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De la surface des faits à la profondeur des idées

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EHPAD : le chiffre de 27 jours ne dit pas combien de temps vous attendrez

Couloir d'un établissement pour personnes âgées : à gauche un hall chaleureux avec fauteuils et boiseries ; au centre un comptoir d'accueil en bois avec registre, clés et lampe de laiton, une grande clé suspendue au-dessus ; à droite un couloir froid aux portes identiques et chaises en plastique.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

L’étude est sortie le 15 octobre. Elle vient de la Drees, le service d’études et de statistiques du ministère de la Santé, et porte sur le temps d’attente pour entrer dans un établissement pour personnes âgées. Le chiffre retenu partout est rassurant : la moitié des résidents entrés en 2023 ont obtenu leur place en moins de 27 jours, contre 30 jours en 2019. La Drees en tire un titre, les délais baissent.

La baisse est réelle. Ce que le chiffre raconte est autre chose. Il ne retient que les dossiers qui ont abouti. Il part du jour où le dossier est envoyé, pas du jour où la famille cherche. Et il additionne des établissements dont les files n’ont rien de commun. Un quart des entrants a attendu plus de 70 jours. La médiane est de 12 jours dans un EHPAD privé à but lucratif et de 58 jours dans une résidence autonomie publique. Entre 12 et 58, il n’y a pas une file d’attente. Il y a des files.

Ce que je vais montrer.

  • Ce que le chiffre de 27 jours mesure
  • Ce qu’une médiane cache
  • Le prix et l’offre pèsent plus que le nombre de lits
  • En Bretagne, 57 jours
  • Ce que cela change pour vous
  • Ce que ce chiffre dit de nous

Ce que le chiffre de 27 jours mesure

L’étude porte sur 133 800 personnes entrées en 2023 en hébergement permanent, et sur 8 200 entrées en hébergement temporaire. Le temps d’attente va de l’envoi du dossier d’admission à la date de la première entrée (Drees, Études et Résultats n° 1391, 15 octobre 2026).

Trois limites sont écrites dans le document, et elles changent la lecture. Seules les personnes encore présentes au 31 décembre 2023 sont comptées : celles entrées puis sorties la même année, y compris par décès, ne pèsent pas dans la médiane. L’enquête auprès des établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) a lieu tous les 4 ans ; la dernière édition a été collectée en 2024 sur l’année 2023. Les données ont donc près de 3 ans, et une accélération de 2025 ou 2026 n’y apparaîtra pas. Enfin, le point de départ est le dossier envoyé, pas le moment où la famille constate que la maison n’est plus tenable.

Voilà pourquoi je ne lis pas ce 27 jours comme le délai d’une famille qui cherche. Il mesure la vitesse des dossiers qui ont abouti. Il ne dit rien de la durée de ceux qui cherchent encore.

Ce qu’une médiane cache

La médiane de l’hébergement permanent est de 28 jours en 2023, contre 36 jours en 2015. C’est une amélioration nette, et je la note. Mais pour ce même hébergement permanent, un quart des entrants a attendu plus de 72 jours ; ils étaient à 91 jours en 2019. La queue de la file reste longue, même quand le milieu se raccourcit.

Le type d’établissement change tout. En EHPAD, la médiane est de 26 jours en 2023, contre 31 jours en 2015. Dans le privé à but lucratif, elle tombe à 12 jours. En résidence autonomie, elle est de 23 jours dans le privé à but lucratif et de 58 jours dans le public. L’hébergement temporaire se trouve en 18 jours de médiane, pour 8 200 entrées.

Temps d’attente médian en 2023, en jours

EHPAD privé à but lucratif12 Résidence autonomie privée à but lucratif23 Ensemble des EHPAD26 Résidence autonomie publique58

Survolez une barre pour le détail.

Source : Drees, Études et Résultats n° 1391, 15 octobre 2026, enquête EHPA 2023. Champ : résidents entrés en 2023 et présents au 31 décembre 2023.

Une même étude, une même année, un même dossier. Entre la file la plus rapide et la plus lente, le rapport va de 1 à 5.

France 3 Pays de la Loire, « Les démarches pour trouver une place en EHPAD ». Le reportage suit une famille des Pays de la Loire, une région où l’attente est parmi les plus longues. Il est antérieur à l’étude de 2026.

Le prix et l’offre pèsent plus que le nombre de lits

La Drees écarte l’explication commode. Les écarts entre territoires s’expliquent « davantage par des différences dans l’offre médico-sociale (tarif, politique de maintien au domicile) que par des différences de taux d’équipement en places ». Autrement dit : ce n’est pas le nombre de lits qui fait la file, c’est le prix et la manière dont le département organise le maintien à domicile.

Le privé à but lucratif va deux fois plus vite que l’ensemble des EHPAD. L’explication la plus simple est que son prix écarte une partie des demandes. L’étude constate l’écart et renvoie aux tarifs ; elle ne décrit pas ce mécanisme dans ces termes. Je le formule comme une hypothèse, pas comme un fait établi.

Cette hypothèse a une conséquence précise. Si la vitesse dépend du prix, la file des gens sans argent ne se réduit pas en construisant des lits indifférenciés. Elle se réduit en finançant les places que l’aide sociale peut prendre.

En Bretagne, 57 jours

La géographie des délais est nette. En Bretagne, la moitié des résidents entrés en EHPAD en 2023 ont attendu moins de 57 jours. L’attente est plus longue qu’ailleurs en Bretagne, dans les Pays de la Loire et en Auvergne-Rhône-Alpes. Entre 2019 et 2023, elle baisse dans toutes les régions métropolitaines, sauf dans les Hauts-de-France, où elle stagne. Les écarts se réduisent, la Drees le dit aussi.

Un point de méthode empêche d’en tirer un classement des départements. L’étude donne des régions et une carte ; les médianes départementales ne figurent pas dans les éléments que j’ai pu lire. Je m’en tiens donc à ce qui est écrit : trois régions plus lentes, une baisse générale, une exception.

L’état de santé pèse autant que le territoire. L’admission est plus rapide après une hospitalisation que depuis le domicile. Une famille qui organise le maintien à domicile le plus longtemps possible paie ce choix en attente au moment de l’entrée.

Ce que cela change pour vous

D’abord le point de départ. Le délai officiel commence à l’envoi du dossier. Tout le temps passé avant, à constater, à visiter, à hésiter, n’existe pas dans les statistiques. Un dossier déposé tôt fait baisser la moyenne sans qu’une seule place ait été créée.

Ensuite le droit. L’étude ne décrit aucun délai garanti, aucune place réservée selon l’état de la personne. Le temps d’attente est une conséquence, pas une décision opposable. Une famille qui attend n’a pas de recours contre l’attente elle-même.

Enfin l’écart que vous vivrez. Si vous cherchez dans le public ou avec l’aide sociale, la médiane nationale ne vous concerne pas. Dans les chiffres de l’étude, un EHPAD privé à but lucratif affiche 12 jours de médiane, une résidence autonomie publique 58 jours. La moyenne de 27 jours décrit surtout des établissements que tout le monde ne peut pas se payer.

Ce que ce chiffre dit de nous

Je retiens trois choses, et mon jugement n’est pas rassurant.

Nous mesurons ce que nous administrons. L’indicateur commence à l’envoi du dossier. Il ignore les mois où la famille comprend que la maison n’est plus tenable. Il ignore ceux qui n’ont jamais déposé, faute de savoir à qui s’adresser. Un indicateur juste dirait combien de personnes attendent, et depuis quand.

L’accès à une place n’est pas un droit, c’est une négociation locale. La Drees montre que le délai dépend du tarif et de la politique du département, pas du nombre de lits. Une décision importante est donc prise établissement par établissement, sans que l’État, qui finance une partie, fixe l’ordre ou le délai.

Le vieillissement n’est pas d’abord un problème de lits, c’est un problème de prix et de durée. La canicule de 2026 a déjà coûté de 260 à 520 millions d’euros aux EHPAD, comme nous l’avons écrit le 5 octobre. Le délai d’attente, lui, ne coûte rien dans les comptes publics : il est payé par les familles, en mois de fatigue et en jours de congés posés.

Je ne conclus pas que les EHPAD publics seraient mal organisés. Ils sont plus demandés parce qu’ils sont moins chers. Ce n’est pas un argument contre le public. C’est un argument pour financer les places accessibles, et pas seulement pour compter les lits.

Vous avez cherché une place pour un parent. Combien de temps avez-vous attendu, et qu’est-ce qui a décidé à votre place : la date du dossier, le prix, un établissement plus rapide ?

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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