En bref. Les préfets du Nord et du Pas-de-Calais ont prolongé jusqu’au 31 décembre 2026 les arrêtés de restriction d’eau pris cet été, selon le communiqué publié le 28 octobre. Un arrêté est la décision écrite du préfet, qui s’impose à tous. Le déficit de pluie atteint 37 % sur la saison agricole, de mars à octobre, et 67 % en septembre. Arroser sa pelouse, laver sa voiture chez soi ou remplir une piscine reste interdit dans la plupart des bassins, avec une dérogation pour les cimetières jusqu’au 12 novembre.
Un département du Nord qui rationne l’eau à la Toussaint : voilà ce que produit un été qui n’en finit pas. Je n’y vois pas une bizarrerie météo, mais un déplacement de contrainte. La sécheresse passait pour une affaire méditerranéenne. Elle devient une affaire d’usagers ordinaires, dans une région qui boit ses nappes. Et ce sont les préfets, seuls, qui arbitrent entre le jardin, la voiture, le golf et l’irrigation.
- Ce que l’arrêté interdit, concrètement
- Pourquoi le Nord, en novembre
- Qui décide, et pour quels bassins
- Ce que cela coûte à ceux qui travaillent
- Ce qui reste incertain
Ce que l’arrêté interdit, concrètement
Deux niveaux coexistent. En alerte renforcée, l’arrosage des pelouses, des potagers, des jardinières et des espaces sportifs est interdit. Une seule exception : les semis de l’année, entre 19 h et 9 h. Remplir une piscine privée de plus de 1 m³ est interdit. Laver sa voiture à domicile aussi. Le lavage reste possible dans une station professionnelle qui recycle au moins 70 % de l’eau. Nettoyer les chaussées et les caniveaux est réservé aux collectivités et aux entreprises spécialisées, pour la sécurité ou l’hygiène. Les greens de golf ne sont plus arrosés. Les fontaines d’ornement s’arrêtent quand c’est possible. L’irrigation agricole perd 20 % de ses volumes.
En alerte, le dispositif s’allège. L’arrosage des potagers, des jardinières et des espaces sportifs est interdit entre 9 h et 19 h. Les greens de golf sont arrosés entre 8 h et 20 h, avec une réduction de 15 à 30 %. Les prélèvements industriels baissent de 10 %. L’irrigation agricole aussi, avec une interdiction entre 11 h et 16 h si le plan canicule passe en orange ou en rouge. Les plans d’eau ne se vident plus et ne se remplissent plus.
Pourquoi le Nord, en novembre
Les chiffres viennent du communiqué des deux préfectures, repris par la presse locale. Le déficit de pluie atteint 67 % en septembre, 12 % sur la première quinzaine d’octobre, et 37 % sur la saison agricole, de mars à octobre. Octobre 2026 est aussi le 20e mois consécutif dont la température moyenne dépasse les normales 1991-2020.
Les tempêtes Austen et Boelo ont apporté de la pluie et fait baisser le thermomètre. Elles n’ont pas rechargé les nappes. Les débits de certains cours d’eau sont remontés, l’Yser dans les Flandres et la Liane dans le Boulonnais. La préfecture du Pas-de-Calais qualifie cette amélioration de ponctuelle et fragile : son maintien dépend des pluies à venir. Recharger une nappe demande « plusieurs semaines », disent les services de l’État. La pluie d’octobre travaille donc pour février, pas pour la semaine prochaine.
Qui décide, et pour quels bassins
La décision n’est pas nationale. Elle se prend bassin par bassin, par arrêté préfectoral. Seul l’Yser rétrograde, du niveau crise, le plus élevé, à l’alerte renforcée. Restent en alerte renforcée l’Audomarois et le delta de l’Aa, le Boulonnais, la Lys, la Marque et la Deûle, la Scarpe aval. La Scarpe amont, la Sensée, l’Escaut et la Sambre restent en alerte simple. La Canche et l’Authie restent en vigilance.
Une exception dit l’arbitrage mieux qu’un discours. L’usage de l’eau dans les cimetières est autorisé jusqu’au 12 novembre, pour la Toussaint et le 11 Novembre, quel que soit le niveau de restriction de la commune. Le même préfet interdit donc d’arroser un potager et autorise de laver une tombe.
Opinion de la maison, pas un fait : cette mosaïque de niveaux est juridiquement propre et pratiquement illisible. Un habitant de la Scarpe amont et un habitant de la Scarpe aval n’ont pas les mêmes interdits. Ils vivent à quelques kilomètres, et rien ne leur rappelle lequel s’applique chez eux.
Ce que cela coûte à ceux qui travaillent
La réduction de 20 % des volumes d’irrigation tombe sur des exploitations qui ont déjà payé la sécheresse d’août. En Alsace, le fourrage perdu cet été a coûté 800 000 euros d’aides pour 356 000 tonnes, comme je l’ai documenté le 27 octobre. Dans le Nord, la même logique s’installe un mois plus tard dans le calendrier.
Le problème de fond reste la mesure. La France répartit l’eau d’irrigation sur des volumes déclaratifs et ne sait pas précisément qui prélève combien, ce que j’ai montré ici. Restreindre de 20 % un volume que personne ne mesure, c’est administrer une intention. La tension ne s’arrête pas aux champs : à Saint-Malo, le robinet de 160 000 habitants pourrait être coupé le 10 décembre.
Ce qui reste incertain
Personne ne dit si les restrictions seront levées ou prolongées au-delà du 31 décembre. Les préfectures parlent d’une recharge qui prendra plusieurs semaines, sans publier de trajectoire. Le nombre de communes concernées n’est pas donné non plus. La carte des bassins existe, le décompte n’est pas publié.
Je note une limite de méthode. La vidéo de France 24 reproduite plus bas date d’avant cette décision. Elle parle de restrictions sur 70 % du territoire national à la fin de l’été. Ce chiffre n’a pas été revérifié pour octobre, et il ne dit rien du Nord en particulier.
Déficit pluviométrique dans le Nord et le Pas-de-Calais, écart aux normales en %, source : communiqué des préfectures du Nord et du Pas-de-Calais, 28 octobre 2026.
Cadrage : reportage de France 24 antérieur à la décision de cette semaine. Il montre l’étendue nationale des restrictions à la fin de l’été. Il ne documente ni les niveaux par bassin du Nord et du Pas-de-Calais, ni la prolongation annoncée le 28 octobre.
Ce que je retiens : une région humide apprend en octobre ce que le Sud connaît depuis des étés. Elle l’apprend par arrêté. La question n’est plus de savoir s’il pleut, mais qui décide de ce qu’on fait de l’eau quand la pluie arrive trop tard.



