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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Cartes bancaires : le réseau français CB reprend 2 points à Visa et Mastercard

Illustration éditoriale générée par IA : gros plan sur un terminal de paiement chez un boulanger, main anonyme tenant une carte, ticket qui sort, pile de cartes bancaires et carte de France épinglée au mur du fond.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Le réseau français des cartes bancaires a repris du terrain dans son propre pays. Au second semestre 2025, 63,6 % des paiements par carte effectués en France sont passés par CB, contre 61,4 % au premier semestre. C’est la première hausse depuis 2021, selon l’index publié le 26 mars 2026 par la fintech Yavin, établi sur plus de 3 milliards d’euros de transactions observées sur des terminaux de paiement répartis en France.

La part de CB était de 89,6 % au second semestre 2021. Elle est tombée à 61,4 % au premier semestre 2025 : 26 points perdus en quatre ans, puis 2 repris. Le réseau revendique 78 millions de cartes en circulation au 31 décembre 2025, 13,7 milliards de paiements et 541 milliards d’euros réglés dans l’année (rapport d’activité 2025 du GIE Cartes bancaires).

Pourquoi le chiffre vous concerne : un paiement par carte ne passe pas « par la carte », il passe par un réseau, CB, Visa ou Mastercard. Cette part du coût est payée par le commerçant avant d’entrer dans ses prix. Un sujet de vie chère déguisé en technique.

La chute n’est pas venue des clients, mais des banques

Un client ne choisit pas son réseau de paiement : il choisit sa banque, et sa banque choisit les cartes qu’elle émet. Selon l’index Yavin, le groupe BPCE (Banques populaires, Caisses d’épargne) et Boursobank ont privilégié un temps l’émission de cartes Visa ou Mastercard seules, et les banques en ligne Revolut, N26 ou Qonto favorisent les réseaux internationaux. Une carte qui ne porte pas le logo CB ne peut pas être routée vers CB : la part de marché du réseau national baisse sans qu’aucun client n’ait rien décidé.

Le rebond de 2025 a les mêmes causes, inversées : le retour des cartes cobadgées chez BPCE et l’acceptation de CB dans Apple Pay, toujours selon la même source. Le réseau ne reconquiert pas des clients, il reconquiert des émetteurs.

Une précaution de méthode : l’index Yavin n’est pas une statistique publique, mais la mesure d’une entreprise privée sur son échantillon de terminaux. Un ordre de grandeur, pas un compte officiel.

La part du réseau français dans les paiements par carte

Survolez un point pour le détail. Source : index Yavin publié le 26 mars 2026, repris par l’AFP et Le Figaro.

60 70 80 90 89,6 % 2e sem. 2021 61,4 % 1er sem. 2025 63,6 % 2e sem. 2025 26 points perdus +2,2

Lecture : 26 points perdus entre le second semestre 2021 et le second semestre 2025, puis 2,2 points repris. L’index porte sur les paiements par carte réalisés en France, tous réseaux confondus.

Ce que chaque paiement distribue

Sur un paiement par carte, le commerçant paie une commission à sa banque. Cette commission se partage : une part va à la banque du client, la commission d’interchange, une part au réseau qui a transporté la transaction. Le règlement européen 2015/751 plafonne la première à 0,2 % du montant pour les cartes de débit des consommateurs et à 0,3 % pour les cartes de crédit. Il ne plafonne pas la seconde.

Quand un paiement quitte CB pour Visa ou Mastercard, la banque française du client continue d’encaisser son interchange, mais la part du réseau sort du circuit national. Sur 13,7 milliards de paiements par an, elle est récurrente et invisible sur votre relevé.

Gagner en entrant dans le portefeuille américain

Le directeur général du groupement, Philippe Laulanie, a présenté avant le 20 octobre un réseau en bonne santé devant le France Payments Forum : « la dynamique s’est inversée, le point d’inflexion est passé », rapporte Les Échos du 20 octobre 2026. Le plan CB Dynamique 2026 a permis d’intégrer CB dans Google Pay, Apple Pay, Samsung Pay et Wero Wallet avant la fin de l’année.

Le réseau national se rétablit en se rendant acceptable dans les portefeuilles électroniques américains. Quand vous payez avec votre téléphone, la carte devient un jeton, et l’écran qui déclenche le paiement appartient à Apple ou à Google : l’interface où se joue le choix du réseau n’est plus française. Le paiement mobile représentait déjà un paiement par carte sur cinq au point de vente en 2025, selon le rapport 2025 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement.

L’État fixe un cap, les banques tiennent le volant

Le rapport d’activité de CB le dit sans détour : le réseau est « soutenu par le CNMP à travers une stratégie nationale à 5 ans qui positionne CB comme acteur souverain majeur des paiements français », avec des objectifs 2030 de 100 millions de cartes, 20 milliards de transactions et 1 000 milliards d’euros traités.

Mais CB est un groupement d’intérêt économique, et ses membres sont les banques, une centaine aujourd’hui. Ce sont elles qui décident, carte par carte, d’émettre du CB, du Visa, du Mastercard, ou les deux. Aucun texte ne les y oblige, et l’État ne peut pas obliger une banque en ligne étrangère à passer par un réseau français : la stratégie nationale fixe une ambition, elle ne tient pas le stylo quand le produit bancaire est conçu.

Ce qui reste à parcourir d’ici 2030

Survolez une barre pour le détail. Source : rapport d’activité 2025 du GIE Cartes bancaires, objectifs 2030 annoncés par le réseau.

Cartes en circulation (millions) 78,0 % de l’objectif 78 en 2025, objectif 100 en 2030 Paiements par an (milliards) 68,5 % de l’objectif 13,7 en 2025, objectif 20 en 2030 Montants réglés (milliards d’euros) 54,1 % de l’objectif 541 en 2025, objectif 1 000 en 2030

Calcul de la maison : rapport entre les niveaux de 2025 et les objectifs annoncés pour 2030. Le parc de cartes est déjà aux trois quarts de la cible ; les montants réglés, à peine plus de la moitié.

Ce que cela change pour vous

Trois choses concrètes. D’abord, regardez votre carte : si elle porte le logo CB, deux réseaux coexistent dessus, et le paiement peut être routé vers l’un ou l’autre sans que vous le sachiez. Si elle ne le porte pas, votre banque a choisi pour vous, et aucun réglage ne rétablira le passage par le réseau français.

Ensuite, si vous êtes commerçant, la question à poser est simple et elle a un prix : quels réseaux sont activés sur mon terminal, et à quel coût ? La réponse est dans votre contrat d’acquisition, que beaucoup de commerçants n’ont jamais demandée.

Enfin, pour votre portefeuille, l’effet est indirect mais réel : ces frais sont dans vos prix, pas sur votre relevé. Le taux de fraude sur la carte, lui, est au plus bas : 47 euros de fraude pour 100 000 euros de paiement en 2025. Sur les arnaques qui touchent directement votre compte, notre article du 20 octobre sur l’obligation de remboursement en cas d’hameçonnage donne le cadre et les délais.

Notre lecture

Les 26 points perdus ne l’ont pas été dans une négociation avec Washington : ils l’ont été dans les comités produit de banques françaises, au moment où l’on a imprimé Visa ou Mastercard sur des cartes émises à Paris. Personne n’a voté. Quant au rebond, il se fait en acceptant que l’écran du paiement appartienne à Apple ou à Google. Je n’y vois pas une reconquête, mais un droit de passage, révocable au prochain renouvellement de carte.

Opinion de la maison, pas un fait.

Et vous : savez-vous si votre carte porte le logo CB, et quel réseau votre banque a activé pour vos paiements en ligne ? Posez la question au prochain renouvellement, et dites-nous ce qu’on vous répond.

Cette séquence de BFM Business, diffusée le 17 février 2026, expose les enjeux de souveraineté du réseau CB et donne la parole à son directeur général. Elle est antérieure au chiffre publié en mars 2026 : elle ne contient aucun des résultats commentés ici.

À regarder : un représentant du réseau national face au plateau, et l’argumentaire de souveraineté porté publiquement. Ce que la séquence ne montre pas, le partage de la commission entre la banque et le réseau, le graphique ci-dessus en donne l’enjeu.

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