Lundi 19 octobre au matin, la coordination de gilets jaunes qui a appelé la journée du 17 octobre a annoncé un « acte II » pour samedi 24 octobre, puis un « acte III » pour le 31. Reste à savoir ce que pèse cette annonce. J’ai interrogé la carte du site 17octobregiletjaune.net lundi à 20 h 50 : 161 actions y portent la date du 24 octobre. La même carte en portait 2 237 au 17 octobre.
Ces 161 points ne sont pas 161 cortèges. Ce sont des déclarations, et n’importe qui peut en déposer une. L’équipe du site précise que le lieu n’apparaît qu’après vérification. Elle ne dit pas que l’action sera autorisée, ni qu’elle aura lieu. Voilà ce qui est annoncé, ce que la loi prévoit pour ceux qui bloquent, et ce que l’État répond.
- Ce que la coordination annonce
- 161 actions, 2 237 il y a deux jours
- Ce que risque celui qui bloque une station ou un péage
- Ce que l’État répond
- Ce que j’en retiens
Ce que la coordination annonce
L’annonce est passée par l’AFP lundi matin, puis partout. Acte II le 24 octobre, acte III le 31. Le Figaro y lit le souhait d’un rendez-vous chaque samedi, comme en 2018. Le site est édité par plusieurs collectifs, dont la coordination régionale « Bloquons tout » d’Île-de-France, selon franceinfo.
Benjamin Ball, éditeur du site, a donné à l’AFP la logique de la séquence. « Il y a clairement une énorme poussée pour qu’il y ait un Acte II », dit-il. Puis : « On garde l’élan pour le 5 novembre mais on va construire par étapes, c’est-à-dire qu’il y aura un 24, un 31, et après, un 5 novembre » (TF1 Info avec l’AFP).
Deux calendriers se superposent donc. Le 5 novembre, cinq organisations syndicales appellent à la grève et à la manifestation. Et la Coordination nationale lycéenne, qui dit réunir des porte-parole de lycées mobilisés dans 27 villes, appelle à sortir le jeudi 22 et le samedi 24 octobre, en soutenant « blocages, manifestations, occupations » (franceinfo). Le 24 octobre n’est pas un acte isolé. C’est un samedi pris entre deux appels plus larges.
Il y a enfin un détail politique. Dimanche soir, après l’allocution télévisée du président de la République, la coordination a dénoncé un « discours vide » et demandé à être reçue à l’Élysée avec des représentantes de secteurs mobilisés (TF1 Info). Rien n’indique, lundi soir, qu’une réponse lui ait été adressée.
161 actions, 2 237 il y a deux jours
La carte du site charge un fichier qui liste les actions une par une. Je l’ai téléchargé lundi 19 octobre à 20 h 50, puis j’ai compté les entrées par date et par type. Le fichier contient 2 617 actions au total. 2 237 sont datées du 17 octobre, 161 du 24 octobre. Le reste se répartit entre le 18 octobre (146), le 19 (46) et une poignée de dates jusqu’au 31 décembre.
Sur les 161 actions du 24 octobre, 97 sont des manifestations, 22 des rassemblements, 14 des blocages, 13 des ronds-points et 8 des assemblées. S’y ajoutent 2 barrages filtrants, 1 opération escargot, 1 piquet de grève et 3 actions classées « autre ». Le 17 octobre, la même carte portait 750 manifestations, 448 rassemblements, 311 blocages, 216 assemblées et 206 ronds-points. En nombre d’actions déclarées, l’acte II annoncé représente 7 % de l’acte I.
Actions déclarées, par type
Nombre d’actions portant la date du 17 octobre (journée passée) et du 24 octobre (annoncée). Relevé du 19 octobre 2026 à 20 h 50.
17 octobre24 octobre
- Manifestations
750
97 - Rassemblements
448
22 - Blocages
311
14 - Assemblées
216
8 - Ronds-points
206
13 - Barrages filtrants
151
2 - Opérations escargot
51
1
Source : fichier de la carte du site 17octobregiletjaune.net, relevé le 19 octobre 2026 à 20 h 50. Déclarations enregistrées par la plateforme, non vérifiées action par action.
Ce rapport de 1 à 14 ne mesure pas une rue. Il mesure une intention, et il faut le lire avec deux réserves. D’abord, la plateforme est ouverte : le total grossit à mesure que des internautes ajoutent des points, et il peut inclure des annonces jamais tenues. Ensuite, d’autres comptages circulent : lundi à 17 h, actu.fr parlait de « quelque 300 actions » annoncées pour la semaine, dont 16 touchant des stations-service. Les deux chiffres ne comptent pas la même chose, et aucun ne dit combien de personnes viendront.
Ce que la carte montre, en revanche, c’est la forme du mouvement. Les actions sont nommées une par une, avec un lieu et une heure : Sainte-Cécile en Saône-et-Loire et sa station de la RN 79, le péage de Narbonne Est à midi, un barrage filtrant au péage de Montbrison-Montrond sur l’A72. Un mouvement qui se décrit par une carte n’a pas de porte-parole unique. Il a des éditeurs de site et des signataires de communiqués.
Ce que risque celui qui bloque une station ou un péage
Bloquer une route n’est pas une incivilité, c’est un délit prévu par le code de la route. L’article L412-1 punit de 2 ans d’emprisonnement et de 4 500 euros d’amende le fait de placer, ou de tenter de placer, un obstacle sur une voie ouverte à la circulation, dans le but d’entraver ou de gêner la circulation. Le texte ajoute une suspension possible du permis, pour 3 ans au plus, et la réduction de moitié du nombre maximal de points.
Il prévoit aussi une sortie rapide. L’amende forfaitaire de 800 euros éteint l’action publique, 640 euros en version minorée, 1 600 euros en version majorée. Autrement dit, un blocage peut coûter 800 euros et rien de plus, ou finir devant un tribunal correctionnel. Ce n’est pas la même chose selon la manière dont les faits sont constatés et poursuivis.
Deux autres textes s’ajoutent, souvent oubliés. Une manifestation sur la voie publique doit être déclarée en mairie, ou à la préfecture de police à Paris, 3 jours francs au moins avant la date (articles L211-1 et L211-2 du code de la sécurité intérieure). Et l’autorité de police peut l’interdire par arrêté si elle estime qu’elle trouble l’ordre public (article L211-4 du même code).
Reste le cas le plus fréquent pendant un blocage : rester sur place après les sommations. L’article 431-4 du code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende celui qui continue volontairement à participer à un attroupement après les sommations. Le même code alourdit la peine pour une personne armée, ou pour un visage volontairement dissimulé.
Concrètement, si vous allez à un barrage, la question n’est pas seulement politique. Elle est pénale, et le dossier ne dépendra pas de vos intentions, mais de votre présence après les sommations. Le droit de manifester existe. Il s’exerce dans un cadre déclaratif, et ce cadre est précisément ce que les préfectures utilisent pour trier les cortèges.
Ce que l’État répond
La réponse immédiate est déjà là. Le 19 octobre, le Premier ministre a annoncé des couvre-feux localisés, et quatre villes sont concernées : Paris, Lyon, Lille et Nice (franceinfo). Un couvre-feu n’existe qu’à partir d’un arrêté signé. Le reste est une intention politique, et un arrêté se conteste devant un juge.
Pour samedi, la doctrine a changé de nature ce mardi. Dans une note adressée aux préfets et consultée par franceinfo, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez demande d’interdire « toutes les manifestations revendicatives de nature à troubler l’ordre public » prévues le 24 octobre, et de prendre un arrêté « lorsque le dialogue avec les organisateurs n’aura pas permis de créer les conditions de sécurité nécessaires » (franceinfo). La note invoque « le contexte national » et demande de « tenir compte des circonstances locales ». Elle prévoit aussi des arrêtés périmétriques anti-regroupement autour des lieux attaqués le 17 octobre, et la possibilité de couvre-feux partiels et ciblés. Pour les cortèges jugés sans risque, le ministre demande des itinéraires éloignés des bâtiments publics et des rues commerçantes.
Le même jour devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un dispositif « massif » pour le 24 octobre, en reconnaissant que celui du 17 octobre avait été « trop statique et pas assez mobile » (Le Figaro). M. Nuñez a précisé que la doctrine serait revue en moyens, en volume de forces engagées, en réactivité et en mobilité. Ce n’est donc plus une intention : c’est une instruction écrite. À mes yeux, elle déplace le centre de la décision, du préfet qui appréciait localement vers une consigne nationale d’interdiction dès que la négociation échoue. C’est là que se jouera la différence entre un samedi de circulation difficile et un samedi d’affrontements.
Il manque pourtant l’essentiel dans cette réponse. On encadre des horaires, on signe des couvre-feux, on poursuit des présences. On ne dit rien du prix du carburant, des loyers, des salaires, qui ont fait descendre les gens. Sur les carburants, 21,5 % des stations déclaraient une rupture d’au moins un carburant le 19 octobre, contre 8,7 % le 1er octobre (notre article sur les ruptures de stock). Interdire un barrage ne remplit pas un réservoir.
Ce que j’en retiens
Je retiens d’abord un chiffre, et il n’est pas flatteur pour le mouvement. 161 actions annoncées, c’est 7 % de la carte du 17 octobre. Une semaine après une journée que le ministère de l’Intérieur a comptée à 550 000 personnes, la relance est faible en nombre de points. Ce n’est pas un verdict : une seule action peut rassembler beaucoup de monde. Mais cela dit une chose simple. Le 17 octobre a été fort par convergence, avec les lycéens, les étudiants et les syndicats. Le 24 octobre est un appel de gilets jaunes, coincé entre deux rendez-vous plus larges.
Je retiens ensuite un risque politique, et il est double. Un acte II faible sera lu comme la fin du mouvement. Un acte II violent sera lu comme la preuve qu’il faut des pouvoirs exceptionnels. Les deux lectures arrangent ceux qui n’ont pas envie de parler du fond. La carte, elle, ne dit ni l’un ni l’autre.
Je ne sais pas ce que sera le 24 octobre. Une carte n’est pas une foule, et une déclaration n’est pas une décision. Ce que je sais, c’est que le nombre à regarder samedi ne sera pas celui des points sur un plan. Ce sera celui des gens dans les rues, et celui des vitrines intactes le dimanche matin.
La séquence ci-dessous montre la journée du 17 octobre en 1 minute, vue par FRANCE 24. Regardez la densité du cortège à République, puis la vitesse à laquelle les heurts démarrent en marge. C’est cette journée que la coordination promet de rejouer samedi, avec une carte déclarée beaucoup plus petite.
Vidéo FRANCE 24, publiée le 17 octobre 2026, durée 1 minute. Source vérifiée le 19 octobre 2026.



