Les rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran, ont frappé samedi 19 septembre la capitale saoudienne Riyad et le port pétrolier de Yanbu, sur la mer Rouge. Washington redoute une « escalade rapide » ; le baril de pétrole se maintient au-dessus de 100 dollars, alors que le détroit de Bab el-Mandeb, point de passage du trafic entre l’Asie et l’Europe, est désormais aux mains des combattants.
Riyad visée pour la première fois depuis 2022
Samedi soir, le porte-parole militaire des houthis, Yahya Saree, a revendiqué deux opérations de missiles et de drones : l’une contre « des sites sensibles à Riyad », l’autre contre « des installations d’Aramco à Yanbu ». La coalition menée par l’Arabie saoudite a confirmé avoir intercepté un missile tiré en direction de la capitale — une première depuis la reprise des hostilités, en juillet, après l’effondrement de la trêve de 2022.
À Riyad, des journalistes de l’AFP ont vu samedi un réservoir de carburant portant le logo d’Aramco en feu, près de l’aéroport international. Les autorités saoudiennes, elles, assurent avoir « déjoué » l’essentiel des attaques. Entre la revendication houthie et le démenti de Riyad, le bilan exact reste difficile à établir : chaque camp minimise les dégâts de l’autre.
Yanbu, la route pétrolière de secours du royaume
L’objectif de Yanbu n’est pas anodin. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, l’Arabie saoudite a rerouté l’essentiel de ses exportations de brut par ce port de la mer Rouge — plus de 70 % selon les données spécialisées du marché. Frapper Yanbu, c’est viser la voie d’évacuation par laquelle le premier exportateur mondial de pétrole continue d’approvisionner l’Europe et l’Asie.
La conséquence est directe pour le lecteur européen : la mer Rouge, qui débouche sur le canal de Suez, est devenue la route de secours du pétrole mondial. Si cette route se referme à son tour, l’approvisionnement énergétique de l’Europe — et les prix à la pompe — en subissent directement les effets.
Le verrou du détroit de Bab el-Mandeb
Les houthis, qui ont lancé début septembre une offensive éclair au Yémen, contrôlent désormais tout le littoral yéménite de la mer Rouge, jusqu’au détroit de Bab el-Mandeb — le goulet par lequel transite le trafic entre l’océan Indien, la mer Rouge et Suez. Le baril de Brent s’est installé au-dessus de 100 dollars, et le coût du fret et des assurances maritimes a déjà grimpé.
L’ONU a recensé, depuis l’escalade d’août, plus de 110 000 déplacés et des dizaines de victimes civiles, tout en soulignant que ses équipes peinent à vérifier les chiffres réels sur le terrain.
Un jeu d’alliances en recomposition
Face à la menace, Washington a mis en garde ses ressortissants au Moyen-Orient contre une « escalade rapide » du conflit, sans annoncer d’intervention : les États-Unis auraient refusé de frapper les houthis comme le leur demandait Riyad. En parallèle, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan, liés par un pacte de défense conclu en août, se concertent.
La crise redessine ainsi la carte des alliances régionales : un acteur non étatique, armé et adossé à l’Iran, tient désormais l’un des points de passage les plus stratégiques du commerce mondial, au moment même où l’Europe cherche à sécuriser son énergie.
À retenir
- Les houthis, alliés de l’Iran, ont frappé Riyad et le port pétrolier de Yanbu (Aramco) le 19 septembre — la capitale saoudienne n’avait plus été visée depuis 2022.
- Yanbu est la route de secours du pétrole saoudien depuis la fermeture d’Ormuz : plus de 70 % du brut y transite vers l’Europe et l’Asie.
- Les houthis contrôlent le littoral de la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb ; le baril de Brent dépasse 100 dollars.
- Washington écarte une intervention directe, tandis que se noue un pacte de défense turco-pakistano-saoudien.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Attaques houthies sur Ryad : selon Washington, « le conflit pourrait s’intensifier rapidement » — Euronews
- L’Arabie saoudite dit avoir intercepté un missile tiré par les Houthis vers Riyad — Radio-Canada
- Washington craint « une escalade rapide » après une attaque contre l’Arabie saoudite — La Presse (AFP)
- Les rebelles houthis du Yémen ont revendiqué une attaque contre des sites pétroliers saoudiens — Le Devoir
Les faits — frappes du 19 septembre, première visée de Riyad depuis 2022, contrôle du littoral de la mer Rouge et baril au-dessus de 100 dollars — reposent sur la revendication des houthis, la confirmation de la coalition saoudienne, les constats de l’AFP sur place et les mises en garde du département d’État américain. Les bilans et cibles exacts restent disputés entre belligérants ; le chiffre de plus de 70 % du brut transité par Yanbu provient de données spécialisées du marché pétrolier.



