Dimanche 20 septembre au soir, sept groupes armés éthiopiens — dont d’anciens ennemis — ont annoncé la formation d’une alliance baptisée « Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie ». Objectif affiché : « destituer » le Premier ministre Abiy Ahmed et « établir un gouvernement de transition inclusif ». L’annonce est inédite, mais aucun commandement militaire unifié n’est encore prouvé.
Un rapprochement inédit entre ennemis historiques
La coalition annoncée réunit le Mouvement national amhara des Fano, l’Armée de libération oromo (OLA), le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le Front national de libération de l’Ogaden (ONLF), le Front révolutionnaire d’unité nationale afar, le Mouvement de libération du peuple benishangul et le Mouvement démocratique du peuple gumuz.
Le rapprochement entre les milices Fano (Amhara) et le TPLF (Tigré) est le fait le plus notable : les deux camps se sont combattus pendant la guerre du Tigré (2020-2022), et l’ouest de cette région est administré par l’Amhara depuis 2022. « Le fait que tous mettent de côté leurs divergences est significatif », relève Yohannes Woldemariam, professeur de relations internationales à l’université du Colorado, pour qui la stratégie de « diviser pour mieux régner » d’Abiy Ahmed « s’en trouve mise à mal ».
Une déclaration lue en direct sur Tigray TV
La déclaration a été lue dimanche soir sur l’antenne de Tigray TV par Zemene Kassie, président du Mouvement Fano, qui a qualifié le pouvoir d’Addis-Abeba de « régime dictatorial et génocidaire » poussant « l’Éthiopie vers la désintégration totale ». Le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, a confirmé à l’AFP que sept groupes avaient formé une alliance destinée à « renverser » le gouvernement fédéral et à faciliter l’installation d’un gouvernement de transition.
À ce stade, le gouvernement fédéral éthiopien n’a pas réagi officiellement. L’annonce intervient alors que les tensions se sont déjà ravivées : le TPLF a rétabli en avril puis en mai 2026 les institutions régionales tigréennes d’avant-guerre, fragilisant l’accord de paix de Pretoria signé en novembre 2022.
Une coalition encore sans commandement unifié
L’annonce donne à l’alliance une existence politique formelle, mais elle ne prouve pas l’existence d’un commandement militaire commun. Aucun cadre signé ni programme de transition n’a été rendu public. L’ONLF, basé à Jigjiga, a nié le 17 septembre appartenir à cette alliance ; l’OLA a elle-même indiqué ne pas appartenir au cadre dit « Tsimdo », tout en confirmant qu’une coopération élargie émergeait entre les forces d’opposition.
Le spécialiste Kjetil Tronvoll estime que les mouvements rebelles ne disposent pas, à ce stade, des moyens de soutenir durablement une confrontation avec les forces fédérales, notamment en raison des capacités aériennes de celles-ci. Mais une coordination, même imparfaite, des commandements pourrait obliger l’armée éthiopienne à se battre sur plusieurs fronts à la fois. Le précédent d’une coalition de neuf groupes annoncée à Washington en 2021, qui n’a jamais mené de bataille commune, invite à la prudence.
Un poids lourd de la Corne de l’Afrique
Avec près de 130 millions d’habitants, l’Éthiopie est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Une escalade y aurait inévitablement des répercussions sur toute la Corne de l’Afrique, déjà déstabilisée, et sur les équilibres régionaux — de l’Érythrée au Soudan, en passant par la mer Rouge. La guerre du Tigré (2020-2022) avait fait, selon l’Union africaine, au moins plusieurs centaines de milliers de morts.
À retenir
- Sept groupes armés éthiopiens annoncent une coalition, objectif affiché : « destituer » le Premier ministre Abiy Ahmed.
- Le rapprochement entre les milices Fano (Amhara) et le TPLF (Tigré), ennemis pendant la guerre de 2020-2022, est inédit.
- Aucun commandement militaire unifié n’est prouvé ; l’ONLF et l’OLA ont émis des réserves avant l’annonce.
- L’Éthiopie (≈130 millions d’habitants) est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique ; une escalade déstabiliserait la Corne de l’Afrique.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Éthiopie : sept groupes armés hostiles au gouvernement fédéral annoncent la création d’une coalition — RFI
- Éthiopie : une alliance de groupes armés menace le régime d’Addis Abeba — Afrik.com
- Ethiopia’s New Rebel Alliance, Explained — Daily News Egypt
- En Éthiopie, une nouvelle alliance de groupes armés appelle à renverser Abiy Ahmed — Courrier international
L’annonce de la coalition du 20 septembre est un fait établi, corroboré par l’AFP, RFI, Afrik.com et l’interview antérieure de Zemene Kassie au quotidien suisse Le Temps. Les objectifs — « destituer le gouvernement », « établir un gouvernement de transition » — sont des déclarations des groupes concernés, pas des faits accomplis. L’existence d’un commandement militaire unifié reste non démontrée, et l’ONLF comme l’OLA ont émis des réserves avant l’annonce.



