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De la surface des faits à la profondeur des idées

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L’Assemblée vote l’interdiction de l’hexane dans vos huiles, le gouvernement s’y oppose

Une main tient une bouteille d'huile dorée sur une table rustique, face à une usine et à un amphithéâtre.

Mercredi 21 octobre, 60 députés ont voté pour interdire l’hexane dans l’alimentation à compter du 1er janvier 2027. 56 ont voté contre. Le rapporteur général Thibault Bazin et le gouvernement avaient donné un avis défavorable, sans motif public. L’amendement est passé quand même.

  1. Ce que 60 députés ont voté
  2. Ce que l’étiquette ne dit pas
  3. Le danger établi, et celui qui ne l’est pas
  4. Une interdiction française dans un marché européen
  5. Ce que j’en retiens

Ce que 60 députés ont voté

Le texte est un amendement de Benoît Biteau (Écologiste et Social), cosigné par 36 députés, inséré dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (amendement n° 288, déposé le 13 octobre). Il interdit la production, la transformation, l’importation et la mise sur le marché des aliments obtenus avec de l’hexane et des produits animaux nourris à l’hexane.

Il ajoute une contribution de 10 % sur le chiffre d’affaires des opérateurs qui continueraient d’y recourir, affectée à l’Assurance maladie. La gauche et une partie du bloc central ont voté pour ; le reste du camp gouvernemental a voté contre avec la droite (LCP, 21 octobre).

Ce que l’étiquette ne dit pas

L’hexane est un solvant issu du raffinage du pétrole et du gaz. Depuis les années 1950, il extrait l’huile des graines. Selon la Fédération nationale des corps gras, citée par l’amendement, 95 % des graines oléagineuses triturées en France passent par ce procédé. Les tourteaux restants nourrissent les animaux d’élevage, ce qui fait remonter le solvant jusqu’à la viande.

Rien, sur l’étiquette, ne le signale. Une huile « vierge » ou « pressée à froid » est obtenue par pression mécanique ; une huile dite « de tournesol » ou « raffinée » a très probablement été extraite au solvant. Le consommateur peut choisir, s’il connaît la règle ; personne ne la lui donne au rayon. La directive 2009/32/CE autorise d’ailleurs l’hexane et plafonne ses résidus à 1 mg/kg. La question n’est donc pas la légalité, mais la nécessité de continuer.

Le danger établi, et celui qui ne l’est pas

Le 15 décembre 2025, l’Agence européenne des produits chimiques a inscrit le n-hexane parmi les substances extrêmement préoccupantes, pour ses effets neurotoxiques (ECHA). Il est classé toxique pour certains organes cibles en cas d’expositions répétées, et « susceptible de nuire à la fertilité ».

Mais le danger démontré n’est pas celui du consommateur. C’est celui des salariés des usines d’extraction, exposés des années. Thibault Bazin objecte que les études ne montrent pas de risque lié aux résidus, les atteintes étant associées à une exposition répétée et prolongée. Richard Ramos (Les Démocrates), coauteur d’un rapport parlementaire de janvier 2026, a répondu que « sur ce sujet, la science a parlé », en visant Parkinson. Le lien professionnel est documenté ; le lien alimentaire reste suspecté, non établi.

Même asymétrie ailleurs : l’Anses a demandé en octobre un tableau de maladie professionnelle pour les cancers de la peau au travail (notre article du 20 octobre). Le risque reconnu tardivement est presque toujours celui du travailleur.

Le vote du 21 octobre, sur 577 sièges

Pour 60 Contre 56 Sieges non exprimes 461 Scrutin public n° 8932, 21 octobre 2026. Survolez une barre pour la source.

60 voix pour, 56 contre : 116 votants. La mesure la plus lourde de la soirée pour l’agroalimentaire tient à 4 suffrages.

Une interdiction française dans un marché européen

Reste la difficulté de fond. Un État membre qui interdit un procédé autorisé par une directive européenne ne peut le faire que pour un motif de santé publique, en le justifiant et en le notifiant à la Commission ; à défaut, le texte est attaquable. Et l’amendement vise aussi l’importation, sans quoi il suffirait d’acheter l’huile fabriquée en Espagne avec le même solvant.

Le véhicule est fragile : un article additionnel au PLFSS, dont le rejet est jugé probable et dont le rapporteur conteste qu’il soit le bon support. Le Sénat, à majorité de droite, examinera le texte ; les mesures votées contre l’avis du gouvernement y disparaissent souvent. La même soirée, les députés ont voté de nouvelles exonérations contre cet avis (la taxe sur les biscuits: 300 millions attendus).

Il faut donc dire la probabilité, non la promesse : au 22 octobre, l’interdiction de l’hexane n’existe pas. Elle existe comme vote, pas comme droit.

Opinion de la maison, pas un fait

Le danger principal n’est pas dans la cuillère d’huile. Il est dans l’ignorance où l’on tient le mangeur sur la fabrication de son aliment. Un procédé invisible n’est pas neutre : c’est un procédé dont quelqu’un a décidé qu’on n’avait pas besoin de savoir.

Ce que j’en retiens

Trois décisions pour un même sujet, et elles ne vont pas dans le même sens : l’Assemblée vote l’interdiction, le gouvernement la refuse sans argument, l’Europe l’autorise avec un plafond de résidus. Le citoyen ne saura jamais, en lisant une étiquette, laquelle des trois a gagné.

Le chiffre à retenir n’est pas le solvant, c’est le 95 %. Neuf graines sur dix passent par le même procédé, et il n’apparaît nulle part. Si l’interdiction survit, deux issues : l’industrie investit dans le pressage, avec un rendement plus faible et un coût plus élevé, ou l’huile vient d’ailleurs, extraite de la même façon. Dans les deux cas, le consommateur paie ; dans un cas seulement, l’exposition des salariés recule.

Reste la vraie question, que le vote ne tranche pas : qui décide de ce qu’on met dans une huile, et sur quelle information ? Une chambre qui se prononce à 4 voix près ne tranche pas une politique alimentaire : elle arbitre un instant entre deux industries. Le Sénat examine ce jeudi un autre texte sur le contenu des assiettes, les 80 produits sains à prix coûtant : même difficulté à décider de ce qui se vend.

À retenir
  • 21 octobre 2026 : 60 voix pour, 56 contre, l’Assemblée vote l’interdiction de l’hexane au 1er janvier 2027.
  • 95 % des graines oléagineuses triturées en France passent par ce solvant (Fédération nationale des corps gras).
  • L’hexane reste autorisé dans l’Union européenne, avec un plafond de résidus de 1 mg/kg dans les huiles.
  • « Vierge » ou « pressée à froid » : pression mécanique ; « raffinée » : extraction au solvant.

À observer : le procédé d’extraction à l’écran. Vidéo de Greenpeace France, militante et antérieure au vote : elle documente le procédé, pas la décision.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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