La Conférence des évêques de France a signé, mardi 6 octobre 2026, une convention avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Le texte, fondé sur l’échange d’informations, la sensibilisation et la formation, est le troisième du genre après les protestants et les congrégations religieuses. Derrière la signature, les chiffres montrent un phénomène qui a plus que doublé en dix ans ; mais l’instrument reste souple, sans pouvoir de contrainte, et ne couvre qu’une partie du terrain.
Une mission de l’État, un culte qui coopère
La Miviludes est une mission interministérielle de vigilance et de prévention. Elle n’a pas de pouvoir de police : elle observe, analyse, alerte et recommande, en lien avec les administrations et les associations d’aide aux victimes. Sa « Stratégie nationale de lutte contre les dérives sectaires 2024-2027 » encadre cette action.
Le 6 octobre, la Conférence des évêques de France (CEF), présidée par Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, a signé avec elle une convention de partenariat. « Avec la signature de cette convention, nous franchissons une étape décisive pour structurer, pérenniser et intensifier notre démarche commune », a déclaré Patricia Mirallès, présidente de la Miviludes, lors de la signature. Le texte repose sur quatre piliers : l’échange d’informations sur les situations à risque, l’analyse des facteurs de risque, des opérations de sensibilisation et le renforcement de la formation.
La CEF n’arrive pas en terrain vierge. Elle a créé un service d’accueil dédié, « conseil et conciliation, emprise et dérives sectaires », chargé de recevoir les signalements et d’apporter une aide. Pour Mgr Aveline, la convention prolonge l’engagement de l’épiscopat « de prévention et de lutte contre toutes les situations d’emprise, les agressions sexuelles, mais aussi physiques, spirituelles, psychologiques ». L’Église de France rejoint ainsi deux prédécesseurs : la Fédération protestante de France, première à s’engager en novembre 2025, puis la Conférence des religieux et religieuses de France, en juillet 2026. Selon la Miviludes, des textes comparables devraient être signés avec les représentants bouddhistes.
Les chiffres d’un phénomène en hausse
La convention s’appuie sur un constat documenté. Dans son rapport d’activité 2022-2024, rendu public en avril 2025, la Miviludes recense 4 148 signalements et demandes d’informations en 2022, 4 375 en 2023 et 4 571 en 2024, soit plus qu’un doublement depuis 2015. Patricia Mirallès a rappelé que « 35 % des signalements et demandes d’informations traités entre 2022 et 2024 concernaient les domaines des cultes et de la spiritualité », un niveau comparable à celui de la santé et du bien-être.
De son côté, le service mis en place par l’Église de France indique avoir reçu, entre septembre 2024 et août 2025, « 171 situations dont 107 considérées comme closes ». Ces deux séries ne mesurent pas la même chose : elles comptent des saisines, non des infractions établies, et une même situation peut être signalée plusieurs fois.
Un cadre souple, aux effets encore limités
La portée réelle de la convention mérite d’être précisée. Il s’agit d’un cadre de coopération, qui organise un canal d’échange et de formation, non d’un texte qui créerait de nouvelles infractions ou de nouveaux pouvoirs de sanction. La Miviludes ne peut ni pénétrer dans les communautés religieuses ni contraindre quiconque à témoigner ; son rôle reste d’observer, d’analyser et de recommander. La convention est limitée dans son périmètre, puisqu’elle engage les institutions rattachées à la Conférence des évêques de France.
Cette limite est reconnue par la mission elle-même. « Aucun culte n’est à l’abri de ce risque, même si la majorité des dérives sectaires se manifestent au sein de mouvements autonomes qui ne sont reconnus par aucune religion instituée », a précisé sa présidente. Autrement dit, l’accord formalise un partenariat avec une partie du paysage religieux, mais il ne couvre pas les groupes les plus souvent mis en cause, qui se situent hors des institutions reconnues. Son effet dépendra donc moins de la signature que de ce que les deux parties en feront dans la durée.
À retenir
- La Conférence des évêques de France a signé, le 6 octobre 2026, une convention avec la Miviludes, fondée sur l’échange d’informations, la sensibilisation et la formation.
- C’est le troisième partenariat du genre, après la Fédération protestante de France (novembre 2025) et la Conférence des religieux et religieuses de France (juillet 2026).
- La Miviludes a reçu 4 571 signalements et demandes d’informations en 2024, plus du double du niveau de 2015 ; environ un tiers concerne les cultes et la spiritualité.
- La convention ne crée ni nouvelle infraction ni pouvoir de contrainte : la mission observe et recommande, et son périmètre se limite aux institutions rattachées à la CEF.
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Pour aller plus loin
- L’Église de France et la Miviludes signent une convention (La Croix, 6 octobre 2026)
- L’Église de France et la Miviludes signent une convention (Le Monde, 7 octobre 2026)
- Miviludes : rapport d’activité 2022-2024 (Vie publique)
- La convention Miviludes-Corref, premier précédent au sein du catholicisme (franceinfo, 3 juillet 2026)
Méthode : le fait central, la signature le 6 octobre 2026 d’une convention entre la Conférence des évêques de France et la Miviludes, est établi par des origines réellement distinctes : la Miviludes (mission interministérielle, présidente Patricia Mirallès) ; la Conférence des évêques de France et son président, Mgr Jean-Marc Aveline ; l’article du Monde du 7 octobre 2026 ; l’article de La Croix du 6 octobre 2026 ; le rappel du précédent Corref par franceinfo le 3 juillet 2026. Les reprises d’une même dépêche comptent pour une seule origine. Réserves principales : la convention est un cadre de coopération sans pouvoir de contrainte ni sanction nouvelle ; elle ne couvre que les institutions rattachées à la CEF, alors que la mission situe la majorité des dérives dans des mouvements autonomes non reconnus par une religion instituée ; les 171 situations du service de l’Église et les 4 571 signalements de la Miviludes sont des saisines, non des infractions établies ; ces séries ne mesurent pas le même périmètre. Le rapport de la Miviludes porte sur 2022-2024 et le service de l’Église sur septembre 2024 à août 2025.



