an plus tôt.
Sur neuf mois, les versements atteignent 154,2 milliards d’euros. C’est le plus haut niveau depuis 2006 pour une période de janvier à septembre. Les retraits pèsent 106,6 milliards. Il reste 47,6 milliards.
L’encours, c’est-à-dire le total placé sur les contrats, atteint 2 161 milliards d’euros. Il progresse de 95 milliards en un an, soit 4,6 %.
Ce record surprend : au même moment, les ménages jugent le niveau de vie du pays au plus bas depuis 1972 (notre article du 27 octobre).
D’où viennent les 95 milliards ?
Ce ne sont pas 95 milliards de versements.
La collecte nette des neuf premiers mois explique 47,6 milliards. Le reste, environ 47 milliards, vient de la revalorisation des placements déjà détenus. Cours de Bourse, intérêts, obligations : ce qui était placé a pris de la valeur.
Le calcul se vérifie autrement. Fin septembre 2025, l’encours valait 2 066 milliards d’euros, soit 2 161 divisé par 1,046. Il a donc gagné 95 milliards en un an. Les versements nets en expliquent 47,6. Les 47,4 restants ne sont entrés par aucun virement.
Les 95 milliards de hausse, décomposés
En milliards d’euros, sur douze mois jusqu’à fin septembre 2026.
Versements nets des ménages (janvier à septembre)47,6
Revalorisation des placements déjà détenus (calcul)47,4
Argent verséEffet des marchés et des intérêts
Sources : communiqué France Assureurs du 29 octobre 2026. La répartition entre versements et revalorisation est un calcul, pas une donnée publiée.
Cette distinction compte. Un encours qui monte ne prouve pas que les Français épargnent davantage. Il dit aussi que les marchés ont monté, et un marché peut descendre. Une hausse d’encours n’est pas un revenu disponible.
Où va cet argent ?
France Assureurs donne la répartition de l’encours à fin décembre 2025. 64 % financent des entreprises : 25 % en actions, 34 % en obligations d’entreprise, 6 % en immobilier d’entreprise.
24 % sont placés en obligations d’État. C’est de la dette publique détenue par l’épargne des ménages.
Où va l’encours de 2 161 milliards
Répartition à fin décembre 2025, en pourcentage de l’encours, selon France Assureurs.
Obligations d’entreprise34 %
Actions25 %
Obligations d’État24 %
Immobilier d’entreprise6 %
Non détaillé dans le communiqué (calcul)11 %
Entreprises et immobilierDette publiqueNon détaillé
Source : France Assureurs, communiqué du 29 octobre 2026, allocation de l’encours à fin décembre 2025.
L’État prélève l’impôt, puis il emprunte. Il emprunte notamment à ceux qu’il taxe, par l’intermédiaire des assureurs. Il paie des intérêts sur cette dette. La France a emprunté 150 milliards en 2025 pour couvrir son déficit (notre article du 29 octobre).
L’épargne ne finance donc pas seulement les entreprises. Elle finance l’écart entre ce que l’État dépense et ce qu’il encaisse.
Rien n’est caché dans ce circuit. Mais plus l’encours grossit, plus l’État dépend d’épargnants dont il fixe les règles.
À regarder : une conférence du 5 mai 2026, antérieure aux chiffres de septembre. Charles Gave y défend une thèse libérale sur l’épargne détournée vers la dette publique. Le chiffre à garder, lui, est dans le communiqué : 24 % de l’encours en obligations d’État.
Pourquoi 39 % part sans garantie ?
Les unités de compte (UC) sont des placements en actions, en obligations ou en immobilier. Leur valeur peut baisser. Elle n’est pas garantie.
Elles ont représenté 37 % des versements de septembre. Depuis janvier, leur part atteint 39 %.
Les versements sur les UC progressent de 7 % en septembre. Ceux sur les fonds en euros, garantis en capital, restent stables.
Les taux sont remontés et les assureurs servent mieux. Mais un fonds en euros rapporte peu, et une UC peut rapporter davantage comme perdre.
En clair : le risque a changé de camp. Il est passé de l’assureur à l’épargnant.
Les plans d’épargne retraite (PER) suivent la même pente : 8,5 millions d’assurés, 127,5 milliards d’encours.
Combien le fisc prend, et quand ?
Le fisc ne prend rien tant que vous ne retirez pas. Au moment d’un rachat, les gains sont imposés.
Avant 8 ans : 12,8 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 30 % (service-public.fr, fiche vérifiée le 15 avril 2026).
Après 8 ans : un abattement de 4 600 euros pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple. Au-delà, 7,5 % d’impôt sur les primes jusqu’à 150 000 euros, puis 12,8 %. Les prélèvements sociaux de 17,2 % s’appliquent toujours.
Cette règle a un effet simple : elle récompense l’argent qui reste. Le seuil des 8 ans fabrique de l’épargne longue, disponible pour financer la dette et les entreprises.
Comparez avec le Livret A, défiscalisé et disponible à tout moment. À 22 950 euros placés, il rapporte moins que la hausse des prix (notre article du 26 octobre). Deux produits, deux logiques : l’un vous laisse libre, l’autre vous garde.
Le record est présenté comme une preuve de confiance. C’est aussi un transfert. L’épargne des ménages finance une dette que les mêmes ménages paient déjà par l’impôt. L’État fixe la fiscalité du contrat, le seuil des 8 ans et le taux du Livret A. Celui qui écrit les règles n’a pas besoin de demander l’argent : il organise l’endroit où il dort.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 15,4 milliards d’euros versés en septembre, 11,3 milliards retirés, 4,1 milliards de solde net.
- Encours de 2 161 milliards : 95 milliards de plus en un an, dont environ 47 viennent des marchés et non des versements.
- 39 % des versements de l’année partent en unités de compte, sans garantie du capital.



