Au lendemain d’une déroute électorale historique, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé, lundi 21 septembre, qu’il maintiendrait sa coalition avec les sociaux-démocrates, invoquant « l’avenir démocratique » du pays. À la tête du gouvernement depuis seize mois seulement, le dirigeant conservateur affronte la montée conjuguée de l’extrême droite et de la gauche radicale.
Ce que Merz a annoncé lundi
Devant la presse réunie à Berlin, Friedrich Merz s’est montré combatif : « Nous sommes résolus, ensemble, à être à la hauteur des défis historiques auxquels notre pays est confronté. Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’avenir démocratique de notre pays », a-t-il déclaré. « Nous avons tourné la page du nationalisme en Allemagne avec Konrad Adenauer », a-t-il ajouté, en référence au chancelier chrétien-démocrate de l’après-guerre.
Le chancelier a confirmé vouloir continuer de gouverner avec le Parti social-démocrate (SPD) : « Je veux parler avec les sociaux-démocrates […] de comment nous allons continuer de travailler ensemble. Mais le fait de continuer de travailler ensemble est, selon moi, la bonne chose à faire », a-t-il précisé. Les sociaux-démocrates ont dit vouloir rester au gouvernement, tout en réclamant que l’exécutif « revoie sa copie », notamment sur les retraites — un point sur lequel Merz n’a pas souhaité se prononcer.
Une déroute sans précédent pour la CDU
La déclaration du chancelier survient après trois revers électoraux en trois semaines. Dimanche, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU a été éliminée de l’assemblée régionale faute d’atteindre le seuil de 5 % des voix — une première pour un Land dans l’histoire politique allemande depuis 1945. L’AfD, parti antimigrants et prorusse, y est arrivée en tête avec environ 38 % des suffrages, mais sans alliés pour gouverner.
À Berlin, la gauche radicale de Die Linke (près de 26 %) devance la CDU (près de 19 %) et se trouve en position de lui ravir la mairie ; l’AfD progresse fortement (plus de 16 %). Ces deux défaites s’ajoutent à celle du 6 septembre en Saxe-Anhalt, déjà remportée par l’AfD, qui avait ravivé les spéculations sur un départ anticipé du chancelier.
Un gouvernement sous pression
Le parti d’extrême droite AfD, dont les coprésidents Alice Weidel et Tino Chrupalla ont prédit lundi le départ de Merz avant la fin de l’année, parle du « crépuscule du chancelier ». Ces attaques placent Merz dans la position singulière d’un chef de gouvernement contraint de défendre sa propre légitimité face à une opposition qui conteste le consensus démocratique hérité de 1945.
Le chancelier, arrivé au pouvoir il y a seize mois, n’a pas obtenu de majorité absolue : sa coalition CDU-SPD repose sur une entente fragile, fragilisée à la fois par l’impopularité du chancelier et par la poussée des extrêmes aux deux bouts de l’échiquier.
Ce que cela dit de l’Allemagne — et de la France
La séquence allemande illustre un enjeu qui dépasse le seul voisin d’outre-Rhin : la capacité des coalitions pro-européennes à tenir face à la montée des partis contestataires. Merz érige sa coalition en « rempart démocratique » — une manière de faire de la stabilité gouvernementale un enjeu de survie du modèle allemand, dont la France est le premier partenaire en Europe.
La question posée est celle de la durée : un gouvernement minoritaire en difficulté peut-il tenir jusqu’aux prochaines échéances fédérales, ou la pression de la rue — nourrie notamment par la flambée des prix du carburant — imposera-t-elle un recomptage des cartes ? La réponse déterminera la marge de manœuvre de l’axe franco-allemand dans les mois à venir.
À retenir
- Friedrich Merz a annoncé lundi qu’il maintiendrait sa coalition CDU-SPD, invoquant « l’avenir démocratique » de l’Allemagne, seize mois après son arrivée au pouvoir.
- Sa CDU a été éliminée du parlement du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (sous 5 %), une première pour un Land depuis 1945 ; l’AfD y est en tête (~38 %).
- À Berlin, Die Linke devance la CDU et peut lui ravir la mairie ; l’AfD progresse (plus de 16 %).
- L’AfD prédit le départ de Merz avant la fin de l’année ; les sociaux-démocrates restent mais exigent de « revoir la copie », notamment sur les retraites.
- L’enjeu dépasse l’Allemagne : la stabilité du premier partenaire européen de la France est en question.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Friedrich Merz veut maintenir son gouvernement au nom de « l’avenir démocratique » de l’Allemagne — France 24
- Face aux extrêmes, Merz érige sa coalition en rempart démocratique — TV5MONDE (AFP)
- Élections régionales en Allemagne : la défaite historique du chancelier — Le Monde
- Les élections régionales en Allemagne de l’Est – l’AfD aux portes du pouvoir — Ifri
La déclaration de Friedrich Merz du lundi 21 septembre (maintien de la coalition CDU-SPD, « avenir démocratique », référence à Adenauer) est un fait établi, rapporté par plusieurs origines distinctes (déclaration du chancelier, dépêche AFP, France 24, Le Monde, La Nouvelle République, Ifri). Les résultats régionaux (élimination de la CDU en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, scores de l’AfD, de Die Linke et de la CDU) sont des résultats provisoires communiqués par les commissions électorales et repris par les médias ; ils sont donnés ici à titre de contexte, arrondis par les sources. La prédiction d’un départ du chancelier « avant la fin de l’année » et le qualificatif de « crépuscule du chancelier » sont des déclarations de l’AfD, non des faits établis. Les citations de Merz et les positions du SPD sont des déclarations, rapportées comme telles. La lecture d’un enjeu pour la stabilité européenne et pour la France est une interprétation, non un fait.



