Gabriel Attal a proposé une « grande primaire des démocrates ». C’était mercredi 28 octobre, au « 20 heures » de TF1. Elle désignerait un candidat unique avant la présidentielle. Il n’a fixé ni la date, ni l’organisateur, ni la liste des participants, ni le corps électoral. Il n’a cité aucun nom. Édouard Philippe, donné devant lui dans les sondages, refuse ce processus, selon Le Parisien. La question n’est donc pas de savoir si l’idée est bonne. Elle est de savoir qui voterait, et qui écrirait les règles.
- Ce qu’il propose, et ce qu’il laisse vide.
- À gauche, la primaire a déjà eu lieu.
- Les règles décident du vainqueur.
- Une primaire ne fait pas un candidat.
- Ce que cela change pour votre bulletin.
Ce qu’il propose, et ce qu’il laisse vide
« Je tends la main à tous les candidats pour organiser ce rassemblement à travers une grande primaire », dit-il, selon Ouest-France. Il redoute un second tour entre La France insoumise et le Rassemblement national. « Notre pays ne s’en relèverait pas », a-t-il averti.
Deux conditions. Les candidats devront refuser « toute alliance avec l’extrême gauche ou avec l’extrême droite », en France comme en Europe, rapporte Le Parisien. Ils devront aussi défendre notamment l’autorité, la laïcité, l’Europe et la compétitivité.
Le Figaro résume le flou : aucun périmètre délimité, aucun nom cité. Attal se dit « persuadé » que « cette primaire aura lieu ». Ceux qui resteront à l’écart « porteront quelque part la responsabilité de la division », prévient-il.
Les enquêtes ne le contredisent pas. Dans le baromètre Ifop-Fiducial du 20 octobre, publié par Le Figaro, LCI et Sud Radio, Édouard Philippe tombe à 15 %. Testé seul candidat du bloc central, il perd 6 points depuis la fin septembre. Attal recule à 13 %, Bruno Retailleau se tient entre 7 % et 7,5 %. Un second tour Le Pen-Mélenchon apparaît dans toutes les configurations testées. Un sondage mesure des intentions, pas un résultat.
À gauche, la primaire a déjà eu lieu
Le précédent est proche. Du 9 au 11 octobre, le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste ont organisé leur primaire. Quelque 140 000 personnes étaient inscrites. Selon la commission d’organisation, 120 307 suffrages ont été exprimés. Raphaël Glucksmann l’a emporté avec 79 613 voix, soit 66,17 %, devant Olivier Faure, à 14,46 %.
Le vote se faisait en ligne. Il coûtait 15 euros, avec un tarif social à 10 euros. Pour voter, il fallait être adhérent de l’un des trois partis, ou cotiser à l’association de financement de la gauche socialiste et démocratique. Les adhésions devaient être réglées avant le 5 octobre. La plateforme avait été visée dès l’ouverture par une attaque de « bots », et le scrutin prolongé jusqu’au dimanche.
Rapporté aux 50,4 millions de personnes inscrites sur les listes électorales au début de 2026, ces 120 307 suffrages pèsent 0,24 %. Nous avions raconté ce que ce chiffre dit de la légitimité d’une primaire. Il vaut aussi pour celle d’Attal.
Combien de personnes désignent un candidat
Votes déposés lors des deux dernières désignations de parti. Survolez une barre.
Sources : commission d’organisation de la primaire de la gauche (suffrages exprimés, 11 octobre 2026) ; décompte du congrès du Rassemblement national (bulletins déposés, 24 octobre 2026) ; Insee Focus n° 378, mars 2026. Les deux scrutins n’ont ni le même corps électoral ni le même règlement.
Les règles décident du vainqueur
Ce n’est pas une abstraction. À gauche, pour être candidat, il fallait réunir 15 signatures du Conseil national du PS, ou 10 parlementaires. Autre voie : 50 maires de 3 régions, ou 50 conseillers départementaux ou régionaux. Ces seuils, comme la cotisation de 15 euros, viennent du règlement de la primaire. Chaque seuil écarte des candidatures avant le premier bulletin.
Le corps électoral fait le reste. Une primaire ouverte ne donne pas le même vainqueur qu’un vote d’adhérents. La date d’inscription aussi : un délai au 5 octobre exclut ceux qui se décident ensuite.
Attal n’a annoncé ni organisateur, ni financement, ni calendrier. À gauche, la cotisation des votants couvrait une partie des frais. Pour 2027, aucune réponse publique. Le périmètre annoncé, « de la gauche sociale-démocrate à la droite républicaine », reste une phrase.
Une primaire ne fait pas un candidat
Le droit ne donne aucun effet à un vote de parti. L’article 4 de la Constitution laisse les partis se former et agir librement. Pour figurer au premier tour, il faut 500 parrainages d’élus, venus d’au moins 30 départements, avec 50 signatures au maximum par département. Le Conseil constitutionnel vérifie ces parrainages et arrête la liste des candidats.
Un perdant de primaire peut donc se présenter. Un vainqueur n’est pas candidat du seul fait de sa victoire. La primaire désigne un porte-drapeau, elle ne ferme pas le scrutin.
Ce que cela change pour votre bulletin
Trois questions décideront de votre place. Pourrez-vous voter sans être adhérent ? Devrez-vous payer, et combien ? Aura-t-il fallu s’inscrire avant une date butoir ? Ce soir, aucune réponse.
Une chose est sûre : les 50,4 millions d’inscrits ne désigneront pas le candidat de ce camp. Quelques dizaines de milliers de personnes le feront, comme à gauche. Les autres découvriront le nom au printemps.
Le congrès du Rassemblement national montrait le même mécanisme le 24 octobre : 76 276 bulletins, un seul candidat, 98,98 %.
- Attal propose, le 28 octobre, une « grande primaire des démocrates » : ni date, ni organisateur, ni corps électoral annoncés.
- Deux conditions : refuser toute alliance avec LFI et le RN, et défendre l’autorité, la laïcité et l’Europe.
- À gauche, la primaire a réuni 120 307 suffrages, pour 15 euros et une adhésion réglée avant le 5 octobre.
- 50,4 millions d’inscrits : cette primaire a mobilisé 0,24 % d’entre eux. Et son vainqueur devra quand même trouver 500 parrainages.
Une primaire n’est pas un progrès démocratique en soi. C’est une règle du jeu, écrite par ceux qui espèrent gagner. Attal réclame la primaire sans en écrire une ligne, et l’on comprend pourquoi : le périmètre décide du vainqueur. Trop large, il risque Édouard Philippe. Trop étroit, il fabrique un candidat de club. Entre les deux, il y a la place pour un homme seul.
Opinion de la maison, pas un fait.



