927 personnes sans chez-soi sont mortes en 2025 en France. Elles avaient 49,1 ans de moyenne. Un décès sur trois est survenu dans l’espace public, contre 1 % dans la population générale. Le Collectif Les Morts de la rue publie ce jeudi son quatorzième rapport annuel. Son chiffre est un minimum.
- Que dit le rapport publié ce jeudi ?
- Pourquoi le compte recule alors que la mortalité ne recule pas ?
- Où meurt-on, et à quel âge ?
- Que change la trêve hivernale qui commence dimanche ?
- Et maintenant ?
Que dit le rapport publié ce jeudi ?
Le Collectif Les Morts de la rue compte les décès de personnes « sans chez-soi » depuis 2012. Son rapport, intitulé Dénombrer & Décrire, s’appuie sur les signalements de son réseau : associations, Samu social, services intégrés d’accueil et d’orientation, Ville de Paris, services de l’État, particuliers, presse.
Pour 2025, il recense 927 décès. L’année 2024 en comptait 938. C’est un recul de 11 personnes, soit 1,2 %.
Le nombre de décès recensés a été multiplié par 2,2 depuis 2012, ce qui place l’année 2012 autour de 420 décès.
Pourquoi le compte recule alors que la mortalité ne recule pas ?
Le collectif refuse de lire 938 puis 927 comme une amélioration. « Il s’agit d’un palier du décompte, et non d’une baisse de la mortalité », écrit-il. Les chiffres publiés ne sont « ni exhaustifs, ni définitifs ». Ils forment « un plancher documenté ».
Le mot compte, parce qu’il dit d’où viennent les chiffres. Les décès signalés par le Samu social, les services intégrés d’accueil et d’orientation, la Ville de Paris et les services de l’État ont reculé en 2025, après avoir porté « l’essentiel de la croissance du recensement ». D’où la formule du rapport : « Un palier du recensement peut être celui de ses moyens, et non celui de la mortalité. »
La révision de l’année précédente le montre : une vidéo de RCF Notre-Dame annonçait 855 décès pour 2024, le rapport publié ce jeudi en compte 938.
Le rapport ne peut pas non plus donner un taux, faute de savoir combien de personnes vivent sans chez-soi. La dernière évaluation officielle de l’Insee date de 2012 : 143 000 personnes. La Fondation pour le Logement avance environ 350 000. L’Insee doit publier une enquête actualisée avant la fin de l’année.
Qui meurt, où, et à quel âge
Survolez une barre pour lire la donnée et sa source.
Où vivaient les 927 personnes décédées en 2025 ?
À la rue : 306 (33 %)306En hébergement : 264 (28 %)264Situation non établie : 357 (39 %)357
Quel âge au décès ?
Personnes sans chez-soi : 49,1 ans49,1Hommes, population générale : 80,3 ans80,3Femmes, population générale : 85,9 ans85,9
L’écart entre les personnes sans chez-soi et le reste de la population va de 31 à 37 ans.
Sources : Collectif Les Morts de la rue, rapport du 29 octobre 2026 ; Insee, bilan démographique 2025.
Où meurt-on, et à quel âge ?
Pour 357 des 927 personnes, le collectif n’a pas pu établir la situation. Près de trois sur dix sont mortes alors qu’elles étaient hébergées.
Un décès sur trois est survenu dans l’espace public. Dans la population générale, cette part est de 1 %.
L’âge moyen au décès est de 49,1 ans. L’Insee donne 80,3 ans d’espérance de vie aux hommes et 85,9 ans aux femmes pour 2025. L’écart se situe donc entre 31 et 37 ans.
Les hommes représentent 83 % des victimes. La part des femmes monte à 14 %, contre 11 % sur la période 2012-2024. Vingt victimes avaient moins de 15 ans.
La cause du décès reste inconnue dans deux cas sur trois. Quand elle est établie, les morts violentes dominent : 61 % des décès documentés, et 60 % chez les 15-25 ans.
Le froid a tué 22 personnes, toutes en automne ou en hiver. C’est le niveau le plus élevé depuis 2012, et le collectif le juge probablement sous-estimé. Ces 22 décès représentent 2,4 % du total.
Deux constats sont nouveaux. Les personnes passées par une prise en charge pendant l’enfance meurent trois ans plus tôt. Les personnes anciennement sans chez-soi décèdent à 60 ans en moyenne, soit vingt ans avant le reste de la population.
Comme nous l’avions mesuré sur le renoncement aux soins en Hauts-de-France, l’écart de santé se creuse avant la rue et perdure après.
À regarder : le décompte de l’année précédente, présenté par RCF Notre-Dame, qui donne 855 morts pour 2024. Le rapport publié ce jeudi porte ce même exercice à 938 pour 2024, et à 927 pour 2025.
Que change la trêve hivernale qui commence dimanche ?
La trêve hivernale démarre le 1er novembre et court jusqu’au 31 mars. Pendant cinq mois, les expulsions locatives sont suspendues. Elle n’ouvre aucune place et ne loge personne.
Elle ne règle pas non plus les situations déjà nouées. La semaine dernière, à Nantes, trois familles géorgiennes étaient à la rue quatre jours avant la trêve, et le 115 leur a répondu « pas prioritaire ».
Le reste de l’année, les expulsions continuent. Nous avions documenté les 30 500 expulsions de l’année écoulée. En amont, un fichier privé des impayés de loyer ferme des portes sans que le locataire le sache.
Et maintenant ?
Le rapport ne nomme personne et ne réclame rien. Il tient une série sur quatorze ans et pose une question simple : combien de personnes meurent sans chez-soi, et pourquoi si tôt ?
La réponse dépend des signalements. Un décès sans acte retrouvé, sans proche et sans structure qui le déclare n’entre pas dans le compte.
L’Insee doit publier avant la fin de l’année un chiffre actualisé du nombre de personnes sans domicile. Pour la première fois depuis 2012, un taux deviendra alors calculable.
Quatorze ans de série, un chiffre stable et l’aveu que ce chiffre dépend des moyens de ceux qui signalent : voilà ce que l’État sait de la mort à la rue. Le décompte est un plancher, la population un ordre de grandeur, et l’écart d’âge de 31 ans n’est contesté par personne.
Il ne manque donc pas de données. Il manque des logements, et des déclarants.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 927 personnes sans chez-soi sont mortes en 2025, contre 938 en 2024 ; le collectif parle d’un palier du décompte, pas d’une baisse de la mortalité.
- Un décès sur trois est survenu dans l’espace public, et 264 personnes sont mortes alors qu’elles étaient hébergées.
- L’âge moyen au décès est de 49,1 ans, contre 80,3 ans pour les hommes et 85,9 ans pour les femmes dans le reste de la population en 2025.



