Amazon renonce à livrer gratuitement les livres neufs dans ses casiers automatiques, tout en conservant la gratuité pour les retraits en commerce. Annoncée les 18 et 19 septembre 2026, cette décision clôt deux ans de bras de fer sur la loi dite Darcos, qui fixe un tarif minimal de livraison. Derrière l’annonce se joue une question de concurrence : la règle peut-elle recadrer la puissance d’une plateforme au profit des libraires et des lecteurs ?
Ce que décide Amazon
Le fait central, annoncé par un porte-parole d’Amazon au Figaro puis confirmé à l’AFP, est simple : pour les livres neufs, la livraison gratuite et la remise de 5 % ne s’appliqueront plus aux retraits en casiers automatiques. Elles seront concentrées sur les retraits au comptoir et aux accueils de magasins qui vendent des livres.
C’est une déclaration d’Amazon, pas une décision de justice. L’entreprise la présente comme une façon de « recentrer le débat sur l’essentiel » et de « soutenir la lecture et l’accès aux livres partout en France ». Elle précise que le changement est « en cours, engagé », sans donner de date précise ni le nombre exact de casiers concernés.
Le cadre juridique : une règle de concurrence, pas une subvention
La décision s’inscrit dans un cadre précis. La loi n° 2021-1901 du 30 décembre 2021, dite loi Darcos, a modifié la loi sur le prix unique du livre pour instaurer une tarification minimale de livraison. L’arrêté du 4 avril 2023 a fixé ce minimum : 3 euros de frais de port pour toute commande de livres neufs inférieure à 35 euros, en vigueur depuis le 7 octobre 2023.
L’économie de la mesure n’est pas une subvention au secteur : elle vise à empêcher qu’une plateforme absorbe le coût de la livraison pour capter des clients que les librairies ne peuvent concurrencer sur ce terrain. La gratuité ne reste autorisée qu’en cas de retrait « dans un commerce de vente au détail de livres ». C’est l’interprétation de cette exception qui a opposé Amazon au reste du secteur.
Le désaccord avec le Médiateur du livre
Amazon considérait que ses casiers, souvent installés dans des supermarchés ou à proximité de commerces qui vendent des livres, relevaient de cette exception. Le Médiateur du livre, autorité publique indépendante, a tranché dans deux avis, les 12 février et 27 mai 2025 : un casier n’est pas « le commerce », et la gratuité du retrait en casier n’est donc pas autorisée.
Le Médiateur constatait un « très net désaccord » d’Amazon, qui « récuse cette lecture de la loi ». Il estimait en 2025 que les casiers représentaient « un tiers (voire davantage) » des milliers de points de retrait gratuits proposés par l’entreprise.
Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, a salué la décision comme « une mise en conformité d’Amazon par rapport à la loi » et « évidemment une bonne nouvelle », y voyant « une position raisonnable qui évitera des actions en justice illégitimes ».
Ce qui reste à préciser
Plusieurs points restent ouverts. Le nombre de casiers concernés n’est pas rendu public : Amazon évoque « une minorité » des quelque 3 000 points de retrait éligibles, quand le Médiateur du livre parlait, en 2025, d’« un tiers (voire davantage) ». La portée et le calendrier exacts du changement ne sont pas détaillés.
La décision ne règle pas non plus le litige de fond. Amazon conteste la conformité de la loi française au droit européen, une question qui faisait l’objet, selon la presse de mai 2025, d’un renvoi devant la Cour de justice de l’Union européenne. Enfin, la presse spécialisée rapportait que le ministère de la Culture n’avait lui-même engagé aucune procédure contre l’entreprise.
À retenir
- Amazon met fin à la gratuité de la livraison, et de la remise de 5 %, des livres neufs retirés en casiers automatiques, en la conservant au comptoir et aux accueils de magasins.
- La mesure suit un conflit de deux ans sur la loi Darcos (2021) et l’arrêté de 2023 (3 euros minimum) : une règle de concurrence, pas une subvention.
- Le Médiateur du livre, autorité publique indépendante, avait jugé la gratuité en casier non conforme à la loi ; Amazon la contestait.
- Le nombre exact de casiers concernés reste non publié et fait l’objet d’appréciations divergentes.
- C’est une annonce d’Amazon, confirmée par le secteur, mais pas encore une décision de justice ni un fait vérifié sur le terrain.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- L’annonce d’Amazon sur la livraison des livres — Le Figaro
- Le tarif minimal de livraison des livres — Légifrance
- Les avis sur le retrait des livres en casier — Médiateur du livre
- La décision d’Amazon et la réaction des libraires — franceinfo
La décision annoncée par Amazon reste à observer dans son application concrète ; son calendrier et le nombre exact de casiers concernés ne sont pas encore précisés.



